Cest pourtant vrai, comme l'a reconnu le futur Benoît XVI (années 1980). par Scrutator Sapientiæ 2012-01-15 23:13:08 |
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Bonsoir Meneau, et vraiment merci beaucoup.
Voici :
Le Cardinal Ratzinger et le Concile Vatican II : «Gaudium et Spes», « une sorte de contre-Syllabus »
Les Principes de la Théologie Catholique, Esquisse et matériaux, du Cardinal Joseph Ratzinger, Tequi, Paris, 1985
Troisième Partie : Les principes formels du christianisme et la voie de la théologie : L'Eglise et le monde : à propos de la question de la réception du deuxième Concile du Vatican (de la page 423 à la page 440).
"De tous les textes du IIe Concile du Vatican, la constitution pastorale «sur l'Eglise dans le monde de ce temps» (Gaudium et spes) a été incontestablement le plus difficile et aussi, à côté de la constitution sur la liturgie et du décret sur l'oecuménisme, le pus riche en conséquences. Par sa forme et la direction de ses déclarations, il s'écarte, dans une large mesure, de la ligne de l'histoire des conciles et permet, par le fait même, plus que tous les autres textes, de percevoir la physionomie spéciale du dernier Concile. C'est pourquoi il a été considéré, de plus en plus, après le Concile, comme le véritable testament de celui-ci..." (page 423)
"Ce qui a eu tant d'influence dans ce texte (Gaudium et spes), ce n'est pas le contenu, qui reste entièrement dans la ligne de la tradition chrétienne et épuise toutes ses possibilités : c'est bien plutôt l'intention générale de départ, laquelle s'est exprimée principalement dans l'avant propos..." (page 424)
"...La Constitution comprend par «monde» un vis-à-vis de l'Eglise. Le texte doit servir à les amener tous les deux dans un rapport positif de coopération dont le but est la construction du «monde»..." (idem)
"...Un deuxième élément de base caractéristique du texte : le concept du dialogue comme étant son caractère formel fondamental. Le Concile, dit-on, «ne saurait donner une preuve plus parlante de solidarité, de respect et d'amour à l'ensemble de la famille humaine...qu'en dialoguant avec elle..." (p. 425)
"...La finalité du dialogue est «la construction d'un société humaine» ... (et) les Pères étaient alors pressés par le besoin de faire pour l'humanité quelque chose de concret, de visible et de tangible." (idem)
"...Le texte, et plus encore les délibérations où il a pris naissance, respirent un optimisme étonnant. Si l'humanité et l'Eglise coopéraient, il semblait que plus rien ne serait impossible."
"L'attitude de réserve critique à l'égard des forces déterminantes du monde moderne devait être effacée par une insertion résolue dans leur mouvement." (idem)
"Si l'on cherche un diagnostic global du texte, on pourrait dire qu'il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre-Syllabus". Harnack, on le sait, a interprété le Syllabus de Pie IX tout simplement comme un défi à son siècle ; ce qu'il y a de vrai, c'est qu'il a tracé une ligne de séparation devant les forces déterminantes du XIXe siècle : les conceptions scientifiques et politiques du libéralisme." (p. 426)
"... L'attachement unilatéral, conditionné par la situation, aux positions prises par l'Eglise, à l'initiative de Pie IX et de Pie X, contre la nouvelle période ouverte par la Révolution française, avait été dans une large mesure corrigé via facti ; mais une détermination
fondamentale nouvelle des rapports avec le monde, tel qu'il se présentait depuis 1789, manquait encore." (p. 427)
"Contentons-nous ici de constater que le texte joue le rôle d'un contre-Syllabus, dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l'Eglise avec le monde, tel qu'il était devenu depuis 1789." (idem)
"... Par «monde» on entend, au fond, l'esprit des temps modernes, en face duquel la conscience de groupe dans l'Eglise se ressentait comme un sujet séparé qui, après une guerre tantôt chaude et tantôt froide, recherchait le dialogue et la coopération." (idem)
Si, vraiment, on pense, au sein ou à la tête de la FSSPX, que Benoît XVI va "devoir s'évertuer à prouver, à l'occasion du cinquantième anniversaire de Vatican II, que les textes les plus novateurs du Concile s'harmonisent avec le Syllabus et Quanta Cura", cela signifie que l'on met en avant une exigence, une revendication magistérielle, que Benoît XVI ne pourrait satisfaire qu'en ayant des talents de prestidigitateur, et qu'en reniant le constat, que je crois plus objectif que partisan, qu'il a formulé, dès le milieu des années 1980.
Il me semble que si l'on veut commencer de ou continuer à sortir de l'impasse actuelle, il ne faut pas mettre la poussière de la rupture sous le tapis de la continuité, mais il ne faut pas non plus demander à Benoît XVI de "s'évertuer à prouver" ce qui, d'un certain point de vue, exprimé par ses soins, dès 1985, est absolument impossible à prouver, puisque c'est le contraire de ce que l'on demande (en espérant l'obtenir ?) qui est avéré, qui a déjà été constaté.
C'est aux uns et autres à se donner rendez-vous devant l'entrée du même supermarché, pour aller acheter ensemble le même modèle d'aspirateur, car la poussière de la rupture ne partira pas d'elle-même, et parce que l'idéal serait qu'un seul aspirateur soit nécessaire et suffisant pour aspirer toute la surface du tapis de la continuité.
J'ajoute ici le point suivant : Léon XIII aurait-il écrit Quanta Cura et le Syllabus ? Je ne me prononce pas ici sur le fond de ces deux documents, mais sur leur forme, et en particulier sur la forme du deuxième document : il me semble que sur ces questions un nouveau Syllabus, consacré par exemple aux erreurs présentes dans le Concile ou découlant du Concile, d'une part, serait difficile à rédiger, et d'autre part, n'aurait pas nécessairement la vertu pédagogique qu'avaient, et qu'ont toujours, les encycliques de Léon XIII.
Je veux dire par là que le Magistère, c'est aussi une question de style, que la rupture conciliaire, ou, si l'on préfère, la part de rupture présente au Concile, notamment dans Gaudium et Spes, ce n'est pas uniquement, mais c'est également, une question de style, et que le style d'un document tel que le Syllabus ne me semble pas approprié, si l'on veut remédier à la situation actuelle que connaît aujourd'hui l'Eglise, situation de démotivation pastorale pour cause de désorientation doctrinale.
Je crois "en conscience" que le style d'un document tel que Dominus Iesus me paraît beaucoup plus approprié à la situation actuelle, à condition que ce document soit exhumé et diffusé, communiqué par les évêques et approprié par les fidèles, car ce document est, dans mon esprit, le plus proche possible de ce que j'appellerai un début de mise en oeuvre d'une herméneutique de la transmission DANS la continuité, d'une manière assez habile (et habile ne veut pas nécessairement dire insincère ni malhonnête), en prenant appui sur plusieurs textes du Concile Vatican II, sauf, de mémoire, Dignitatis Humanae et Gaudium et Spes.
Bonne fin de dimanche et bon début de semaine.
Scrutator.
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