Notre ennemi interne: non le trop-plein, mais le manque de foi. par Scrutator Sapientiæ 2012-09-19 07:41:19 |
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Rebonjour à Paterculus,
1. L'ennemi interne propre aux musulmans, ou plutôt, en tout cas, à bon nombre d'entre eux, islamistes, est bien, d'une certaine manière, le trop-plein de foi en la nécessité d'imposer, à eux-mêmes et aux autres, qu'ils soient musulmans non islamistes ou non musulmans, leur système de conquête et de contraintes, ou plutôt, en tout cas, la part de système de conquêtes et de contraintes qui est présente, en puissance ou en acte, dans leur religion,
- dans l'idée, la vision, la représentation qu'ils en ont ou s'en font,
- dans le langage, le message, la signification qu'ils (s')en donnent.
2. Ce trop-plein de "foi" en la nécessité de se soumettre soi-même, et de soumettre les autres, à une dynamique de conquête et à des mécanismes de contraintes, dissimule, pour qui voit mal, mais manifeste, pour qui regarde bien,
- non une force religieuse, mais une faiblesse spirituelle,
- non un manque de fidélité à l'islamisme, à ses principes, à ses pratiques, légalistes ou terroristes, à sa dialectique de la guerre sainte et de la terre sainte,
- mais un manque de confiance en l'attractivité, qui devrait être non conquérante ni contraignante, mais convaincante, dans les coeurs et dans les moeurs, d'un islam qui ne serait ni menteur, ni violent.
3. Et cela ne peut déboucher que sur le constat suivant :
- si le christianisme est la religion du paradoxe : ce qui est absurde, dépassé, erreur, folie, aux yeux du monde, est mystère, très actuel, vérité, sagesse, aux yeux de Dieu,
- en revanche, l'islamisme (je n'ai pas dit : l'islam) est la religion du paroxysme : un psychanalyste dirait peut-être que la "décharge" dans le monde y tient lieu "d'investissement" en Dieu.
4. "Différemment", pour ne pas dire "aux antipodes", l'ennemi interne propre, aujourd'hui, et depuis au moins un demi-siècle, à bon nombre de chrétiens, n'est pas le trop-plein de foi, mais bien plutôt le manque de foi en la cohérence et en la pertinence, en la légitimité et en la possibilité, en la radicalité et en la spécificité, en la solidité et en la validité, de la Foi et des moeurs chrétiennes : en d'autres termes, la candeur, la fadeur, la tiédeur et la torpeur.
5. Cet ennemi est interne est présent, au minimum, à l'état latent, notamment à cause
- dans l'ordre de la Foi, de l'idée selon laquelle la Foi chrétienne est devenue facultative ou optionnelle,
- dans l'ordre des moeurs, d'une confusion entre personnalisme et laisser-fairisme,
- dans la relation à l'histoire, de l'idée selon laquelle le destin historique du christianisme, en tant que référentiel fondamental, pour la sphère privée ET la sphère publique, est à peu près achevé, accompli, ou est en passe d'être dépassé ou périmé,
- dans la relation à ce qu'il est convenu d'appeler la "modernité", d'un complexe de culpabilité morale (les Croisades, l'Inquisition) ou d'infériorité intellectuelle (face aux "lumières" du rationalisme).
6. Ainsi, notre ennemi interne n'est pas ce fanatisme et ce fatalisme, sensualiste et techniciste, ANTI-CHRETIENS, qui conduisent la planète à sa perte, et qui est animé et habité par l'idée selon laquelle tout ce qui est à la fois
- apparemment disponible par le progrès technique,
- apparemment agréable pour les consommateurs,
- apparemment profitable pour les investisseurs, producteurs ou distributeurs,
doit être immédiatement et impérieusement mis en avant, en oeuvre et en valeur, même si ce n'est très responsable, au vu des conséquences.
7. Notre ennemi interne est, bien souvent, notre acceptation de cette dynamique, faussement libératrice, et de ces mécanismes, vraiment asservissants : je suis convaincu que des chrétiens ne voient pas trop où est le problème, avec le mariage homosexuel, rebaptisé universel :
- la technique juridique ne peut-elle pas le rendre disponible ?
- le fait qu'il soit disponible
a) ne sera-t-il pas agréable pour ceux qui y recourront ?
b) ne sera-t-il pas désagréable que pour les "grincheux" ou les "haineux" ?
- le fait qu'il soit disponible par la technique et agréable pour les humains ne sera-t-il pas profitable à la puissance publique, qui a vocation à aménager le droit, pour que personne n'en soit privé ?
8. Comme on le voit, la question de la cohérence, des conséquences, de la consistance de la mise en oeuvre d'un tel "progrès", d'un tel "projet",
- non seulement dans l'ordre juridique, mais aussi dans l'ordre symbolique, au sens le plus profond, le plus fondateur et normateur, récepteur et et transmetteur de structutation de l'être et de l'agir,
- notamment dans sa relation à certaines conséquences ou finalités du mariage et à certaines différences ou réalités présentes dans la nature (je pense ici évidemment aux enfants et la différence entre l'homme et la femme),
- et surtout dans l'ordre du sens, de l'orientation et de la signification ainsi données, ou plutôt prises, au mariage,
n'a pas vocation à être acceptée, comme une question qui aurait droit de cité, par les partisans et promoteurs d'une telle entreprise, "constructiviste", par certains aspects, DONC "destructiviste", pas d'autres aspects.
9. Ce qui précède n'était qu'une tentative de réflexion, au moyen et à partir d'un exemple ; je reviens au sujet, et je maintiens, pour ma part, que l'islamisme n'est pas l'ennemi commun aux chrétiens et aux musulmans, dans la mesure où les raisons et les moyens de combattre l'islamisme qui doivent être ceux des chrétiens ne seront jamais exactement les mêmes que les raisons et les moyens de combattre l'islamisme qui doivent être ceux des musulmans.
10. L'islamisme, non attribué, à tort, à certains musulmans, mais constaté, à raison, chez ces mêmes musulmans,
- n'est pas la conséquence d'une défiguration du christianisme, ni le produit de l'imagination de chrétiens à l'égard de l'islam ;
(et ce n'est pas l'occident très chrétien d'avant-hier, ni l'occident post-chrétien d'hier, ni l'occident oxydé d'aujourd'hui, qui ont suscité ou suscitent l'islamisme)
- est bien une défiguration de l'islam ou le produit de l'imagination de musulmans vis-à-vis de l'islam : l'actualisation et l'extrémisation d'un élément ou d'un fondement présent, d'une direction ou d'une tendance présente, dans l'islam, parmi d'autres éléments, fondements, directions ou tendances présents dans l'islam.
11. Je suis tenté de dire ceci, pour terminer, dans cet ordre d'idées :
- là où les chrétiens ont avant tout pour défi à relever celui de la sécularisation d'un ou de plusieurs univers culturels qui ont été chrétiens, et qui sont confrontés, notamment, à une dynamique de confusion entre l'hédonisme et l'humanisme,
- les musulmans ont avant tout pour défi à relever celui de la spiritualisation d'un ou de plusieurs univers culturels qui sont encore musulmans, et qui sont confrontés, notamment, à une perspective de réduction ou de soumission de l'islam à de l'islamisme.
12. Je suis vraiment désolé pour la longueur de cette tentative d'analyse, certainement ordinaire ou perfectible, de la situation ; merci beaucoup pour toute remarque ou suggestion.
Bonne journée.
Scrutator.
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