L'intellect ne fait pas tout et "in medio stat virtus" par le torrentiel 2013-08-07 19:03:26 |
|
Imprimer |
L'apologétique est nécessaire, mais non pas suffisante.
Je ne vous parle pas non plus de reconnaissance de religion à religion, mais de piété à piété, Reconnaissance pouvant ouvrir la voie à l'apologétique: trouver les "semina verbi" qui sont ddans l'islam, d'autant qu'elles désignent nommément le Verbe Incarné.
La suite de l'épisode de Saint-Paul à l'aréopage va plutôt dans mon sens : c'est parce qu'il s'est d'emblée placé sur le terrain intellectuel dans un de ses premiers actes pastoraux que Saint-Paul n'a pas eu l'oreille des Athéniens, dont, s'il prétendait leur présenter des arguments rationnels, il a été obligé de convenir que ceux-ci constituaient au contraire à leurs yeux une "folie" sur le plan rationnel: c'est à propos des Grecs que saint-Paul parle de "folie" de la croix, les musulmans éprouvent le même recul rationnel devant Jésus crucifié. et pourtant, ils pressentent l'engendrement du Fils (qu'ils ne nomment pas ainsi) lorsque le Coran décrit ainsi la naissance de Jésus:
"Allah dit: "Sois" et Jésus fut."
Le pari apostolique ultérieur (je parle de celui des derniers papes) n'est pas celui du "prier ensemble", mais d'"être ensemble pour prier".
Cette distinction pèche par un effet de balancier qui, partant de la situation que vous décrivez, le pari sur la seule apologétique, tombe du côté du syncrétisme.
Quand on se rendra compte que la bonne attitude se situe au milieu, c'est-à-dire dans une capacité à se tenir en un même lieu pour prier ensemble le Dieu qui ne saurait tromper la piété des hommes en leur faisant prier un autre que Lui quand ils se rassemblent pour s'adresser à Lui de bonne foi; capacité de prière commune dans une piété commune, qui n'oblige pas à succomber à la tentation idolâtre pour un chrétien d'embrasser le coran. Quand cette attitude de prière commune sans embrassement suggéré de la religion de l'autre et sans transiger avec la certitude où l'on est d'être, quant à nous, embrassés par la vérité Que l'on ne détient pas, mais Qui S'est révélée à nous et qui nous étreint, on verra si cette pastorale, qui commence par la reconnaissance de la piété de l'autre et par la recherche des prémices de notre religion dans la leur, est opératoire. On n'en pourra pas juger avant qu'on ait abandonné les excès d'"altérophilie".
Pour autant, et pour faire référence à votre poste précédent, je crois que "le concile de Jérusalem" n'est pas allé au bout de l'intuition de saint-Paul, selon laquelle il n'y a pas d'interdit alimentaire qui tienne pour les chrétiens. "Le concile de Jérusalem", statuant qu'un chrétien doit toutefois s'abstenir de manger de la viande sacrifiée aux idoles (d'où le débat actuel, importé dans la laïcité républicaine, sur la viande hallal), a été le premier compromis trouvé entre "l'apôtre des gentils" et la prudence des disciples plus "anciens" que lui dans l'eglise. Saint-Paul reçoit et applique ce concile en entendant que saint-Pierre s'y tienne strictement, comme nous le montre le récit rapporté par lui de leur controverse dans l'épître aux galates.
Or, si on va au bout de la logique de saint-Paul, si une viande a été sacrifiée aux idoles, ce sacrifice n'a pas de valeur, donc il ne devraitpas être interdit, mais indifférent, de consommer un aliment sacrifié sans validité.
J'entends bien que ce serait le germe d'une révolution dans l'eglise, surtout à l'heure où notre nouveau pape estime, dans une logique, non de démondialisation, mais de démondanisation, que "qui ne prie pas le christ prie le diable", étant en cela fidèle à une tradition qui assimile tout culte païen à une démonolâtrie, plutôt qu'à un acte d'anthropologie religieuse (excusez l'anachronisme).
Or c'est bien en considérant le paganisme comme une forme archaïque de piété qu'on pourra le ramener vers le vrai dieu. C'est du reste ce qu'a toujours fait le catholicisme sans le crier sur les toits, en baptisant les fêtes païennes et en changeant la dédicace des temples païens sans détruire leurs édifices, mais en les réaffectant.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|