Comment j'ai résolu le problème du mal physique par Candidus 2020-12-09 00:18:08 |
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Le mal moral me paraît plus facile à expliquer en tant que conséquence du libre arbitre. Mais quid du mystère du mal physique ? Quid des souffrances d'un bébé par exemple ? Ou même de la biche dévorée vivante par une meute de loup ?
L'espèce de révélation que j'ai eue concernant ce mystère est intervenue au cours d'une conversation avec un moine. Nous parlions de l'agonie insoutenable de l'enfant du juge Othon, victime de la peste, dans le roman éponyme de Camus. Cet enfant incarne pour l'auteur l'absurdité du mal physique, et donc du monde, sur laquelle Camus ante son refus de Dieu. Et le moine de m'interrompre : "Mais c'est notre tâche, à nous les moines, de porter, de donner un sens aux souffrances les plus cachées, les plus apparemment inutiles".
Et j'ai compris que c'est seulement dans le cadre de la communion des saints que la souffrance physique peut trouver un sens. Je pense que l'on peut aller très loin dans cette communion avec l'humanité souffrante, au-delà même de l'humain, jusqu'à l'animal. La souffrance d'un oiseau broyé par la machoire d'un microraptor du Crétacé peut trouver un sens dans la communion des saints qui transcende le temps, l'espace, les espèces.
Et pourquoi ne pas aller encore plus loin ? Jusqu'aux plantes, jusqu'à la violette qui s'étiole sous un soleil caniculaire, qui souffre mais ne sait pas qu'elle souffre, et ne peut donc rien faire de sa souffrance.
Tout chrétien, mais le moine par excellence, est un donneur de sens ; jour et nuit nous pouvons offrir à Dieu les souffrances d'une "création unie tout entière dans un profond gémissement et dans les douleurs de l'enfantement" Romains 8.22.
Nous avons entendu parler de "l'effet papillon". Selon cette hypothèse, le battement d'ailes d'un papillon au Brésil pourrait provoquer une tornade au Texas par une myriade d'enchaînement de causes et d'effets. Je ne sais pas si cette théorie est sérieuse sur le plan physique mais je sais qu'elle l'est sur le plan spirituel. Qui sait si la résolution de la crise actuelle de l'Église ne dépendra pas d'un caillou déplacé avec amour par un frère convers du VIIIème siècle du monastère de Skellig Michael en Irlande ?
L'homme par la prière et par l'offrande se place au centre nerveux de toute la création, et peut influer sur le passé et le futur, pour le meilleur et pour le pire. C'est aussi ce que l'on appelle la réversibilité des mérites, mais attention, il existe aussi une réversibilité du mal. Nous sommes pris dans un réseau cosmique qui unis toute la création au sein d'une solidarité qui ne connaît ni le temps ni l'espace.
Je terminerai par une citation de Léon Bloy, un homme avec lequel j'ai un sérieux contentieux, mais qui dans ces lignes fait preuve d'une intuition profonde :
«Tel mouvement de la grâce qui me sauve d'un péril grave a pu être déterminé par tel acte d'amour, accompli ce matin ou il y a cinq cents ans par un homme très obscur de qui l'âme correspondait mystérieusement à la mienne et qui reçoit ainsi son salaire. Le temps n'existant pas pour Dieu, l'inexplicable victoire de la Marne a pu être décidée par la prière très humble d'une petite fille qui ne naîtra pas avant deux siècles.» Léon Bloy, Méditations d'un solitaire
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