CREDO de Mgr Gaume : Chapitre XXV - Une Expérience par Castille 2013-11-06 00:07:27 |
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I- Afin de nous prouver, clair comme deux et deux font quatre, que la conversion du monde, avec toutes ses conséquences, par un Juif crucifié, qui n’est qu’un Juif, aidé de douze pêcheurs, comme tous les autres pêcheurs, est une chose très facile, très logique, qui ne surpasse nullement les forces humaines et qui n’exige aucun miracle, nous allons prier quelque incrédule en renom, M. Renan, par exemple, de nous en donner une répétition. Jamais entreprise ne fut plus digne de son grand coeur. Sa profonde compassion pour le genre humain, sottement courbé, depuis tant de siècles, sous le joug dégradant de l’idolâtrie chrétienne ne permet pas de douter qu’il
ne se prête avec bonheur à l’expérience proposée.
II- Donc, un matin, le fier négateur de la divinité du Christianisme, descend dans la rue, ses deux fameux volumes sous le bras, et se dirige vers le faubourg Saint-Antoine. A sa vue, s’offre le fils d’un charpentier, fumant sa pipe devant l’atelier de son père. Il l’appelle et lui dit : « Je suis M. Renan, membre de l’Institut. La science m’a démontré que l’établissement du Christianisme, est une oeuvre purement humaine. Jésus n’est pas Dieu, Il n’a pas fait de miracles. Ses apôtres étaient des rêveurs. Frappés d’hallucination, ce qui arrive souvent en Judée, ils ont cru voir ce qu’ils n’ont pas vu, entendre ce qu’ils n’ont pas entendu. Mes livres, que voici, t‘en donneront la preuve. Excepté moi et mes pareils, l’humanité est, depuis dix-huit siècles, victime d’une honteuse mystification. Pour l’en convaincre, j’ai résolu de donner une répétition du fait, dont Jésus fut le héros.
III- « Je t’ai choisi pour exécuter cette entreprise : le succès fera ta gloire aussi bien que la mienne. Plein de cette pensée, tu vas recommencer le rôle de Jésus de Nazareth. Ce rôle t‘est connu ; et tu es dans toutes les conditions voulues pour le remplir. D’une part, tu es charpentier et fils d’un charpentier ; d’autre part, tu n’as besoin pour réussir, ni d’agents surnaturels ni de miracles. A l’œuvre donc, et tu deviens immortel. »
IV-Sur la parole du savant académicien, le jeune charpentier quitte la boutique de son père, descend sur les bords de la Seine, et réunit autour de lui douze pêcheurs de profession. « Mes amis, leur dit-il, laissez là vos barques et vos filets. Suivez-moi ; J’ai une importante communication à vous faire». Ils le suivent.
V- Avec eux il monte sur les Buttes-Chaumont, et se retirant à l’écart, il les fait asseoir sur le gazon; puis, il leur parle en ces termes: « Vous me connaissez ; vous savez que je suis charpentier de mon état et fils d’un charpentier. Il y a bientôt trente ans que je travaille dans la boutique de mon père. Souvent vous m’avez vu, lorsque vous veniez nous chercher pour réparer vos barques.
VI- « Eh bien ! vous êtes dans l’erreur. Je ne suis pas du tout ce que vous pensez. Tel que vous me voyez, je suis Dieu. C’est moi qui ai créé le ciel et la terre. J’ai résolu de me faire reconnaître pour ce que je suis et adorer dans tout l’univers, jusqu’à la fin des
siècles. Je veux bien vous associer à ma gloire. VII « Voici mon projet : je commence par courir, pendant quelque temps, en prêchant et en mendiant, les campagnes des environs de Paris. Les uns m’écoutent, les autres se moquent de moi et me repoussent. On m’accuse de différents crimes, et je manoeuvre si bien que je me fais condamner à mort et conduire à l’échafaud. C’est là mon triomphe.
VIII- «Trois jours après l’exécution, je replace ma tête sur mes épaules ; je ressuscite, et vous dis : Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du charpentier de Paris et leur enjoignant de croire tout ce que je vous ai enseigné, de faire tout ce que j’ordonne.
IX- « Paris sera le premier théâtre de votre prédication. Vous parcourez les rues ; vous vous arrêtez sur les places ; vous appelez les passants et vous leur dites : «Écoutez la grande nouvelle. Le jeune charpentier du faubourg Saint-Antoine, qui parcourait les campagnes en mendiant et en prêchant ; qui s’est fait condamner à mort par la cour d’assise, et qui a été exécuté ces jours derniers, ce n’est pas un homme, c’est le Fils de Dieu, le Créateur du ciel et de la terre.
