Réponse par Signo 2025-07-10 17:46:01 |
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A partir du moment où il y a eu rupture grave, et qu’une obéissance de notre part reviendrait à voir disparaître un des rites les plus vénérables de l’Eglise universelle, le prix de l’obéissance devient exorbitant, surtout dans un contexte de délitement généralisé de la doctrine (car la question liturgique est bien solidaire des questions doctrinales) et de la foi.
D’autant que l’obéissance ecclésiale n’a pas le même caractère absolu que l’obéissance à un supérieur dans le cadre de la vie religieuse par exemple. Dans ce cas l’obéissance est une voie de sanctification. Mais dans l’ordre de l’obéissance ecclésiale la soumission est relative au bien spirituel des fidèles. Argument qu’on ne peut certes pas invoquer à la légère mais qui me paraît suffisant dans le cas qui nous occupe. Après chacun produit son analyse en prenant en compte les différents éléments et critères de discernement, et fait ses choix. Les précautions que je prends et les repères qui sont les miens sont à mon sens des garde-fous suffisants pour éviter la tentation schismatique.
Ensuite je ne suis ni le perroquet ni le clone de Benoît XVI et si je considère ce pape comme une référence je ne suis pas d’accord avec lui sur tout. En attendant c’est un fait que Ratzinger était conscient des faiblesses du nouveau missel et il l’a écrit dans sa correspondance privée. Comme pape il ne pouvait évidemment pas le reconnaître publiquement dans un acte du magistère. Il en est de même d’ailleurs de Bouyer qui, malgré ce qu’il a dit de la réforme, pensait que le nouveau rite allait quand même finir par s’imposer et produire un renouveau, au prix de certaines corrections. Ce que je ne pense pas et l’expérience des cinquante dernières années tend plutôt à me donner raison.
Je ne diabolise toutefois pas le nouveau rite. Il comporte effectivement certaines richesses, qu’il serait dommage de voir disparaître si demain la tradition liturgique était rétablie (hypothèse hautement improbable). Je constate simplement, après l’avoir défendu pendant des années, qu’il est à la fois un rite mort né, dans le sens où il n’est « bien célébré » presque nulle part, et qu’il comporte également des ruptures graves avec la tradition liturgique romaine.
Mais surtout, au delà des questions de missel, c’est l’atmosphère même de la liturgie qui a radicalement changé depuis le délitement liturgique des années 1960, et la réforme de 1969 n’a fait qu’officialiser ce délitement. Cette nouvelle atmosphère, désacralisée, horizontale, indigente sur le plan du symbole, en rupture totale avec l’atmosphère sacrale de toutes les liturgies traditionnelles d’Orient comme d’Occident, est ressentie par beaucoup -et j’en fais partie- comme un étouffoir pour la vie spirituelle. Or cette atmosphère, qu’on le veuille ou non, n’est pas le fruit d’abus liturgiques. Elle est consubstantielle au rite lui-même, et même le « bain » dans lequel elle est née. Dans les célébrations selon le nouveau missel cette atmosphère moderne est la règle, l’atmosphère traditionnelle l’exception (une poignée de monastères, quelques paroisses rarissimes). A partir de là l’enjeu de pouvoir prier avec les rites anciens dépasse la question de conserver des rites vénérables pour conserver la riche diversité du patrimoine liturgique de l’Eglise: cela devient pour des centaines de milliers de fidèles, surtout dans le contexte actuel de sécularisation et de crise de l’Eglise, une question vitale, une question de vie ou de mort. Et vous comprendrez donc que l’on ne va pas sacrifier notre vie intérieure, et même, disons-le franchement, notre foi, au nom d’une conception purement abstraite et juridique de l’obéissance qui est la vôtre et celle des néo-bugninistes. Et je pense -j’espère- que le pape Léon pourra comprendre cela et donner à cette liturgie et aux communautés qui en vivent un cadre juridique adapté et protecteur.
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