Comme le dit justement Eudoxie, justifier les abus au moyen de la religion est propre, non pas aux traditionnalistes, mais à tout mouvement religieux. On retrouve le même problème dans d'autres communautés, plus ou moins rigides (musulmans, protestants, sectes...). On justifiera la violence au moyen des Écritures Saintes, du Coran, des traditions etc.
Comme vous semblez ne pas comprendre la dynamique de trop de couples typiquement tradis, voici un exemple : Monsieur et Madame se rencontrent lors d'un pélerinage de Chartres et entament des échanges épistolaires qui finissent par aboutir à un beau mariage pour lequel ils ont été préparés durant 6 mois par un des prêtres de la paroisse de la fille après des fréquentations convenables et dans les règles. Durant cette préparation, on leur explique les devoirs conjugaux, spécialement en matière de procréation. Aborde-t-on la question de la violence conjugale ou parentale, verbale, psychologique (je considère que c'est la plus pernicieuse), physique et sexuelle ? Pas dans la préparation de mariage que j'ai eue en tout cas, ni de celle de tous les couples à qui j'ai eu l'occasion d'en parler.
Ensuite, les naissances et les baptêmes s'enchaînent et au bout de 5 ans, madame en ai déjà mis entre 3 et 5 au monde. Elle fatigue et commence à avoir divers problèmes de santé si bien qu'une pause serait nécessaire. C'est là que les failles de la famille tradie peuvent apparaître. Le mari peut réagir en accordant un répit à sa femme, en l'épaulant davantage dans le soin des enfants déjà nés, alors là, tant mieux. Mais il peut aussi se durcir, se montrer impatient avec les enfants en bas âge, commencer à les punir physiquement avec des gifles, des petites fessées, des mises au coin, etc. parce qu'ils le dérangent pendant qu'il fait sa lecture spirituelle ou qu'il regarde le foot. Il se justifiera avec des extraits de l'Écriture, comme : "Qui aime bien, châtie bien." Il va aussi commencer à traiter sa femme de folle et à dire qu'elle est désagréable à vivre, parce qu'elle pleure d'épuisement à la suite de nuits blanches à allaiter et à soigner ses poupons pour lesquels monsieur sort bien difficilement de son lit.
Par la suite, si Monsieur estime que ses besoins charnels sont plus importants que la fatigue de sa femme, il la sollicitera, avec plus ou moins d'insistance et un autre bébé sera bientôt en route. Peut-on parler de viol et appeler la police ? Si la femme n'a aucune envie de se trouver dans cette situation, comme elle ne veut pas manquer à son devoir conjugal, elle se plie aux désirs de son mari. Il pourra même lui faire le reproche qu’elle n’y met pas autant d’ardeur que lors de leur lune de miel.
Les enfants grandissent, d'autres arrivent encore, les problèmes de santé de madame s'aggravent, mais monsieur ne voit toujours que son nombril. Elle n'a plus d'amis, car elle n'a plus la force de les inviter et de les recevoir. Si sa famille est éloignée, les contacts se raréfient avec l'extérieur et elle n'a personne à qui parler. Se confier à un prêtre? Monsieur est un pilier de la paroisse et bien vu de tout le monde à l'église, le prêtre va gentiment l'envoyer balader.
Monsieur injurie de plus en plus souvent sa femme, commence à la dénigrer devant ses copains, voire à la comparer avec d'autres femmes (du genre : "Tu (ou "elle" s'il parle à ses potes) n'es vraiment plus celle que j'ai épousée il y a dix ans, tu te négliges, tu es rendue moche, tu es rendue cinglée, je regrette de m’être marié avec toi, etc.") Les injures et les punitions pleuvent de plus en plus souvent sur les enfants et Monsieur frappe sa femme une première fois parce qu'elle s'interpose pour l'empêcher de les corriger trop rudement. Les mauvaises habitudes et les exigences de Monsieur prennent de plus en plus d'ampleur : "Comment ça se fait que le souper n'est pas encore prêt?" Si elle lui dit qu'elle a passé l'heure précédente à allaiter la plus jeune, à changer des couches et à soigner les plus grands qui ont la varicelle, il lui dira que c'est juste son devoir de mère et continuera a exiger sous peine de conséquences de plus en plus lourdes que les heures des repas soient réglées comme au couvent. Si lui est en retard pour on ne sait quelle raison obscure et qu'elle attend au fourneau depuis deux heures, il ne s'excusera même pas pour le dérangement. Il a toujours une bonne excuse ou une citation d’auteur spirituel dans la poche pour se justifier, de toute façon. Madame est de plus en plus isolée et a de moins en moins de recours.
Jusqu'où cela ira-t-il? Madame se creuse la tête pour trouver des solutions, mais partir avec 10 gosses sur les bras sans ressources et épuisée, on fait comment, on va où, on dérange qui? Et puis, le mariage est indissoluble. Est-ce que sa situation est assez grave pour justifier ce départ? Et si elle était folle et que c'était elle le problème, comme le lui crie son mari par la tête tous les jours que Dieu fait? Elle consulte "La catéchèse catholique du mariage", mais il n’y a pas grand-chose sur le sujet. Elle essaie de reparler à un prêtre, mais se fait remballer par un "Vous n'allez pas commencer ce jeu-là! Votre mari est un homme exemplaire, nous n'avons aucun problème avec lui! Priez et faites votre devoir d’état : avec la douceur et la patience, ça va bien aller."
Elle fait le dos rond et se dit qu’il faut attendre que l'orage passe en essayant de contenter Monsieur pour qu’il ne fasse pas trop de mal aux enfants. Tout le monde garde le silence sur ce qui se passe à la maison, les enfants savent bien que papa serait furieux et que ça se retournerait contre eux et surtout contre maman si cela se savait. Elle les encourage à quitter l'enfer familial dès qu'ils le peuvent, les plus forts sont révoltés, les autres sont démolis, combien auront perdu la foi? Alors, elle se dit : « À quoi bon avoir enduré tout ça pour les voir se perdre un par un? » Elle est tellement exsangue qu’elle n’a même plus de larmes pour pleurer. Monsieur n’a toujours rien vu et personne ne l’aura remis à sa place dans la belle communauté tradie où il continue à se pavaner.
Je rêve du jour où un prêtre osera prêcher sur la violence familiale en partant des citations de St Paul : « Pères, n’exaspérez pas vos enfants. » et sur le « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église ». Depuis 45 ans que je fréquente les chapelles tradies, je n’en ai jamais entendu parler. XA nous demandait des sujets tabous, je crois que c’en est un de taille.