sous-fil surréaliste au vu des citations exactes et quelques remarques par Luc Perrin 2024-08-27 13:04:36 |
|
Imprimer |
données tant par Luc de Montalte que par Athanasios D., citations qui valident les évaluations de Me Parfu.
Sans la moindre ambiguïté.
Bref tout le monde est d'accord que les experts du Consilium qui menaient de fait la danse au sein de cette instance où en théorie les membres de la Hiérarchie étaient les "acteurs", en fait témoins assez passifs sauf l'un ou l'autre, et au premier chef l'infernal Lazariste Annibale Bugnini ont voulu rapprocher le futur Novus - Nouveau le mot est suffisant - Ordo Missae en construction des "synaxes" protestantes (c. la polémique qui a de suite surgi quand le NOM a été promulgué avec cette Institutio generalis au n°7 que le B.E.C. notamment dénonce et que Paul VI a consenti à corriger pour atténuer dans la phrase incriminée la saveur carrément protestante).
Non seulement le texte cité de 1965 mais l'Institutio generalis de 1969 (1ère mouture publiée) mais une masse de commentaires postérieurs par les néo-liturges qui ont formé le clergé de 1969 à nos jours et encore plus récemment le discours du cardinal Roche préfet du Dicastère du culte divin et des sacrements, insistant sur l'aspect "Novus" en l'opposant au "Vetus" Ordo Missae qu'il méprise.
Il suffit de lire les synthèses de mon cher collègue Marcel Metzger pour voir les lignes de force de la néo-liturgie.
Il n'y a pas débat sur ce sujet de l'intention explicite des experts et des interprétations dominantes postérieures à la promulgation et en fait les intervenants ci-dessus en ont fourni chacun toutes les preuves documentaires tant en italien qu'en français. Les néo-liturges tiennent le même discours dans le monde entier, la langue ici ne change rien.
L'intention première cependant n'était pas le rapprochement avec les protestants, c'est un but second : le rapprochement avec la Modernité, faire une "célébration" fashionable, mode, qui plaise aux jeunes, aux classes populaires qu'on imaginait - à tort - un peu sottes avec le dédain typique des "élites" de tous les temps, tel était LE but prioritaire. L'homélie de Paul VI en 1965 pour la première messe en langue italienne partiellement est très clair là-dessus comme aussi les commentateurs du temps et postérieurs. Cette course sans fin qui cherche à coller avec la tendance du moment et voudrait transformer les célébrations en menu avec "entrée du jour, plat du jour et dessert au choix" est toujours d'actualité. C'est ce qui a conduit à la prolifération des Prières eucharistiques licites en plus du bricolage dominical que chaque célébrant et son équipe de laïques héritières des dames d'oeuvre d'antant mais sans oeuvre opèrent sous nos yeux ébahis et au grand supplice de nos oreilles.
Le N.O.M. se voulait, dans la pensée d'Annibale spécialement, un "Lego" : une boîte de pièces adaptables à l'infini aux contextes locaux (cultures) et au temps qui passe.
Le seul bémol - il est de TAILLE - tient à savoir si ce rapprochement est allé dans le texte du N.O.M. - 3 éditions typiques à ce jour la dernière étant celle de Jean Paul II en 2002 - jusqu'à faire des "célébrations" la "messe de Luther" comme l'avait écrit Mgr Lefebvre un peu vite à mon avis.
Je ne le pense pas et les experts, parmi lesquels il y avait tout de même des connaisseurs de la liturgie romaine authentique (Bouyer, Jungmann, Martimort etc.), des membres conscients du Consilium (cf. le cardinal Antonelli, ses deux présidents Lercaro et en 1969-1970 Benno Gut), tous ont tenu compte des multiples pressions. Le cardinal très "progressiste" Lercaro penchait plus vers le but premier (ouverture relative à la Modernité) que le but second ; Benno Gut qui arrive trop tard était clairement le pied sur le frein.
Ne prenons pas non plus ces éminents savants, hiérarques et l'Annibale pour des oies. Bugnini était plus qu' "un po furbo", un renard dans le poulailler. Il veille à ne pas braquer Paul VI en le mettant en porte-à-faux et sa disgrâce tardive (trop tardive hélas pour l'Église en 1974 seulement après 10 ans de méfaits) est venue d'un très gros faux pas qui lui a fait perdre instantanément la confiance du Pape.
Pour reprendre l'image du Lego, le N.O.M. bugninien final est ainsi susceptible de multiples lectures : on peut aller dans la direction Metzger-Roche et des disciples d'Annibale en cour sous François mais on peut aussi ajuster les pièces du lego néo-liturgique d'une façon plus traditionnelle, en continuité plus apparente avec le V.O.M. C'est manifeste dans les liturgies africaines auxquelles j'ai assisté par exemple. Mais j'ai vu aussi ailleurs des N.O.M. dans l'esprit de continuité (Solesmes qui s'en vantait, les Saint-Martin ...) et même une fois une messe dans une église tenue par des jésuites américains (eh oui à ma grande surprise j'avoue) à Philadelphie. C'est la tendance Denis Crouan, AVV-VVK, Pro Liturgia etc.
Les fausses questions d'AVV-VVK, qui connaît bien ces réponses, et le débat qui renaît tout le temps autour de cette continuité fondamentale ou de la discontinuité tout aussi radicale débouchent sur ce oui et non. Le N.O.M. peut être lu et utilisé pour du grand n'importe quoi - Rome y pousse aujourd'hui après l'avoir réprouvé de 1974 à 2013 -, pour des blobs "oecuméniques" ou des sabbats "interreligieux", pour du Taylor Swift-Madonna ou Hanouna dans une église mais aussi pour une messe catholique fidèle.
Tout dépend des utilisateurs de ce Lego, boîte à outils.
Pour ma part, cette plasticité quasi totale me semble malsaine et le principe même de la fabrication d'une néo-liturgie, à opposer à celui d'une réforme très prudente, économe, telle que précisée dans l'article bafoué de S.C, est étranger à la Tradition catholique.
Martin Luther, puisqu'on est parti sur le rapprochement avec les protestants, l'avait rejeté très fortement de son vivant : le Bugnini protestant de 1521-1522, Andreas Karlstadt (1486-1541) son premier bras droit à Wittenberg, avait détruit la Messe brièvement pour une Cène hyper dépouillée, un rêve des néo-liturges actuels. Luther rappelé par Frédéric le Sage pour éteindre cet incendie abroge ce culte et rétablit la Messe jusqu'à la mort de l'Électeur de Saxe.
La première "messe luthérienne" dénature le sens théologique de la Cène (sacrifice propitiatoire rejeté, consubstantiation) MAIS se moule dans le cadre existant de la Messe catholique sans même imposer le recours à la langue "allemande" - langue savante que Luther contribue à créer avec sa traduction de la Bible - et le Réformateur déclare explicitement respecter toutes les langues latin et grec inclus et que le recours aux cantiques traditionnels est compréhensible, qu'un répertoire en langue nouvelle ne naît pas sans la patine des ans.
Ô ironie de l'histoire, méconnue par l'Annibale démoniaque, Luther était plus fidèle que lui à l'article de S.C. si je puis dire, par anticipation, le Saxon avait une meilleure intelligence de l'essence de toute liturgie qui ne peut être une fabrication sans dommage.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|