[réponse] par Desassocega 2025-10-06 18:14:37 |
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Merci pour votre réponse.
Je comprends l'idée, mais pour être tout à fait honnête, la distinction homme/charge ministérielle + pastorale/dogme me semblent davantage des outils (voire parfois des baguettes magiques) pour justifier à tous prix l'unité dogmatique et la pureté morale de l'institution de l'église.
En tant que catholique, ce sont des questions avec lesquelles je lutte beaucoup. J'ai écouté de nombreuses personnes sur ces questions, et j'ai toujours senti que ces concepts étaient instrumentaux plus qu'autre chose, et en plus très très mal définis, ce qui permet des pirouettes argumentatives parfois ahurissantes (à mes yeux) où un même texte est dogmatico-pastorale et j'en passe.
Je vais prendre un exemple pas très original:
Le pape Nicolas V dans Romanus pontifex qui rend licite l'esclavage pratiqué par les rois catholiques.
=> il s'adresse en tant que successeur de Pierre : "successeur du porteur de clé du royaume des cieux"
=> il exerce son autorité au nom de Dieu : "ordonne et dispose fermement, après soigneuse délibération, ces choses qu’il lui semble être agréables à sa Divine Majesté"
=> Ce n'est pas impulsif ou circonstanciel : "Nous, pesant toutes choses avec la réflexion appropriée"
=> parle clairement d'esclavage : "de soumettre tous les Sarrasins et les Païens et les autres ennemis (du Christ) où qu’ils se trouvent et de réduire leurs personnes en servitude perpétuelle"
=> place la discussion précisément sur le plan du droit et de la morale : "ont acquis justement et légalement"
Quelques siècles plus tard Léon XIII dans In plurimis affirme d'une part que l'esclavage est contre ce que Dieu a voulu pour l'humanité, et d'autre part qu'elle est une abjection morale et que cette pratique est d'autant plus détestable qu'elle aime à prendre l'apparence de la légalité.
Deux ans plus tard, Léon XIII commence son encyclique Catholicae Ecclesiae en disant : "Comme vous le savez, vénérable frère, l'Église, depuis le commencement, a cherché à éliminer complètement l'esclavage."
Difficile de ne pas dire que Léon XIII estimerait que Nicolas V, en tant que successeur de Pierre (donc =/= comme homme pécheur) et en matière de moeurs (sujet à l'infaillibilité), a failli.
Et finalement je me demande si on en arrive pas toujours là quand on prête à une institution humaine (au sens où même si elle est fondée par Notre Seigneur, elle est constituées d'hommes) des dehors d'éternité. Car il suffit de jeter deux-trois coups d'œil historiques pour voir qu'au temps de Nicolas V il était important de ne pas se fâcher avec l'Espagne et le Portugal et de combattre les Ottomans, mais que du temps de Léon XIII la liberté universelle et la dignité humaine et sociale était à la mode.
Et je ne dis pas du tout ça pour mépriser ou critiquer l'église, au contraire ! Elle est et demeure le lieu où Dieu est plus grand que notre coeur, et en acceptant humblement de se définir comme une assemblée de pécheurs espérant en Christ, elle continue ainsi de porter le message de la rédemption universelle. C’est par là qu’elle est sainte.
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