réponse par Réginald 2012-06-24 17:51:25 |
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Cher Meneau,
Si j’ai pris l’exemple des justes, c’est pour des raisons pédagogiques. Tout le problème, j’en conviens, est de savoir quel est le statut de ceux qui ne sont pas en état de grâce.
Comme, je vous l’ai expliqué, l'appartenance à l'Eglise comprend deux grandes séries d'habitus et de puissances. Il y a, d'une part, la grâce habituelle ou sanctifiante, et ses propriétés que sont les vertus théologales, les vertus morales infuses : c’est ce que Journet appelle la « deiconformation intérieure » Il y a, d’autre part, les caractères sacramentels du baptême et de la confirmation, et, pour l'Eglise en tant que corps, celui du sacerdoce; il y a l'adhésion au magistère (vivant...) de l'Eglise; et il y a la soumission à ses directives ministérielles (notamment pour les clercs et les religieux, mais pas uniquement): voilà ce qu'on pourrait appeler la "christoconformation extérieure".
La théologie classique enseigne que les catholiques qui ne sont pas en état de grâce, à savoir qui n’ont pas la charité, restent membres de l’Eglise. Voici qu’écrit par exemple Pie XII : « Qu'on n'imagine pas non plus que le Corps de l'Eglise, ayant l'honneur de porter le nom du Christ, ne se compose, dès le temps de son pèlerinage terrestre, que de membres éminents en sainteté, ou ne comprend que le groupe de ceux qui sont prédestinés par Dieu au bonheur éternel. (…). Car toute faute, même un péché grave, n'a pas de soi pour résultat - comme le schisme, l'hérésie ou l'apostasie de séparer l'homme du Corps de l'Eglise. » (Mystici Corporis)
La raison pour laquelle ces catholiques restent membres du corps de l’Eglise est le fait qu’ils continuent à professer la foi et l’espérance (donc une partie de « la déiconformation intérieure »), ainsi qu’ à être soumis au Pontife Romain et à avoir les caractères sacramentels du baptême et de la confirmation (donc la « christoconformation extérieure »). Tout cela ne pose aucun problème au « catholique traditionnel ».
Comme je vous l’ai déjà écrit, la "nouveauté" (homogène) proposée par un Journet, puis, surtout, enseignée par le concile Vatican II et le magistère postérieur, c'est que l'on peut aussi appartenir imparfaitement à l’Église en raison d'une moindre participation aux dons extérieurement christoconformants, que ce soit de manière salutaire ou non salutaire.
Pour prendre l’exemple de l’orthodoxe qui n’est pas en état de grâce, il participe tout de même par son baptême et sa confirmation de la « christoconformation extérieure » et appartient pour cette raison non pas « simpliciter » mais « secundum quid » à l’Eglise. Du reste, cette doctrine n’est pas si nouvelle qu’on peut le penser. On peut en effet s’appuyer sur un texte de Saint Thomas : « parce que le caractère baptismal par lequel quelqu’un est compté au nombre du peuple de Dieu est indélébile, le baptisé appartient toujours d’une certaine façon à l’Eglise (semper remanet baptizatus de ecclesia » (Suppl. , q. 22, a. 6, ad 1 ; IV Sent. D. 18 Qu. 2 a.3 q.3 ad 1). De même dans le droit Canon l’Eglise considérait que les hérétiques, les schismatiques et les excommunié bien que non membres de l’Eglise lui étaient toujours soumis (CIC 87 de 1917).
Par conséquent l’Eglise à Vatican II, en approfondissant cette notion de participation, ne range pas les orthodoxes ou les protestants au nombre de communautés purement naturelles, mais au rang de communautés en « communion imparfaite » avec Elle.
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