X- «Afin d’avoir la gloire et le plaisir de l’adorer, vous devez tous, sans exception, hommes, femmes, enfants, riches, pauvres, commencer par confesser que vous et vos pères, ainsi que tous les peuples du monde, n’avez été jusqu’ici qu’un troupeau d’ignorants, victimes des plus grossières erreurs. «Ensuite, vous devez vous prosterner humblement à nos pieds, le repentir dans le coeur ; nous dire tous vos pêchés, même les plus secrets, et faire toutes les pénitences qu’il nous paraîtra bon de vous imposer.
XI « Puis, vous aurez la complaisance de vous laisser moquer, injurier, insulter sans mot dire ; mettre en prison, sans opposer la moindre résistance ; fouetter jusqu’au sang, l’action de grâces sur les lèvres ; enfin, trancher la tête sur la place publique, et croire du fond du coeur que c’est tout ce qui peut vous arriver de plus heureux. « Voilà, mes amis, ce que vous répéterez mot à mot dans tous les quartiers de Paris. De là, vous vous répandrez dans les provinces ; vous traverserez les Alpes, les Pyrénées, l’Océan, et vous irez prêcher la même doctrine jusqu’aux extrémités du monde.
XII « Je ne dois pas vous le dissimuler. Tout le monde se moquera de vous. Les grandes personnes diront que vous avez bu. Des troupes d’enfants courront après vous, en vociférant et en vous jetant des pierres. Tout cela causera du trouble dans la ville. Les agents de police vous arrêteront, vous serez traduits devant la justice. Le Procureur impérial vous fera de sévères semonces et vous défendra de prêcher ma doctrine. « Vous ne l’écouterez pas, et vous la prêcherez de plus belle. On vous arrêtera de nouveau : vous vous laisserez arrêter. On vous fouettera de nouveau : vous vous laisserez fouetter. On vous mettra de nouveau en prison : vous vous
laisserez mettre en prison. Enfin, pour vous faire taire, à Paris ou ailleurs, on vous coupera la tête : vous vous laisserez couper la tête. Alors tout ira pour le mieux.
XIII- « Quand cela sera fait, nous aurons complètement réussi : tout le monde voudra se convertir. Moi, je serai reconnu pour le seul vrai Dieu. On m’adorera d’abord à Paris, puis, dans tout le département de la Seine et dans tous les autres. De Paris mon culte passera à Rome, à Londres, à Pétersbourg, à Madrid, à Constantinople, à Pékin. Bientôt la boutique de mon père deviendra une jolie chapelle, où les pèlerins arriveront en foule des quatre coins du monde, et leurs riches présents feront l’orgueil de ma ville natale.
XIV « Pour vous, mes douze apôtres, vous serez douze saints, qu’on invoquera par tout l’univers. On mettra vos os dans des autels d’or et de marbre ; vos statues dans des niches, et vos portraits, peints sur des bannières, seront portés en procession, non seulement à Paris, mais dans le monde entier, jusqu’à la fin des siècles. Ainsi, vous arriverez en ligne droite à l’immortalité, sans compter le ciel que je vous promets pour toute l’éternité. Quel bonheur pour vous ! quelle gloire pour vos femmes et vos enfants ! « Convertir le monde n’est pas plus difficile que cela, et voilà mon projet. Il est comme vous voyez très simple, très logique, il n’excède en rien les forces humaines et n’exige pas l’ombre d’un miracle. « Je peux compter sur vous, n’est-ce pas » ?
XV- Comment serait accueilli un pareil discours ? il n’est pas besoin de le dire. J’entends nos braves pêcheurs, irrités de la mystification dont ils sont l’objet, la reprocher énergiquement de la parole et du geste, peut-être du bras, à celui qui en est l’auteur. Je les vois descendre dans Paris, publiant partout que la tête du jeune charpentier du faubourg Saint-Antoine a déménagé. Et personne ne serait étonné d’apprendre, que le nouveau dieu a été conduit, le jour même, à l’hospice de Charenton, où il jouit, au lieu des honneurs divins, du privilège incontesté de tenir le second rang parmi les fous, le premier appartenant, sans conteste, à l’inventeur du projet.
C R E D O ou LE REFUGE DU CHRÉTIEN DANS LES TEMPS ACTUELS
par MGR GAUME,
PROTONOTAIRE APOSTOLIQUE, DOCTEUR EN THÉOLOGIE. PARIS, GAUME FRÈRES, 1867.
Domine, salva nos : perimus.
Seigneur, sauvez-nous : nous périssons,
Matth., VIII, 25
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