Donc en attendant, les catholiques, ceux qui ont été baptisés dans l'Eglise romaine, ignorant de bonne foi la vraie foi en suivant un pasteur qui en enseigne une autre, peuvent souscrire à la fausse sans risque d’être eux-mêmes hérétiques devant Dieu ?
Oui, chère Gentiloup, aux conditions rappelées par saint Alphonse de Liguori (
Theologia Moralis, Lib. II, tract. I, n° 19, resol. 3) :
Personne n’est hérétique tant qu’il est prêt à soumettre son jugement à celui de l’Église, ou qu’il ne sait pas que la vraie Église du Christ tient le contraire, alors qu’il tient opiniâtrement à sa position en vertu d’une ignorance même coupable et crasse.
C’est pourquoi du reste, à mon humble avis, on ne peut pas affirmer en toute certitude – comme on l’entend couramment faire dans les milieux sédévacantistes – que
tous les évêques ont apostasié à la suite de Paul VI en souscrivant aux erreurs enseignées par Vatican II.
Au regard du magistère antérieur, nous sommes convaincus qu’il s’agit pourtant bien d’erreurs, et même d’erreurs dans la foi, mais la... mauvaise foi, si j’ose dire, de tous ceux qui adhèrent, à des degrés divers, à ces erreurs est impossible à prouver. Dans la mesure où, comme l’écrit saint Alphonse :
– ils sont “prêts à soumettre leur jugement à celui de l’Église”, ce qui est
a priori leur cas puisqu’ils ne font que suivre ceux qu’ils reconnaissent comme papes ;
– ils ignorent (même de façon coupable, souligne le saint) “que la vraie Église du Christ tient le contraire”, et c’est
a priori le cas de tous ceux qui ne cessent de nous répéter que Vatican II est dans le prolongement des conciles précédents (la fameuse “herméneutique de la continuité”...).
Attendons donc patiemment le jugement de l’Église, qui interviendra au moment où Dieu le décidera, et prenons surtout bien garde de ne pas succomber nous-mêmes : c’est encore saint Alphonse (docteur de l’Église, rappelons-le) qui explique qu’ordinairement ce ne sont pas les motifs théologiques qui ébranlent la foi, mais bien l’habitude du péché (et spécialement du péché mortel, il va sans dire).
V.