Par où commencer ? par Peregrinus 2024-08-26 10:40:27 |
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Un ami, liseur non inscrit, historien spécialiste de l’époque moderne, me décrivait votre message comme un « compendium des idées reçues et des préjugés sur l’Église à l’époque moderne ». « Il mériterait une réponse, poursuivait-il, mais par où commencer ? » En effet, vous assénez comme autant d’évidences une foule de propositions discutables, parfois dans le bon, parfois dans le mauvais sens du terme, en si grand nombre et sur des terrains si variés qu’il est bien difficile de répliquer rigoureusement. Pour ma part, plus j’étudie, plus je suis prudent et même réticent à m’engager sur des terrains qui ne relèvent pas de mon champ d’expertise. Je me bornerai donc aux quelques points sur lesquels je pense avoir quelque chose à dire.
Parler d’oubli des textes patristiques au profit d’un aristotélisme exclusif à l’époque moderne est risible aussitôt que l’on ouvre n’importe quel ouvrage de théologie, de droit canonique, d’érudition ecclésiastique produit en France au XVIIe ou au XVIIIe siècle : on y cite infiniment plus souvent saint Augustin, saint Cyprien, saint Jean Chrysostome, les Pères apostoliques ou cappadociens, que saint Thomas ou les docteurs scolastiques. L’époque moderne est un âge d’or de la patristique.
On peut ne pas aimer le processus de centralisation romaine (à vrai dire, je ne l’aime pas spécialement), mais, outre le fait que l’infaillibilité et l’universalité de la juridiction du pape relèvent, que cela nous plaise ou non, du dépôt de la foi, il faut aussi comprendre la raison d’être de ce processus, à savoir la préservation de l’indépendance de la puissance spirituelle face à des États démocratiques modernes au fondement de plus en plus nettement laïc et aux prétentions illimitées. Je ne suis pas un inconditionnel de Pie IX, mais il faut reconnaître qu’il a su maintenir dans un contexte nouveau particulièrement difficile la souveraineté spirituelle de l’Église, ce qui n’allait pas du tout de soi. C’est à cette aune aussi qu’il faut considérer le prétendu juridisme, qui sert à la défense de la société parfaite ecclésiale en même temps qu’il la garantit contre l’arbitraire. Le juridisme, c’est le rempart du spirituel.
À vrai dire, quand je vous lis, j’ai l’impression de lire le Gaume du Ver rongeur réinterprété à la lumière de la nouvelle théologie des années 1950. Romantisme médiévaliste, haine de la Renaissance, obsession du naturalisme, mépris de la scolastique, tout cela fleure bon ce XIXe siècle ultramontain que vous détestez, et c’est peut-être ce qui me fascine le plus.
Peregrinus
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