1) Le témoigne de S. Vincent de Paul semble plutôt montrer que si, la pagaille et l'inculture à l'époque qu'il décrit étaient générales. Pour ce qui est de la Chrétienté espagnole, je ne suis pas spécialiste de la question et d'ailleurs c'est un autre sujet; il me semble quand même que la question était un peu plus complexe que ce que vous nous dites. En tout les cas, il mes semble qu'un chrétien a le droit de trouver contestable la caution morale donnée par l'Eglise à un régime sur bien des points peu soucieux de la morale chrétienne.
2)
En matière liturgique, son but était d’opérer une certaine unification des rites dans l'Église latine, et il y est globalement parvenu
Il y est globalement parvenu, oui...
au bout de trois siècles. Au moins. Le concile Vatican II a à peine cinquante ans: autrement dit, quasiment rien dans l'histoire de l'Eglise.
3) Là, vous montrez être à des années lumières d'une juste compréhension de ce que je dis. Vous semblez oublier que c'est précisément le christianisme qui a pour objectif de rejeter le "vieil homme" pour créer "un homme nouveau". Relisez saint Paul. Le vieil homme, c'est l'homme asservi par le péché, définitivement cloué sur la Croix par le sacrifice salvateur du Christ. L'homme nouveau, c'est l'homme ressuscité, lavé dans le sang de l'Agneau, restauré dans l'amitié de Dieu. Quand je dis qu'il faut restaurer l'homme, cela signifie qu'à la racine de la crise de l'Eglise (et de toute la civilisation), il y a, non pas tel ou tel rite, mais une très profonde crise anthropologique. L'homme moderne s'agite dans tout les sens, prône l'activisme à tout va, est tourné uniquement vers des préoccupation matérielles et matérialistes. Il a perdu le sens de l'écoute, de la contemplation, du primat de la vie intérieure. Or la vraie liturgie ne put être comprise, reçue et donner du fruit que par l'homme traditionnel, c'est à dire un homme qui sait écouter, contempler, et qui a une vie intérieure nourrie par cette contemplation. Là est le cœur du problème. "L'homme nouveau" des idéologies révolutionnaires, c'est ce projet qui advient quand le sacré quitte le domaine du religieux pour entrer dans celui du totalitarisme idéologique: ça donne les massacres de la Révolution, les camps nazis, les goulags et autres laogai. Rien à voir avec ce que je dis. Quant aux propos du cardinal Suenens et du père Congar, on peut les interpréter comme vous le faîtes au pied de la lettre; pour moi ils n'ont pas de valeur autre que celle de purs slogans, car lorsque je lis les textes du Concile, c'est en vain que j'y lis quoique ce soit de révolutionnaire, ce qui ne signifie pas qu'ils ne comportent pas parfois des failles par lesquelles, par un interprétation erronée, le venin a pu s'introduire dans la sainte Eglise. Rien en tout cas qui ne soit irrémédiable.
4) Pro Liturgia, je ne sais pas. En ce qui me concerne j'ai donné
ici mon analyse personnelle quant aux possibles origines de la crise actuelle. Cette analyse il me semble rejoint celle de personnalités qui se sont exprimés sur le sujet, ou plus globalement sur la crise de la civilisation occidentale. Je ne prétends toutefois pas avoir fait le tour de la question.
En tout cas vous ne pouvez pas comparer Vatican II avec les conciles précédents, car le contexte social, idéologique et civilisationnel dans lequel Vatican II a été reçu ne peut se comparer à aucun autre. Les cinquante dernières années ont vu dans TOUS les domaines, c'est à dire pas seulement dans le domaine religieux, des ruptures fondamentales et des transformations de modes de vie à une échelle et avec une rapidité telle qu'on en avait jamais vu de semblable dans TOUTE l'histoire de l'humanité (exemple tout simple: la disparition complète et brutale de la paysannerie traditionnelle, qui pourtant était une réalité centrale de l'humanité depuis la nuit des temps). Il est bien évidemment impossible que ces bouleversements n'aient pas considérablement altéré la manière dont le dernier concile a été reçu. Rien de comparable avec les contextes des conciles précédents.
5) Je persiste et signe: un protestant ne peut pas utiliser le NOM. Il suffit pour s'en convaincre de le parcourir. Vous omettez (volontairement?) que les récents dérapages, évidemment gravissimes et scandaleux, sont des phénomènes bien plus liés au pontificat actuel qu'au Concile ou au NOM. Un indice, c'est que la rumeur a couru d'un projet de créer un missel "oecuménique" employable par des protestants, ce qui est bien la preuve que le missel actuel ne l'est pas. En tout cas, c'est une illusion bien naive de penser qu'il suffirait de mettre un missel de St-Pie V dans les mains d'un Kasper ou d'un Marx pour en faire des prélats orthodoxes. Quand on est pourri, on l'est quelque soit le missel.
Enfin, on a évidemment le droit d'être en désaccord avec moi sur telle ou telle opinion et analyse de la situation. Mais le simple sens des réalités devrait amener à encourager et soutenir ceux qui se battent pour une praxis traditionnelle du NOM, puisque cela va dans le sens d'un "réarmement" spirituel de l'Eglise pour la rendre à nouveau apte à remplir sa raison d'être: l'évangélisation et le salut de tous les hommes. Car que vous le vouliez ou non, les lieux de culte NOM fidèles à la Tradition existent bel et bien, et, si l'on en croit les tendances générales à l'oeuvre au sein de l'Eglise de France (succès de la communauté Saint-Martin, jeunes prêtres diocésains de moins en moins progressistes, etc) on peut légitimement penser qu'ils seront de plus en plus nombreux à l'avenir. La vraie frontière n'est plus (l'a-t-elle jamais été?) entre d'un côté les partisans du VOM et de l'autre les partisans du NOM; la vraie démarcation se situe entre ceux qui veulent rester fidèles à la Tradition immémoriale de l'Eglise, et ceux qui veulent la rupture et l'adoption par l'Eglise de toutes les idées qui la mèneront à sa propre destruction. Tels sont les véritables enjeux de la situation actuelle.