"Tensions sur les messes du pèlerinage de Chartres de Pentecôte" par Cristo 2025-05-29 23:09:16 |
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Tensions sur les messes du pèlerinage de Chartres de Pentecôte
L'évêque de Chartres a demandé aux organisateurs du pèlerinage de Pentecôte de permettre aux prêtres qui le désirent de célébrer la messe dans le rite actuel sur le territoire de son diocèse. Un casus belli pour les organisateurs, qui ont toujours exigé la célébration dans l’ancien rite.
Par Sixtine Chartier
Publié le 23/05/2025
Philippe Christory, évêque de Chartres depuis sept ans, a toujours fait bon accueil aux participants du pèlerinage de Notre-Dame-de-Chrétienté, attachés à la liturgie traditionnelle, qui relie Paris à Chartres chaque année à la Pentecôte. Mais pour la première fois cette année, il a demandé formellement à l’association organisatrice du pèlerinage de faire évoluer son approche. Jusqu’à présent, les organisateurs permettaient aux prêtres participants de ne célébrer la messe que selon l’ancien rite. C’est cette exclusion de principe de la liturgie actuelle que l’évêque de Chartres a décidé de pointer dans un courrier envoyé il y a une dizaine de jours au président de l’association organisatrice.
« Depuis que je suis évêque de Chartres, je suis présent auprès des pèlerins, je préside la messe du lundi dans la cathédrale, je marche avec eux le dimanche après-midi, indique à La Vie Philippe Christory. Mais je conteste très clairement le droit qu’ils se donnent d’interdire aux prêtres qui participent au pèlerinage de célébrer la messe et la confession dans la forme actuelle du rite romain. » « Je ne reconnais pas le magistère qu’ils se donnent et qu’ils n’ont pas en tant qu’association, poursuit-il. Dans un diocèse, cela appartient à l’évêque. C’est à lui de décider en matière de liturgie. »
Une demande symbolique
L’évêque de Chartres n’interdit donc pas la messe traditionnelle. Mais il demande que les deux rites soient possibles. «J’autorise les prêtres qui le souhaitent à célébrer en vetus ordo (ancien rite, ndlr) à leur demande, confirme Philippe Christory. Mais je ne veux pas qu’on inverse les choses : ce n’est pas à l’association Notre-Dame-de-Chrétienté de limiter la forme du rite sur le territoire d’un diocèse. » Cette demande revêt surtout un caractère symbolique, car la plupart des prêtres qui participent au pèlerinage y viennent pour célébrer dans l’ancien rite. Mais le pèlerinage, qui accroît son nombre de participants d’années en années (19 000 inscrits en 2025), attire désormais bien au-delà de la sphère traditionaliste, ce qui explique que certains prêtres ont pu se trouver dans la situation de vouloir célébrer leur messe quotidienne selon le rite actuel. Par ailleurs, au-delà de la question pratique, cette exclusion envoie l’image d’un monde traditionaliste qui ne reconnaît pas la forme actuelle de la messe en vigueur, selon plusieurs observateurs.
De fait, le feu couvait depuis des années sur ce sujet. Au pèlerinage de Chartres de Pentecôte, grand rendez-vous du monde traditionaliste, la messe a toujours été célébrée selon l’ancien rite (vetus ordo). Il s’agit du rite qui était en vigueur avant la réforme de Vatican II, qu’on appelle aussi messe Saint-Pie-V, ou messe tridentine. Le prêtre dit sa messe en latin, dos au peuple, tourné vers l’orient (ad orientem), et suit un missel différent de celui du pape et de l’Église catholique latine. Les lectures de la messe sont elles aussi différentes de celles qu’on peut entendre habituellement dans les églises le dimanche. Cette faculté de célébrer dans l’ancien rite a toujours été tolérée par les évêques, de plus ou moins bonne grâce, et malgré de nombreuses tensions depuis la création du pèlerinage il y a plus de 40 ans. Mais les organisateurs n’ont jamais démordu de leur principe fondateur : les messes célébrées dans le cadre du pèlerinage doivent l’être dans le rite ancien exclusivement. Pour eux, cette spécificité a permis de faire perdurer l’esprit originel et le dynamisme du pèlerinage.
Au-delà de la question du pèlerinage de Chrétienté, cette demande de l’évêque de Chartres intervient quatre ans après le motu proprio Traditionis custodes, signé par le pape François. Ce texte restreint en théorie drastiquement la messe en ancien rite la faisant passer d’un régime de tolérance à un régime d’autorisation : il faut désormais demander à l’évêque du lieu son accord pour célébrer selon cette forme. Une décision qui a fortement crispé les traditionalistes et que plusieurs responsables catholiques, y compris en dehors de la sphère tradi, ont considéré comme trop autoritaire.
Des instructions de Rome
Selon nos informations, un courrier envoyé par les évêques en charge des relations avec les traditionalistes à tous les évêques de France clarifiait l’attitude à adopter concernant le pèlerinage de Chartres de Pentecôte. Ce courrier transmettait les instructions de Rome en réponse à la demande de plusieurs évêques. Selon ce courrier, Rome demande que le motu proprio s’applique aussi à ce pèlerinage et donc que les prêtres qui souhaitent célébrer en ancien rite en demandent l’autorisation à l’évêque du lieu. Par ailleurs, depuis quelques mois, plusieurs évêques ont pris la décision de ne plus accueillir la Fraternité Saint-Pierre, l’un des plus gros instituts de prêtres traditionalistes en communion avec Rome. Comme à Valence très récemment. Ils estiment que la façon dont ces prêtres géraient leur paroisse créait une communauté parallèle, coupée de la vie commune du diocèse.
Le nouveau pontificat qui s’ouvre pourrait-il changer la donne ? C’est ce qu’espèrent les traditionalistes. Ces derniers ont bien noté les appels à l’unité de Léon XIV et une forme de sensibilité à la tradition qu'il dégage. « Ce serait mentir de dire que nous n’avons pas d’attentes vis-à-vis de ce nouveau pontificat », avait déclaré Philippe Darantière, président de l’association Notre-Dame-de-Chrétienté lors de la conférence de presse de présentation de l’édition 2025 du pèlerinage de Chartres le 12 mai. Il disait espérer que le nouveau pontife n’adopte pas le « juridisme désincarné » qu’il estime être en vigueur depuis le motu proprio. Mais de nombreux évêques regrettent de leur côté le manque de coopération de certains traditionalistes. Revenir sur l’exclusion de la messe actuelle pourrait être un premier pas. Comme l’écrivait Benoît XVI dans sa lettre aux évêques accompagnant son motu proprio libéralisant la messe traditionnelle (Summorum pontificum, 2007) : « Pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté. »
Par Sixtine Chartier
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