Bâillonnons les fidèles ! par baudelairec2000 2023-06-18 08:09:34 |
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Réduisons-les au silence ... Oui, Nemo, dans le fil que vous inaugurez, pas moins marronnier que le précédent - d'ailleurs en quoi auriez-vous le monopole de la juste indignation et de l'intervention pertinente - vous vous faites le défenseur de la "règle". Mais de qui tenez-vous cette règle?
Règle qui, je vous cite, consisterait en ceci:
"Tout ce que doivent dire les fidèles est chanté par eux (ça évite la cacophonie) et tout ce qui est récité l’est par les servants exclusivement."
Quelle différence entre "dire" et "réciter" ? J'avoue ne rien comprendre à la première proposition: tout ce que doivent dire les fidèles est chanté par eux. Faudrait-il encore qu'ils s'y entendent en grégorien, du moins qu'on leur fasse chanter autre chose que le Kyriale VIII.
Ce que je comprends bien en revanche, c'est la séparation très nette opérée entre les fidèles et les servants. N'allons pas les mélanger, ce serait la cacophonie assurée. Concédons aux premiers la lecture de l'Epître et de l'Evangile. Et surtout, que la schola empêche les fidèles de suivre le drame qui se joue dans le Saint des Saints et que l'orgue occupe leur esprit au moment où le célébrant joue sa partition propre.
C'est ainsi qu'on revient au constat du fil précédent: dans notre messe chantée, plusieurs partitions se jouent ou se superposent. Et, sous prétexte de mettre fin à la "cacophonie" et de faire coexister dans un même lieu, en même temps, plusieurs groupes, afin de donner l'impression de l'unité, vous contribuez à les séparer un peu plus:
- le ou les célébrants et le cortège des servants, une élite angélique, à l'autel
- la schola dont on ne sait plus très bien son rôle tant elle doit divertir les fidèles, coupés de la célébration eucharistique
- les fidèles, rejetés de l'autel par les premiers, méprisés par la seconde parce qu'elle n'a pas les compétences dans le domaine du Grégorien.
A ce propos, je ne saurais trop vous conseiller la lecture ou la relecture de Pius Parsch, La Sainte Messe expliquée dans son histoire et sa liturgie (1941) ou bien encore de Pie XI, dans sa Constitution sur la liturgie du 20 décembre 1928.
"L'époque de Grégoire le Grand apparaît comme l'épanouissement de la vie du service liturgique. Le peuple prenait alors à la Messe une part active, car la langue de la liturgie était celle du peuple. Cependant, bientôt après, cette participation se restreignit de plus en plus, d'une part parce que le choeur des chantres, bien stylé, exécutait un chant de plus en plus artistique, d'autre part, parce que les chrétiens nouvellement venus ne possédaient plus le latin. Ainsi les fidèles de participants actifs qu'ils étaient, devinrent de plus en plus des auditeurs muets. Ainsi la Messe cesse d'être une réunion commune vivante et pour ainsi dire dramatique (Parsch, p.58).
Loin de moi l'idée de passer du latin au vernaculaire, de vouloir un VOM en français, mais, de grâce, faites preuve d'un minimum de bon sens.
Je crains que tout ce que vous préconisez pour dissuader les fidèles de participer au Saint Sacrifice de la Messe ne soit réalisable que dans quelques lieux privilégiés, parce que, voyez-vous, les conditions dont vous rêvez ne sont pas réunies dans la plupart des lieux de culte: un seul enfant de choeur, un chantre aux dispositions limitées ou à la voix fatiguée au lieu d'une chorale aguerrie, un pauvre harmonium à la place de l'orgue susceptible de nous étourdir avec Tournemire. Quand nous assistons à une messe dans la Manche et dans bien d'autres lieux en France, nous sommes bien loin du Port-Marly et de ses fastes d'un autre temps.
Une chose est certaine, si certains veulent obtenir des fidèles qu'ils soient muets, qu'ils soient assurés que les fidèles se montreront discrets et parcimonieux jusque dans la quête.
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