Je distingue entre théorie de Gramsci et stratégie "gramscienne". par Scrutator Sapientiæ 2011-08-25 10:21:17 |
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Bonjour et merci à Aigle,
1. Il y a le contenu de la théorie de Gramsci, le marxisme spécifique à Gramsci, le marxisme étant quelque peu singulier, chez Gramsci.
2. Et il y a la conception puis le déploiement d'une stratégie "gramscienne",
- non communiste, ni socialiste,
- ni même humaniste libérale (à la fois conservatrice et réformatrice)
- mais à la fois hédoniste libertaire ET néolibérale ou plutôt ultralibérale, non pas libératrice de la culture populaire, mais dominatrice, par la culture des élites, et à la fois conquérante et subversive, dans le domaine de la culture, au sens large.
3. Il n'est pas dans mon intention de faire parler les morts, comme Raymond ARON et Jean-François REVEL ; pour autant, ayant lu quasiment tous les livres de Raymond ARON et quelques livres de Jean-François REVEL, si je ne sais évidemment pas ce qu'ils diraient aujourd'hui, je sais ce qu'ils ne diraient certainement pas aujourd'hui, au contact de la crise (re)commencée en 2007.
4. Mais il est dans mon intention de laisser parler les vivants, et ils sont innombrables, les chroniqueurs, les ministres, les professeurs : écoutons-les, ceux qui nous disent que c'est du courage, et non de la lâcheté, de combiner en permanence privatisation des gains, au bénéfice du plus petit nombre possible, et socialisation des pertes, au préjudice du plus grand nombre possible ; ils ne nous le disent évidemment pas comme cela, mais ce qu'ils préconisent ou réalisent revient exactement à cela.
5. Donc, à mes yeux, de même qu'il y a une différence entre la théorie de Gramsci, et une stratégie "gramscienne" (une stratégie propice à une emprise culturelle), il y a une différence entre libéralisme et ultra-libéralisme.
6. Voici donc la tentative de formulation de cette deuxième distinction à laquelle je pense.
- Le libéral entend oeuvrer en faveur de tout ce qu'il est raisonnable et responsable (car humainement possible) de libéraliser, mais entend aussi en afficher le principe, et en assumer les conséquences.
- L'ultra-libéral entend oeuvrer, en apparence, dans la même direction, en réalité, également en faveur de tout ce qu'il est déraisonnable et irresponsable (mais techniquement possible) de libéraliser, de marchandiser, de privatiser, et entend peut-être bien en afficher le principe (d'une manière quelque peu fallacieuse ou mensongère), mais n'entend sûrement pas en assumer les conséquences.
7. On peut être libéral, l'afficher et l'assumer, et dire, comme Jacques MARSEILLE, peu de temps avant sa mort, que les Etats n'ont pas à voler au secours de banques privées menacées par la faillite, du fait d'errements et de manquements privés, par ce qu'il n'est absolument responsabilisant, pour des acteurs économiques, que l'Etat assume à leur place les conséquences de leur défaut d'intégrité.
8. Et on peut être ultra-libéral, ne pas l'afficher et ne pas l'assumer, mais dire ce que les uns et les autres ont osé dire, jusqu'en 2007 et en 2008, voire après, pour certains d'entre eux.
Le bêtiser de la crise.
9. En définitive, voici le slogan qui est commun aux néolibéraux, ou plutôt aux ultralibéraux, et aux hédonistes libertaires :
NO LIMIT !
Sauf pour les autres, bien sûr, c'est-à-dire pour tous ceux qui n'ont pas leurs moyens matériels, ou qui n'ont pas leurs motifs "culturels".
Je vous remercie de m'avoir donné l'occasion de préciser mon propos, et je vous souhaite une bonne journée.
Scrutator.
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