Je pense par Jean Ferrand 2014-04-17 10:20:52 |
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Je pense que si les canonisations sont infaillibles (et elles le sont réellement) ce n'est pas au titre de la Constitution Pastor Aeternus du concile Vatican Ier qui ne parle que des dogmes de foi ou de morale, mais non des vérités connexes. Ce serait plutôt, comme vous le soutenez, au titre du numéro 88 du Catéchisme de l’Église catholique qui envisage formellement "des vérités contenues dans la Révélation divine ou des vérités ayant avec celle-ci des liens nécessaires."
Une canonisation a-t-elle un lien nécessaire avec la foi ? Pas directement car on pourrait soutenir à l'extrême limite que si l’Église proposait un culte public pour un damné (ce qu'à Dieu ne plaise !) ce serait une erreur factuelle, non une erreur doctrinale. Cependant cette position est difficile voire arrogante. On est quasiment obligé de faire l'apologie des damnés, ou au moins d'un seul damné, pour la soutenir. Ce serait un scandale pour la foi des croyants. Aussi on peut admettre qu'une canonisation a un lien indirect, mais réel, avec la foi.
Pour dire les choses plus à fond, je soutiendrais que l'infaillibilité des canonisations relève d'une infaillibilité de gouvernement et non de doctrine. Je vous rappelle qu'une canonisation n'est pas en soi un dogme de foi, une vérité divine comme vous dites, mais un acte de gouvernement. Le pontife suprême décide que telle personne sera désormais inscrite au livre des saints et fera l'objet d'un culte public et universel. Mais cela implique au minimum que la personne concernée soit effectivement sauvée. C'est une infaillibilité pastorale et non pas doctrinale. Après tout quand le Christ a dit à saint Pierre : "Tout ce que tu lieras sur la terre sera tenu pour lié dans le ciel" (Mt 16, 19) cela concernait autant les actes de gouvernement que de doctrine. L’assistance du saint Esprit a été promise à l’Église du Christ aussi bien pour la pastorale que pour l'enseignement. Le pape est berger aussi bien que docteur.
Il s'agit donc d'une infaillibilité de gouvernement non encore définie, mal circonscrite mais réelle. Une infaillibilité factuelle, non de doctrine. Après tout, on peut trouver d'autres exemples de cette infaillibilité factuelle, non doctrinale. Dans la condamnation du jansénisme, par exemple, le pape Alexandre VII a proclamé dans la bulle Ad Sacram le 16 septembre 1656 : "Déclarons et définissons que ces cinq propositions ont été tirées du livre de Jansénius intitulé Augustinus, et qu'elles ont été condamnées dans le sens que cet auteur les a expliquées." C'est une infaillibilité de fait, et non doctrinale.
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