Un terme piégé par Peregrinus 2019-10-17 21:31:12 |
|
Imprimer |
Le problème du terme de gallicanisme, c'est qu'il est tellement polysémique qu'on est souvent contraint de lui adjoindre une épithète pour savoir de quoi l'on parle, et encore cela ne suffit-il généralement pas à empêcher tous les malentendus. Prenez par exemple le "gallicanisme épiscopal" : Jean-Claude Meyer et Léon Lévy-Schneider donnent à cette même expression un contenu sensiblement différent.
Le gallicanisme, c'est pêle-mêle l'affaire de la régale, le système bénéficial d'avant 1789, Bossuet, les bréviaires néo-gallicans, la Constitution civile du clergé, les articles organiques, Portalis, le cardinal d'Astros, le chanoine Bernier (le "dernier gallican" d'Albert Houtin), Saint-Sulpice, Mgr Dupanloup, des demi-hérétiques comme l'abbé Michon, etc. : autant dire tout et le contraire de tout.
Puisque vous aimez tant étaler vos références bibliographiques, je vais faire comme vous. Jacques-Olivier Boudon (Paris, capitale religieuse du Second Empire, Cerf, Paris, 2001, p. 377) note que le néo-gallicanisme libéral qui s'affirme au milieu du XIXe siècle, et dont Mgr Darboy est un bon représentant, s'éloigne sensiblement du vieux gallicanisme hérité de l'Ancien Régime et qui domine l'épiscopat de la Restauration (voir Ernest Sevrin, Un évêque militant et gallican au XIXe siècle. Mgr Clausel de Montals, évêque de Chartres (1769-1857), Vrin, Paris, 1955).
Le gallicanisme, comme l'écrit Catherine Maire, est un terme piégé ("Quelques mots en histoire religieuse moderne : jansénisme, jésuitisme, gallicanisme, ultramontanisme", Annales de l'Est, 2007, n°1, p. 13-42).
Chacun met plus ou moins ce qu'il veut derrière ce mot dont ont usé et abusé les anciens mennaisiens (parmi lesquels on trouve, quelle surprise, Mgr Parisis) pour prendre leur revanche sur l'épiscopat français qui avait fait condamner les théories fantaisistes de leur maître.
Le gallicanisme et son évolution au XVIIIe siècle et au XIXe siècle est un sujet sur lequel j'ai quelque peu travaillé, et c'est pour moi encore très frais. J'affirme donc que la question des missels gallicans (une non-question pour Rome avant la toute fin des années 1830, voire le milieu des années 1840) n'ont rien à voir avec la Constitution civile du clergé (qui ne parle pas de liturgie) et encore moins avec la non-canonisation de Louis XVI ou la loi de 1905, et il est inutile de m'envoyer des titres à la figure : je connais la bibliographie, et je connais même une partie des sources.
Peregrinus
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|