...de corriger ce que vous dites car chacune de vos affirmations me paraît soit radicalement fausse, soit hautement contestable.
Vous dites que le VOM a toujours été mis en oeuvre dans le respect des normes qui le régissent. C'est faux et archi-faux. D'abord parce qu'il y a dans l'histoire quantité de témoignages montrant que à bien des époques la liturgie était célébrée de manière chaotique, chaque célébrant ayant ses propres habitudes. Voici ce qu'écrivait saint Vincent de Paul au XVIIe siècle:
Si vous aviez vu la diversité des cérémonies de la messe il y a quarante ans, elle vous aurait fait honte; il me semble qu'il n'y avait rien de plus laid au monde que les diverses manières dont on la célébrait; d'aucuns commençaient la messe par le Pater Noster; d'autres prenaient la chasuble entre leurs mains et disaient l'Introibo, et puis ils mettaient sur eux cette chasuble. J'étais une fois à Saint-Germain-en-Laye où je remarquais sept ou huit prêtres qui dirent tous la messe différemment; l'un faisait d'une façon, l'autre d'une autre; c'était une variété digne de larmes..."
Source: S. VINCENT DE PAUL,
Oeuvres, éd. Coste, Paris, 1924.
Ma conclusion: au XVIIe siècle, la "messe introuvable", c'était le rite de S. Pie V...
Autre remarque: la décomposition liturgique actuelle a commencé AVANT 1969, c'est à dire avant la messe de Paul VI. Autrement dit: les premiers abus (messes à la guitare, face au peuple etc) ont été pratiqués dans le cadre de la messe... de St-Pie V!
Le problème des traditionalistes, c'est qu'ils sont animés de ce que j'appelle "la pensée magique": il suffirait, selon eux, d'adopter le VOM pour tout à coup,
comme par magie, avoir une messe digne. Evidemment, c'est faux. Les messes VOM célébrées aujourd'hui respectent les rubriques tout simplement parce qu'elles sont célébrées par des prêtres motivés, qui ont choisi ce rite, et qui au moins pour une partie d'entre eux, ont le sens de la liturgie et du sacré. Conclusion:
ce qu'il faut restaurer, c'est moins le rite en lui-même que l'homme qui le célèbre. Mettez un missel de 1962 dans les mains d'un prêtre ultra-progressiste ou tout simplement mal formé et ignorant des principes de la liturgie, et vous verrez le désastre. Mettez un missel de 1969 dans les mains d'un prêtre qui a le sens de la liturgie, et vous aurez une célébration édifiante. Le missel de 1969 a des faiblesses, c'est indéniable, celui de 1962 a les siennes aussi. Ca compte mais ce n'est pas cela l'essentiel.
A ma connaissance Pro Liturgia produit généralement de nombreux articles pour expliquer comment nous en sommes arrivés là. Il suffit de les lire.
Pour ce qui est du mythe de la "messe protestante", je pense qu'il n'est même plus nécessaire d'en parler, tellement cette légende urbaine répétée dans les milieux tradis apparaît aujourd'hui absurde, et tellement il est facile aujourd'hui d'en démontrer la fausseté. Je rappelle quand même qu'aucun pasteur protestant n'a jamais pu utiliser le missel de Paul VI, et s'il l'avait fait, c'est qu'il serait devenu catholique, tellement la notion de sacrifice, les Saints, la Vierge etc y sont mentionnés. Je parle évidemment du Missel officiel, pas de la sinistre caricature qui a été mise en oeuvre dans 90% des paroisses. Quant au caractère soi-disant "protestant" de
Sacrosanctum Concilium, j'ai démontré
ici que les arguments de la FSSPX à ce sujet s'écroulaient comme un château de cartes dès qu'on les soumet à une analyse un tant soit peu sérieuse.
Pour ce qui est de votre remarque concernant les intuitions du mouvement liturgique, j'en ai déjà parlé plus haut.