Ce n'est pas parce qu'il est pastoral que son contenu n'existe pas. par Scrutator Sapientiæ 2014-02-27 07:15:21 |
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Bonjour Athanase,
Il me semble que, même si c'est pour la bonne cause, vous allez un peu vite en besogne.
D'une part, ce n'est pas parce que Vatican II est un Concile pastoral que son contenu n'existe pas d'une manière explicite et objective ; bien au contraire, son contenu s'impose à nous, non seulement en tant qu'événement historique, mais aussi en tant que consécration magistérielle d'une certaine relation, adogmatique, oecuméniste, la plus consensuelle ou la plus iréniste possible,
- à l'Ecriture, à la Tradition, au Magistère antérieur,
- aux chrétiens non catholiques, aux croyants non chrétiens, à l'homme et au monde (inspirés par l'esprit) "de ce temps".
Et ce n'est pas parce que cette consécration magistérielle n'a aucun caractère dogmatique, au sens de : "condamnatrice" ou "définitoire", qu'elle est totalement dépourvue d'autorité doctrinale.
D'autre part, à la limite, je suis tenté de dire ceci : au Concile, on n'a pas toujours bien su à quoi on a dit oui, ni quelles allaient en être les conséquences, doctrinales et pastorales, mais on a presque toujours bien su à quoi on a dit non, les uns pour s'en réjouir, les autres pour s'en attrister : je vous renvoie ici, notamment et surtout, aux débuts de la première session...
Ce qui pose un problème d'ordre interne, c'est ceci : en principe, nul n'a vocation à accorder, notamment et par exemple, à DH et à NA, une autorité doctrinale supérieure à celle qu'il devrait accorder, prioritairement, sinon exclusivement, à DV et à LG, puisqu'il s'agit des deux seules Constitutions dogmatiques du Concile.
Or, dans la pratique, c'est cette inversion de l'autorité ou de la hiérarchie des textes, souvent au sein, parfois même à la tête de l'Eglise, qui pose problème, depuis un demi-siècle, et qui fait, par exemple, que des passages du Concile comme L G 14 et L G 17 sont rarement précisés ou rappelés par les évêques.
Par manque de temps, je ne puis en dire davantage, mais je peux vous assurer que ce n'est pas avant tout ni seulement une question d'état d'esprit : il me semble que, pour écrire Veritatis Splendor, Jean-Paul II a pris appui, d'une manière non négligeable, sur Gaudium et Spes, alors que l'on peut difficilement considérer que ces deux documents participent exactement du même état d'esprit.
Mais voilà : dans VS, Jean-Paul II ne se contente pas de dire ce que l'on a pris soin de DIRE, dans GS ; il consent aussi, voire surtout, à dire ce que l'on a pris soin de TAIRE, dans GS.
Pour moi c'est cela, le fond du problème :
- d'une part, il faut remettre la pyramide du Concile dans le bon sens, la faire reposer sur sa base, faire en sorte que sa pointe se trouve vraiment à son sommet, reconnaître, au passage, l'importance et l'influence de l'ambiance, du contexte, de l'époque, sur le Concile lui-même, et pas seulement sur l'après-Concile,
- d'autre part, il faut recréer un espace d'expression, dans l'Eglise, au service de l'explicitation doctrinale et pastorale, donc de la réception et de la transmission, de sujets et de thèmes qui ne sont ni escamotables, ni irénisables, ni édulcorables, ni euphémisables, mais dont le Concile n'a pas parlé, et dont on parle...le moins possible.
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.
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