La "civilisation" actuelle fait obstacle à la vie spirituelle. par Scrutator Sapientiæ 2012-10-21 17:04:08 |
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Bonjour et merci, Griffon.
1. Pour toutes sortes de raisons, complémentaires de celles évoquées par le futur Benoît XVI (et que vous rappelez dans votre message), y compris pour des raisons purement techniques, ou, en tout cas, technico-culturelles (la télévision, l'ordinateur), notre civilisation a tendance à faire obstacle à l'affirmation puis à l'affermissement de la vie spirituelle, c'est-à-dire à sa conservation et à sa propagation, à sa réception puis à sa transmission, en ce qu'elle a
- de plus exigeant et de plus impliquant,
- de plus motivant et de plus structurant,
- de moins synonyme de plaisir à court terme,
- de plus synonyme de joie à long terme.
2. A contrario, je pense que l'on ne reviendra à une certaine "primauté du spirituel" qu'en faisant éclore ou émerger une culture de la cohérence et de la pertinence, en lieu et place du culte de l'incohérence et de la performance, parfois humoristique et insignifiante, culte qui caractérise la période actuelle, placée sous le signe du "n'importe quoi" et du "tout pour le fun", jubilatoire, mais qui peut finir, par devenir, c'est un euphémisme, abêtissante ou avilissante.
3. Par exemple, "le petit journal", sur Canal Plus, peut me faire rire, quand je me laisse aller à le regarder, mais d'une part, cela ne m'arrive pas très souvent, et, d'autre part, ma culture personnelle ne se limite pas à ce genre d'émission de délassement légitime, en fin de journée, mais aussi, en un sens, de divertissement...vis-à-vis d'une exigence intérieure de piété personnelle et de vie spirituelle.
4. Il y a en effet une volonté de puissance, "érotico-thanatocratique", qui s'oppose, par nature et par principe, à toute volonté de sagesse un tant soit peu englobante "pour" les personnes, "pour" les personnes dans les deux sens du terme : elle leur est destinée, et elle correspond à leur nature et à leur vocation.
5. A ce sujet, je vous recommande un livre et un film, American Psycho, le film montrant bien jusqu'où peut aller une logique d'intensification du moment présent, à la fois délirante et désirante, destructrice et frénétique, onirique et mortifère, dans la conscience et l'existence d'un jeune new-yorkais fortuné, séduisant, qui dispose de tous les moyens pour assouvir tous ses désirs, y compris ceux qui sont asservis à Eros et ceux qui sont inspirés par Thanatos.
6. L'incompatibilité est, de mon point de vue, presque totale,
- entre cette civilisation là, néo-totalitaire et ultra-libérale, qui descend (d'une manière indirecte et infidèle ?), de celle qui est apparue, en Amérique du Nord et en Europe de l'Ouest, après 1945,
- et la vision chrétienne de l'homme et de la cité, vision théonomique, et non théocratique, qui accorde toute sa place à la présence du spirituel dans les coeurs et dans les moeurs.
7. Il n'y pas que des moralistes catholiques qui tirent sur le signal d'alarme ; c'est également l'attitude de psychanalystes, catholiques ou non catholiques, car il y a un lien profond
- entre la détérioration, par cette "civilisation", de la réceptivité de l'être humain, par rapport à ce qui découle du spirituel,
- et la fragilisation, par la même civilisation, de la sensibilité de l'être humain, vis-à-vis de ce qui relève du symbolique.
8. Volontairement, je n'en dis pas plus, mais il va de soi que l'Eglise catholique continuera à se battre avec un sabre de bois, en ne déplorant que les abus ou excès d'une dynamique qui lui est d'autant plus redoutablement hostile qu'elle fait semblant de lui être exclusivement indifférente, tant que la référence longitudinale et unilatérale au Concile fera obstacle, de jure ou de facto, à la mise en avant et en valeur d'une authentique critique chrétienne de cette civilisation.
Celle-ci est synonyme de "religisation" de la liberté et de la libido, id est d'une "religisation" qui instaure un climat mental, personnel et collectif, qui fait vraiment obstacle au moindre engagement spirituel durable, profond, sérieux, donc à de nombreuses perspectives de vocations religieuses ou sacerdotales.
9. J'ai l'air de changer de sujet, mais ce n'est pas du tout le cas ; je pense ici au nom d'une marque de fromage, "le Caprice des dieux" ; en l'occurrence, la civilisation anti-chrétienne ou post-chrétienne à laquelle je pense, c'est la civilisation de la légitimation et de la valorisation de tous les caprices, y compris les plus contradictoires, de tous ceux qui se prennent, plus ou moins, pour des (petits) dieux.
10. L'entrée en résistance, notamment des catholiques, contre le brouillage des repères cognitifs et normatifs qui constitue l'un des motifs ou ressorts du projet de loi relatif au "mariage universel" a évidemment une dimension morale et sociale, mais il a aussi une dimension spirituelle et symbolique, une dimension, si j'ose dire, "sapientielle", compte tenu de ce que j'écris un peu plus haut, dans ce message.
Bonne fin d'après-midi et à bientôt.
Scrutator.
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