Au moins deux générations, différentes, de néo-modernistes. par Scrutator Sapientiæ 2011-11-10 21:43:29 |
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Bonsoir John L,
1. Je ne me prononce pas sur les évêques, mais sur les théologiens néo-modernistes ; dans la mesure où les plus grands d'entre eux, presque toujours sous l'angle de l'érudition, sinon toujours sous l'angle de l'orthodoxie,
- ont commencé, pour au moins deux d'entre eux (de Lubac et Balthasar) à contribuer à ce que l'on "arrête" une partie "des frais", à partir de la fin des années 1960 ou du début des années 1970 (cf Communio)
- ont commencé à décéder (Rahner, Balthasar) ou à décliner (Congar, de Lubac) à partir du milieu des années 1980,
on ne peut pas les accuser d'être tous également responsables de l'aggravation de l'évolution d'une partie de la production théologique ultérieure, notamment en direction de ce que l'on appelle aujourd'hui la théologie de l'oecuménisme interreligieux, ou, en tous cas, du pluralisme religieux.
2. Par ailleurs, il est, à mon sens, excessif, d'écrire, comme vous le faites, surtout à la fin de votre phrase :
"la théologie néo-moderniste est ouvertement un projet de collaboration idéologique avec le naturalisme et libéralisme, et nie ouvertement les doctrines de base de la foi catholique,"
car si cela avait été aussi flagrant que cela, en tous cas, chez les auteurs que je viens de citer, cette manière de faire de la théologie aurait été beaucoup moins attractive, beaucoup moins convaincante ou séduisante, car par trop subversive ou transgressive, dans l'esprit des lecteurs qui ont lu ces auteurs dans les années 1950 et 1960.
3. Pour moi, à "l'errare humanum est" de ce que je serai tenté d'appeler la première génération néomoderniste, a succédé le "perseverare diabolicum" d'une partie de la deuxième génération, incarnée par ceux
- qui ont commencé à faire carrière à partir du début des années 1960,
- qui ont pu voir quelles ont été l'ampleur et la portée de la relation de cause à effet entre le Concile et l'après Concile, dans les années 1960 et 1970,
- qui ont pu voir dans quelle mesure le recentrage effectué pendant la génération Jean-Paul II a manqué d'autorité et de discipline, voire de cohérence et de pertinence intellectuelles,
- qui ont été sûrement témoins, et peut-être acteurs, au contact du désastre : entre autres choses, il y a eu toujours plus de dialogue oecuménique ou interreligieux, et toujours moins de vocations sacerdotales, en Europe occidentale,
- et qui n'ont pas particulièrement cherché à passer du recentrage velléitaire à la restauration volontariste, alors qu'ils voyaient bien que ce recentrage velléitaire, au mieux, ralentissait la crise sans l'interrompre.
4. Je pense ici à quelqu'un comme le Cardinal Walter KASPER ; voici ce que l'on trouve à son sujet, sur Wikipédia :
" Walter Kasper, né le 5 mars 1933 à Heidenheim en Allemagne, est un théologien et un cardinal catholique allemand, président émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens depuis juillet 2010.
Après son baccalauréat obtenu en 1952, Walter Kasper commence des études de philosophie et de théologie à Tübingen et Munich. Il est ordonné prêtre pour le diocèse de Rottenburg-Stuttgart le 6 avril 1957 et obtient son doctorat en théologie à l'université de Tübingen en 1961 (avec une thèse sur « la doctrine de la Tradition sous l'École romaine »).
Il consacre l'essentiel de son ministère sacerdotal à l'enseignement. D'abord assistant des professeurs Leo Scheffczyk et Hans Küng (entre 1961 et 1964), il soutient sa thèse d'habilitation en 1964 sur la philosophie et la théologie de l'histoire dans la philosophie du dernier Schelling (« Philosophie und Theologie der Geschichte in der Spätphilosophie Schellings »). Il devient professeur de théologie dogmatique à la faculté théologique de Münster (de 1964 à 1970), dont il sera doyen, puis professeur de dogmatique à l'université de Tübingen (de 1970 à 1989). Il est reconnu comme un théologien marquant dès son ouvrage intitulé « Jésus, le Christ » (1974, tr. fr. 1976).
Il est secrétaire du Synode extraordinaire des évêques à Rome en 1985.
Il a été membre de la Commission théologique internationale et a été le rédacteur principal de « La Foi de l'Église » (catéchisme allemand des adultes). Il a participé à la commission de dialogue théologique Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises.
Il est généralement considéré comme un théologien catholique à la fois ouvert, solide et sûr. D'après le professeur Gilles Routhier, de l'Université Laval (Québec) : « Amorcée dans le sillage du concile Vatican II, l’œuvre théologique du professeur Kasper reflète bien les débats qui ont cours dans l’Église catholique depuis le concile. Tour à tour au comité de rédaction des deux grandes revues qui ont alimenté ce débat — Concilium (1970-1977) et Communio (à partir de 1983) —, le professeur Kasper a tenté de concilier la liberté du théologien et la référence au magistère, les questions et les requêtes de nos contemporains et la fidélité à la tradition. »
Nommé évêque de Rottenburg-Stuttgart le 17 avril 1989, il est consacré le 17 juin suivant.
En 1993, avec Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence et Mgr Oskar Saier, archevêque de Fribourg-en-Brisgau, il demande qu'en certaines circonstances l’accès à la communion eucharistique puisse être ouvert à des divorcés remariés, ce qui est refusé par Rome.
En 1994, Mgr Kasper co-préside la Commission internationale du dialogue catholiques-luthériens. Il fait beaucoup pour parvenir à la signature de l'accord entre luthérien-catholique sur la justification par la foi qui sera signé à Augsbourg le 31 octobre 1999. Cette déclaration commune sur la justification est le résultat de plus de trente ans de dialogue luthérien-catholique.
Le 16 mars 1999, il est nommé à Rome comme secrétaire du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens.
Il est créé cardinal par le pape Jean-Paul II lors du consistoire du 21 février 2001 avec le titre de cardinal-diacre d'Ognissanti in Via Appia Nuova à l'église Ognissanti et devient président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens le 3 mars 2001. Il est confirmé dans cette charge par le pape Benoît XVI le 21 avril 2005.
Au sein de la curie romaine, il est également membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, de la Congrégation pour les Églises orientales, du Conseil pontifical pour la culture, du Conseil pontifical pour les textes législatifs, du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux et du Tribunal suprême de la Signature apostolique.
Sa mission internationale présente « conduit ce baroudeur de l'œcuménisme à aller à la rencontre des responsables des Églises et des Communautés ecclésiales du monde protestant, orthodoxe et anglican ». Frappé par la limite d'âge, il est remplacé le 1er juillet 2010 à la présidence du conseil pontifical par Mgr Kurt Koch, jusqu'alors évêque de Bâle. "
Chacun ses priorités, suis-je tenté d'écrire...
5. Si j'ai choisi l'exemple que je viens de donner, c'est parce qu'il me paraît tout à fait typique d'un approfondissement et d'un élargissement, dans la longue durée, de tout un positionnement ecclésiologique antérieur, alors que la réalité ne cessait pas d'envoyer des signaux, si j'ose dire, dans l'espoir de faire comprendre à tous ces clercs qu'ils n'allaient pas, et qu'ils ne vont toujours pas, dans la direction à la fois la plus exigeante et la plus stimulante, laquelle serait synonyme de "recatholicisation intellectuelle".
Je vous remercie pour votre message, et je vous souhaite une bonne soirée.
Scrutator.
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