Constantin, en tout cas, que les historiens définissent aujourd'hui comme le chef du premier Etat totalitaire de l’histoire
...ou alors, ils ne savent pas du tout de quoi ils parlent. Un régime totalitaire, c’est là où “le pouvoir politique dirige souverainement et même tend à confisquer la totalité des activités de la société qu’il domine” (
Robert). Soit dit en passant, cette confiscation est de plus en plus présente dans nos “démocraties” : diminution des droits de la famille et des entreprises, uniformisation des programmes scolaires, technocratie tendant à la confusion entre les tâches de gouvernement et d’administration, etc. On n’en est pas (pas encore) au parti unique ou à l’école unique, mais de plus en plus à la “pensée unique”...
Que Constantin et plusieurs de ses successeurs aient été tentés – comme plus récemment Joseph II, Napoléon et quelques autres – de mettre à leur service la religion catholique, en cela ils tendaient effectivement à une certaine forme de totalitarisme. Mais de là à en faire une constante de la politique des princes chrétiens, il y a une marge considérable que l’histoire médiévale dément. Surtout que les papes ne se sont nullement laissés faire, et pas seulement saint Grégoire VII face à Henri IV, ou Boniface VIII vis-à-vis de Philippe le Bel. Au point que certains auteurs, même catholiques, leur font le reproche inverse : celui d’avoir “désacralisé le pouvoir politique” (Sylvain Gouguenheim) en séparant le temporel du spirituel ! En quoi ils se trompent à leur tour : dans l’esprit de l’Église, il ne s’agissait pas de
séparer, mais de
distinguer, conformément à la parole du Christ “Rendez à César...”.
Quoi qu’il en soit, cette tentation du pouvoir politique de confisquer le religieux à son profit ne date pas de Constantin (à supposer qu’il y ait réellement succombé, ce qui n’est pas prouvé). Quand ses “divins” prédécesseurs agissaient très officiellement en grands-prêtres de la religion païenne de Rome, ils méritaient au moins autant que lui ce reproche. Et un historien digne de ce nom devrait savoir que la principale difficulté qui retint un temps Clovis de se faire baptiser, c’est qu’en adoptant la religion catholique, il perdait automatiquement toute légitimité religieuse aux yeux de ses leudes païens : la chance – ou pour mieux dire : le miracle – a voulu que plusieurs milliers d’entre eux se convertissent en même temps que lui, fondant ainsi une nouvelle légitimité.
Quant aux totalitarismes modernes, du nazisme aux communismes, ils justifient encore plus largement le mot d’André Malraux : “La chrétienté n’avait pas été totalitaire : les États totalitaires sont nés de la volonté de trouver une totalité sans religion”.
V.