du troll et de la guerre de 1914 par Luc Perrin 2020-10-08 16:34:33 |
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j'en suis arrivé à cette conclusion tellement quand on reprend ses posts, l'incohérence et l'irrationalité sont les deux traits prépondérants. Parfois, rarement, un post est raisonnable (qu'on approuve ou pas).
Le tout doublé d'une agressivité satisfaite en effet Origenius. Le marquis a une incapacité structurelle au débat sans attaque personnelle, il me fait penser au roturier Dr Blachier qui éructe sur les plateaux télé le discours officiel Véran-Gilead. Ici il y a une sorte de plaisir gratuit à vilipender X ou Y quitte à dire la même chose plus tard.
J'évite le troll et si j'ai répondu, avec les éléments proprement historiques et de raison, ce n'est aucunement pour nourrir le troll mais pour que les nombreux autres lisureurs et lisureuses puissent réfléchir par eux-mêmes et avoir quelques données solides.
Le mythe de l'événement de Sarajevo a été tellement développé que cela donne la version de "l'événement déclencheur" absolutisé.
Bled n'est pas le seul auteur à rappeler que 1914 n'était pas inéluctable et que les causes débordent de très loin le seul assassinat de Franz-Ferdinand et de son épouse.
J'y ai renvoyé car c'est une excellente synthèse récente, fondée bien entendu sur les archives, les témoignages, l'ample documentation bibliographique sur le sujet.
La politique serbe très agressive de la nouvelle dynastie Karageorgévitch qui accède au pouvoir en 1903 menace directement la Double Monarchie aux prises avec la question slave depuis des décennies. L'archiduc partisan d'un Trialisme au bénéfice de la Bohême était une cible très bien choisie par les terroristes serbes. La volonté d'en découdre de la part de Vienne en 1914 s'explique en amont.
Mais jamais la guerre n'aurait éclaté si Berlin avait mis son veto : l'Allemagne avait freiné Vienne dans le contexte des guerres balkaniques. Bled montre bien aussi - après bien d'autres - que la Monarchie ne peut pas soutenir une guerre longue : à partir de 1916, l'Autriche-Hongrie (avec le jeu propre très négatif des Hongrois au passage pro-guerre sous Charles I comme en 1914 car ils ont leur propre problème slave avec les Croates), les Austro-Hongrois sont sous la coupe des Allemands et de plus en plus fortement.
L'Allemagne n'a pas bloqué Vienne et Paris n'a pas bloqué St-Pétersbourg désireux de soutenir le royaume serbe avec là aussi beaucoup de causes internes à la Russie. Il y a une dynastie allemande en Roumanie (Carol Ier Hohenzollern-Sigmaringen), la Bulgarie est du côté des Empires centraux. L'influence russe dans les Balkans est donc grignotée et réduite. Soutenir la Serbie prenait une valeur symbolique très forte pour Nicolas II après l'humiliante défaite face au Japon.
Sur la question d'événement déclencheur, j'ai rappelé les évidences. Fabrice Bouthillon a écrit une analyse du "fait" en histoire des plus percutantes. Le "fait historique" est une construction qui repose évidemment sur un événement mais selon qu'on le charge ou pas de sens, tout change.
Il n'était pas écrit le dimanche 28 juin au soir qu'une guerre européenne éclaterait. La décision d'un ultimatum peu acceptable pour Belgrade attend le conseil des ministres du ... 19 juillet et l'ultimatum est remis le 23 juillet. Aucun automatisme par la simple chronologie.
Vienne voulait d'autre part régler son compte à la Serbie depuis plusieurs années : Sarajevo fournissait un prétexte en or mais on en aurait trouvé d'autres par la suite si l'assassin Princip n'avait pas frappé ce jour-là. (il n'a pas été condamné à mort en raison de son jeune âge et meurt en prison en 1918).
Le malheur du Lusitania de même est vu comme "événement déclencheur" pour l'entrée en guerre des USA mais il y a quantité de causes profondes qui vont donner du relief à cet événement qui aurait en lui-même pu rester un dommage collatéral de guerre.
Des archives : retraité, je suppose ?, vous avez tout le temps d'aller aux archives au Quai d'Orsay, à Belgrade à Vienne et à celle de la Wilhelmstrasse. Bien qu'historien de métier, le recours à mes collègues qui ont fait eux ce parcours d'aller aux archives me paraît plus simple, moins coûteux en temps et en argent.
Chacun son goût et ses possibilités.
L'avantage des ouvrages d'historiens - coup de chapeau à JVJ qui lit beaucoup - est en outre d'avoir des regards croisés : les archives allemandes sont capitales mais pas sans les autres.
L'inconvénient est qu'on peut tomber sur un historien de type Blachier-Deray-Fauci-Fergusson au lieu d'un historien de type Toubiana-Toussaint-Raoult-Zelenko. C'est le risque.
Toutefois la production académique ou amateur sérieuse est très abondante, si un auteur déraille méchamment avec une lecture tronquée, partisane ou mensongère, cela se voit vite et le débat contradictoire permet de s'y retrouver. La production historique ne subit pas trop le monopole de la pensée en dépit des efforts de certains lobbies comme pour interdire la recherche de Judi Rever sur le génocide rwandais ou l'affaire Pétré-Grenouilleau.
Mais comme en médecine et en science, ou en économie, la liberté de la recherche est toujours menacée.
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