Pouvez-vous me dire en quelques mots pourquoi cette édition particulière du missel ? Je suis plus libéral, j'irais sans grande crainte jusqu'à 1955.
Cher Nemo,
Je me suis peut-être mal exprimé.
Si je dis "notre missel" de 1920, je le dis parce qu'en 1920 la dernière édition typique du Missel après
Divino afflatu et avant celle de 1962 a vu le jour. Toutes les éditions (je parle bien sûr des édition latines, d'autel) faites entre 1920 et 1962 reprennent ce Missel, avec des ajouts de nouvelles fêtes, bien entendu. Mais la Semaine Sainte de 1955 fut éditée séparément et jamais incluse dans une édition du Missel avant 1962; idem pour la réforme des rubriques de 1955 (censée par ailleurs provisoire à l'époque, depuis 1960 nous savons pourquoi).
Ce n'est que celle de 1962 qui entérine toutes les réformes discutables de la Commission Bugnini depuis 1948, notamment la version light de la Semaine Sainte, le massacre des rubriques, etc. Ce qui plus est, cette édition date de 1962, donc après 1958. Je ne développerai pas ici.
L'édition de 1920 est donc l'édition à suivre, non pas parce que'elle est parfaite, mais parce qu'elle est la dernière en date pour le moment.
Mais je suis bien d'accord d'y inclure toutes les nouvelles fêtes introduites après cette date sous les papes Pie XI et Pie XII. C'est d'ailleurs en principe obligatoire. Et c'est beaucoup.
Disons 1955 (saint Pie X et Marie Reine en dernier lieu) comme date limite. Comme vous dites : après la pollution devient grande et l'Opifex de 1956 annonce déjà furieusement le NOM. On en a parlé ici.
Du reste connaissez-vous une explication simple des différentes éditions typiques du missel. C'est resté pour moi assez nébuleux.
Les éditions typiques se font une ou deux fois par siècle pour consolider les ajouts, puisqu'il est incommode de travailler avec des feuilles séparées qu'il faut coller dedans. Il s'agit surtout de ça : les nouvelles fêtes, très rarement d'autres changements ont eu lieu (évidemment
Divino afflatu de 1911, donnant l'édition de 1920 fait exception).
Cette édition (Brehm décrit le procédé) est alors envoyée sur papier, aujourd'hui on le ferait avec un fichier d'ordinateur, à la dizaine d'éditeurs pontificaux qui commencent à l'imprimer et le multiplier. Personne d'autre n'a le droit de le faire, ainsi fut la pratique jusque sous le pape Pie XII. Un liturgiste attitré par la SCR compare, lettre par lettre, l'édition typique envoyée de Rome avec les imprimés du typographe, après le
Concordat cum originali est donné par l'Ordinaire et le livre peut être vendu. (Ce qui n'empêche pas des erreurs, j'ai trouvé deux fautes d'impression dans mon édition de 1930, que j'utilise couramment, c'est peu sur plus de mille pages.)
C'est très artisanal, mais c'est sérieux.
Et puisque vous parliez des éditeurs pontificaux, quelle est la typographie qui a votre préférence, sachant que Plantin date un peu...
Pustet à Ratisbonne sans discussion, et pas parce que je suis chauvin. De belles gravures, une belle lettre très claire et incisive, pas trop petite, une impression intelligente qui évite de devoir tourner les pages au mauvais moment, une composition commode répétitive qui évite d'aller chercher des portions de messes prises du commun, ou des mémoires, etc.
C'est le mérite de l'abbé Brehm, le liturgiste de Ratisbonne qui a pu influencer dans ce sens aussi l'édition typique, car il était aussi consulteur à la SCR et assez influent.
Les autres que je connais, Marietti, Mame, Dessain, Desclée, me plaisent moins.
Plantin reste bien entendu magnifique, mais la maison n'est plus typographe pontifical depuis un moment. Je possède de lui (plus exactement de son petit-fils Balthasar Moretus) une splendide Semaine Sainte manuelle de 1638, que j'utilise parfois (le volume est fragile).
C'est une émotion spéciale que d'utiliser un livre liturgique vieux de presque 400 ans et de s'y retrouver parfaitement.