Je peux m'en démarquer sans dire qu'il est primaire. par Scrutator Sapientiæ 2012-01-15 14:42:18 |
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Bonjour et bon dimanche à Yves Daoudal,
Pour ma part, mais mon avis n'a pas vocation à faire autorité, je peux me démarquer des arguments formulés par Monsieur sans dire qu'ils sont primaires.
1. " Nous voici entre la célébration de deux funestes événements. Le pape s'est rendu à Assise le 27 octobre dernier pour la célébration du jubilé d'argent de la première réunion d'Assise, convoquée par Jean-Paul II en 1986. Et voilà qu'arrive déjà la nouvelle année civile, 2012, au cours de laquelle sera fêté le jubilé d'or de l'ouverture du concile Vatican II. "
C'est vrai que l'impression que cela peut donner est celle d'une génération Vatican II, puis d'une génération Jean-Paul II, qui n'en finissent pas de s'auto-célébrer.
2. " Benoît XVI est-il parfaitement à l'aise de devoir célébrer de tels anniversaires ? Il est bien difficile de répondre précisément à cette question. Nul ne peut prétendre connaître ses intentions et ses sentiments les plus profonds. "
(...)
" À relire ce texte, il est évident que le pape, bien qu'il cherche à manifester cette continuité de l'enseignement du concile Vatican II avec le Magistère antérieur, ressent très fortement les mille et une objections qui se dressent immédiatement contre son idée. "
J'indique ici un risque de petite contradiction : si "nul ne peut prétendre connaître ses intentions et ses SENTIMENTS les plus profonds", alors, comment est-il si "évident que le pape, bien qu'il cherche à manifester cette continuité de l'enseignement du concile Vatican II avec le Magistère antérieur, RESSENT(E) très fortement les mille et une objections qui se dressent immédiatement contre son idée" ?
C'est d'autant plus un risque de petite contradiction que, dans le cas de Benoît XVI, c'est une conviction, exprimée par ses soins dès les Entretiens sur la Foi, qui datent de 1985, et non un sentiment soudain et tardif, qui daterait des premiers mois de son pontificat.
3. " Certes, en fin de compte, le pape s'accroche à son idée de continuité. Mais l'on voit bien que la démonstration est loin d'être évidente. Il doit faire appel à un fort discutable « processus de nouveauté dans la continuité » qui suffirait, comme par magie, à réduire ces contradictions apparentes ou même manifestes, et leur permettre de s'embrasser. "
Je demeure convaincu pour ma part que l'on se sent d'autant plus facilement désabusé ou désappointé par l'usage que Benoît XVI fait de sa propre herméneutique
- que l'on s'est imaginé que celle-ci allait être, dans les actes et dans les faits, synonyme d'une fermeture de la parenthèse conciliaire, alors qu'il ne s'agit pas d'une fermeture, mais d'un recentrage ; pas d'une parenthèse, mais d'une stratégie globale ;
- que l'on s'est ingénié à ne pas voir que cette herméneutique, qui porte sur le Concile et sur les Lumières, sur l'Eglise catholique et sur le monde moderne, est une tentative de neutralisation, non de cette stratégie globale, mais de la ou des interprétations "rupturistes" auxquelles cette stratégie a donné lieu.
4. " Ce volontarisme, dans l'affirmation d'une continuité si peu évidente, rend la position du pape très inconfortable. Il lui faut, en un premier sens, se placer dans le sillage de Jean-Paul II en poussant le scrupule jusqu'à commémorer l'insoutenable scandale d'Assise. Dans un autre, il va devoir s'évertuer à prouver, à l'occasion du cinquantième anniversaire de Vatican II, que les textes les plus novateurs du Concile s'harmonisent avec le Syllabus et Quanta Cura, quand il crève les yeux qu'ils en disent tout le contraire. "
Pour le coup, je trouve ce "raccourci saisissant" réducteur ou restrictif, comme on voudra :
- que je sache, le fait de "se placer dans le sillage de Jean-Paul II" ne peut pas se limiter au fait de "pousser le scrupule jusqu'à commémorer l'insoutenable scandale d'Assise", compte tenu de la complexité, de la diversité, de la densité et de la dimension de ce sillage ;
- que je sache, Benoît XVI n'a pas le "devoir (de) s'évertuer à prouver, à l'occasion du cinquantième anniversaire de Vatican II, que les textes les plus novateurs du Concile s'harmonisent avec le Syllabus et Quanta Cura." Nul n'a le devoir de tenter l'absolument impossible.
