Une autorité politique mondiale par Theonas 2011-10-28 10:27:39 |
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Le concept de « développement intégral de l’homme » est à la base des exhortations de Benoît XVI pour développer une autorité politique mondiale. A bien comprendre Caritas in veritate, ce serait seulement si cette autorité garantit ce « développement intégral de l’homme « qu’elle serait justifiée. Dernièrement le Conseil Pontifical « Justice et Paix » a également appelé à la constitution d’une autorité politique mondiale et d’une banque mondiale fondées sur le même impératif de « développement intégral de l’homme».
Il existe deux lignes d’interprétation pour apprécier ce concept de « développement intégral de l’homme ». Celle qui défend que c’est par Jésus Christ et son Eglise que ce développement peut être atteint. Auquel cas l’autorité mondiale appelée à favoriser ce développement intégral devrait être ordonnée au magistère et être finalisée par le bien suprême, la vision béatifique, comme la doctrine traditionnelle de l’Eglise sur les rapports entre le temporel et le spirituel le défend. Celle qui défend que « le développement intégral de l’homme» est finalisé par la dignité humaine et que cette autorité politique mondiale doit être neutre religieusement. Cette seconde ligne est celle qui a été vigoureusement défendue par Jean Paul II, notamment lorsqu’il déclarait « Il y aura la paix dans la mesure où toute l’humanité saura redécouvrir sa vocation originelle à être une unique famille, où la dignité et les droits des personnes – quels que soient leur état, leur race ou leur religion – soient affirmés comme antérieurs et prééminents par rapport à toute différenciation et à toute spécification, »( message du 8 décembre 1999 pour la journée mondiale de la paix.) Ainsi toute vérité dogmatique menace les fondements mêmes de la « civilisation de l’amour » rêvée par Jean Paul II. « Toute l’activité politique nationale et internationale, (qui) en dernière analyse, vient de « l’homme » s’exerce « par l’homme » et est « pour l’homme »(…)la raison d’être de toute politique est le service de l’homme »( discours du 2 octobre 1979). De ce principe fondamental procède une nouvelle échelle de valeurs par rapport à la doctrine traditionnelle : « la neutralité idéologique, la dignité de la personne humaine source de droits, l’antériorité de la personne par rapport à la société, le respect des normes juridiques démocratiques consenties, le pluralisme dans l’organisation de la société sont des valeurs irremplaçables sans lesquelles on ne peut construire durablement une maison commune »( 13 janvier 1990)
La « civilisation de l’amour » repose donc chez Jean Paul II sur le principe de dignité humaine absolue qui procède elle-même de la liberté humaine. « La vraie liberté est la caractéristique saillante de l’humanité : elle est la source dont découle la dignité humaine »( 2 déc 1978 à l’ONU) . Il ordonne certes, comme la tradition, la liberté à la vérité puisque cette liberté fondant la civilisation de l’amour reconnaît « sa subordination à un ordre transcendant de la vérité et du bien »( discours à L’ONU 5 novembre 1995). Mais lorsqu’il s’agit de préciser de quelle vérité il s’agit, Jean Paul II explique :« séparée de la vérité de la personne humaine, elle ( la liberté) se dégrade en licence dans la vie individuelle et, dans la vie politique, en arbitraire des plus forts ou en arrogance du pouvoir. C’est pourquoi , loin d’être une limitation ou une menace pour la liberté, la référence à la vérité de l’homme – vérité universellement connaissable par la loi morale inscrite dans le cœur de chacun – est réellement la garantie de l’avenir de la liberté »( Onu 5 novembre 1995) Cette liberté fondatrice de « la civilisation de l’amour » ne connaît donc qu’une seule vérité, la vérité sur l’homme : cet être de dimension transcendante. Or c’est là une vérité amputée du message central du Christ : « sans moi vous ne pouvez rien », explicité en son temps par St Pie X par sa célèbre formule « tout instaurer dans le Christ ». Alors que le Christ nous a enseigné que sans lui on ne pouvait rien et qu’il a qualifié d’indignes ceux qui n’ont pas répondu aux noces (Mt 22,8), cette « civilisation de l’amour » a la prétention de s’instaurer en excluant tout dogme et en se fondant sur la vérité d’un concept aussi fumeux que celui de la dignité humaine absolue.
Depuis 40 ans l’Eglise a cru qu’en passant un pacte de non agression avec « le monde » elle pourrait d’autant mieux travailler au salut des âmes. Mais « le monde » n’a jamais respecté ce pacte, le « monde » n’a eu de cesse de poursuivre son programme de mort à l’opposé de la doctrine de l’Eglise et de fomenter des campagnes de terrorisme intellectuel contre l’épouse du Christ. Au sommet de l’Eglise on a cru bon de remanier son discours pour tenter de ne pas heurter « le monde » ; on a cru bon de faire toutes sortes de contorsions sémantiques et mêmes philosophiques pour tenter de ne pas hérisser la doxa ; on a tenté de présenter l’Eglise comme la championne de la dignité humaine et de la liberté. Certes on ne pouvait le faire sans ordonner la liberté à la vérité, cela aurait été trop gros, mais pour éviter que cela heurte nos nouveaux amis, on s’est bien gardé de trop insister sur la dimension théocentrique de cette vérité. On l’a donc édulcoré en « vérité de la personne humaine », en une vérité référée à la seule personne humaine et à son orientation transcendante. Résultat les catholiques se sont retrouvés à devoir donner toujours plus gage d’orthodoxie au « monde » sans que le « monde » ne cesse de leur taper dessus. Au point qu’à son sommet certains se croient obliger maintenant de soutenir la nécessité d’une autorité politique mondiale et d’une banque mondiale. Mais il faudra bien une fois que l’on nous crache le morceau. Est-ce que cette autorité politique mondiale doit être chrétienne, ordonnée au magistère, ou doit-elle être une pure construction prétendument idéologiquement neutre et ordonnée à un « bien intégral de l’homme » qui ne serait pas la béatitude ? Dans la première hypothèse la constitution d’une telle autorité mondiale au nom du « développement intégral de l’homme » est parfaitement légitime et le concept de « développement intégral de l’homme » pertinent, dans la seconde hypothèse ce dernier concept ne sert qu’à enfumer les catholiques, à œuvrer à la constitution d’une autorité politique mondiale qui , comme toute l’histoire de l’après-guerre l’atteste ( et même avant-guerre, si l’on songe à la SDN) continuerait à être sous domination mondialiste et , n’ayons pas peur des mots, sataniste.
ESCHATON
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