Monsieur,
Plutôt que de me reprocher de défendre le Pape, essayez plutôt de répondre à mes arguments.
Pour mémoire, je rappelle la phrase du Pape :
« Parler d’ascension au ciel ou de descente aux enfers reflète aux yeux de notre génération éveillée par la critique de Bultmann cette image du monde à trois étages que nous appelons mythique et que nous considérons comme définitivement périmée. »
De cette phrase, vous tirez la conclusion que le Pape ne croit pas à l’ascension et à la descente aux enfers.
Cela est faux, car vous si vous interprétez ainsi la phrase du Pape, vous montrez que vous n’avez strictement rien compris à son propos.
A) Le Pape tient bien les deux vérités.
Voici ce que dit l’abrégé du Catéchisme de l’Eglise catholique dont le Pape nous dit qu’il « contient de façon concise, tous les éléments essentiels et fondamentaux de la foi de l’Église, de manière à constituer, comme le souhaitait mon Prédécesseur, une sorte de vade-mecum qui permette aux personnes, croyantes ou non, d’embrasser d’un regard d’ensemble la totalité du panorama de la foi catholique ».
125. Que sont « les enfers », où Jésus est descendu ?
Les « enfers » – qui sont différents de l’enfer de la damnation – constituaient la situation de tous ceux qui, justes ou méchants, étaient morts avant le Christ. Avec son âme unie à sa Personne divine, Jésus a rejoint dans les enfers les justes, qui attendaient leur Rédempteur pour pouvoir enfin accéder à la vision de Dieu. Après avoir vaincu, par sa mort, la mort et le diable qui a « le pouvoir de la mort » (He 2,14), il a libéré les justes en attente du Rédempteur et il leur a ouvert les portes du Ciel.
132. Que représente l’Ascension ?
Après quarante jours pendant lesquels il s’est manifesté à ses Apôtres sous les traits d’une humanité ordinaire qui voilaient sa gloire de Ressuscité, le Christ est monté au ciel et s’est assis à la droite du Père. Il est le Seigneur qui règne désormais avec son humanité dans la gloire éternelle de Fils de Dieu et qui sans cesse intercède en notre faveur auprès du Père. Il envoie son Esprit et nous donne l’espérance de le rejoindre un jour, là où il nous a préparé une place.
B) Cependant, comme n’importe qui d’un peu sensé, il tient que « l’image d’un monde à trois étages » est mythique. Qu’est-ce à dire ?La référence bibliographique que je vous ai proposée, vous permettrait de le comprendre. Un homme du Moyen Age croyait en effet que le monde était divisé en trois étages : le monde sublunaire, l’enfer et l’empyrée. Le monde sublunaire était au centre de l’univers. L’empyrée désignait la partie la plus élevée du ciel qui était regardée comme le séjour de Dieu, des anges et des bienheureux. Il était situé au-delà de la sphère des étoiles fixes, sphère où l’on pensait que les étoiles étaient accrochées. Cette dernière sphère extérieure transmettait le mouvement à toutes les autres et animée elle-même par la volonté divine. L’enfer et les enfers, eux, étaient situés au centre de la terre.
Aussi, lorsqu’un homme du Moyen Age récitait son credo, les articles concernant l’ascension ou la descente aux enfers étaient compris de façon extrêmement réaliste. Et, si vous lui aviez offert un vaisseau spatial, il aurait sérieusement pensé pouvoir rejoindre l’empyrée et les portes du Paradis. De même, il pensait que si l’on creusait la terre pour parvenir en son centre, on pouvait rejoindre les enfers.
Depuis la Renaissance, cette imagerie dépassée, car l’univers n’est plus clos. Les notions de « haut » de « bas » et de « centre » n’ont plus de sens car l'univers a son centre partout et sa circonférence nulle part.
La théologie catholique a depuis donc depuis belle lurette renoncé à cette imagerie mythique que vous semblez tenir comme un article de de Foi puisque vous êtes bien prompt à qualifier de scandaleux les propos du Pape. Voici par exemple ce qu’écrit le
Dictionnaire de Théologie Catholique, que l’on ne saurait qualifier de moderniste, au tout début du XXe siècle :
« Mais il faut observer que la façon de parler au sujet des dogmes qui touchent à la cosmologie et à l’astronomie
est fondée sur les apparences vulgaires et sur le système astronomique admis à chaque époque. Dans la physique géocentrique, avec haut et bas cosmiques proprement dits, l’enfer était naturellement conçu comme placé en bas sous la terre, de même que le ciel en haut dans l’empyrée. Indépendamment d’ailleurs de cette conception scientifique
regardée aujourd’hui comme fausse, le langage populaire, de même qu’il fait habiter à Dieu spécialement en haut, dans les cieux où se manifestent, de la façon la plus sublime, sa gloire et sa puissance, placera naturellement les êtres mauvais à l’opposé dans les ténèbres de la terre. On ne pourrait guère se représenter Satan ayant sa demeure propre dans les splendeurs du firmament.
Mais ces façons métaphoriques de parler n’ont aucune prétention scientifique et leur seule vérité absolue est une vérité morale; saint Jean Chrysostome, saint Augustin, saint Grégoire en avaient déjà conscience. » (M. Richard, article Enfer, DTC)
Réginald, qui aimerait que vous vous serviez un peu plus de votre intelligence pour comprendre les dogmes de notre Foi.