D'une part, pourquoi les uns auraient-ils le droit de conférer une autorité quasiment dogmatique à Quanta Cura et au Syllabus, et pourquoi les autres n'auraient-ils pas le droit de conférer le même type d'autorité au Concile Vatican II ?
D'autre part, je pourrais comprendre, dans une certaine mesure, que l'on compare le Concile Vatican II au Concile de Trente, mais j'ai plus de mal à comprendre que l'on oppose un Concile, même adogmatique, à des textes, aussi "catégoriques et définitifs" que Quanta Cura et le Syllabus, auxquels la Tradition ne se limite pas, et qui ne sont ni de même nature, ni de même portée qu'un Concile.
5. " Nous plaignons réellement le pape de devoir prolonger un tel exercice de grand écart et nous ne croyons pas qu'une telle gymnastique pourra indéfiniment perdurer. Il est par trop certain que la voie de la réconciliation entre la foi de toujours et les erreurs de la révolution conciliaire, que la fécondation de la doctrine de l'Église par les erreurs modernes, est une parfaite utopie. "
Je crois qu'il y a là une manière de présenter "l'état de la question" qui pourrait très bien s'apparenter à une volonté a priori de refuser par principe de reconnaître le bénéfice de la bonne intention, de la bonne volonté, dans la bonne direction, à Benoît XVI (intention et volonté, à mon avis, effectives et nécessaires, mais peut-être pas "salutaires", au sens de : sans doute pas "suffisantes").
6. " Restons bien fidèles à notre croisade quotidienne du Rosaire pour demander à la très sainte Vierge Marie la grâce que le pape se rende compte de l'impasse conciliaire et qu'il rebrousse chemin. "
Si l'on croit en l'efficacité de la prière, dans le cadre d'une demande légitime, et si l'on prend acte du fait que le recentrage entrepris par Benoît XVI est encore plus affirmé, encore plus courageux, et encore plus englobant, que celui opéré par Jean-Paul II, malgré Assise, alors il convient peut-être de commencer à donner l'impression que l'on envisage de se réjouir, au lieu de continuer à donner l'impression que l'on ne cesse pas de se lamenter.
7. Le texte de Monsieur l'Abbé de Cacqueray est-il "primaire" pour autant ? Je ne le crois pas, dans la mesure où il pointe du doigt, pas assez, à mon sens, une problématique intéressante : si "faire mémoire, c'est rendre présent", si l'on veut tirer parti de l'Année de la Foi pour faire mémoire, donc pour rendre présent, le Concile Vatican II, dans le cadre d'une herméneutique de la réforme, c'est-à-dire du renouveau dans la continuité, pourquoi ne pas en profiter pour faire mémoire, donc pour rendre présent, dans le prolongement consécutif à la clôture de l'Année de la Foi, le Concile de Trente, dont l'Eglise célébrera (ou pas...) le 450 ème anniversaire de la conclusion, début décembre 2013 ?
8. Ne s'agit-il pas, après tout, du Concile de la Réforme catholique, récemment saluée par Benoît XVI, en février 2011, pour la pérennité de sa pertinence, à travers les figures de Saint Pierre Canisius, de Saint Jean de la Croix, et de Saint Robert Bellarmin ?
Bon dimanche et à bientôt.
Scrutator.
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