...ce n'est pas réellement nouveau, mais nous ne voyons manifestement pas les mêmes choses.
Ce que dit Léon XIV n'est pas fondamentalement nouveau. Benoît XVI expliquait déjà en 2009 que les difficultés avec la FSSPX étaient désormais de nature doctrinale et non plus simplement liturgique.
De cela je conviens sans problème. Il y a une vraie et substantielle question doctrinale. Je rejoins par ailleurs Leopardi sur le silence des instituts ex-ED sur ce point. Il n'y a pas de leur part de critique positive de Vatican II depuis 1988. Cela n'enlève pas les mérites personnels souvent éminents de ces prêtres, je peux en témoigner personnellement avec reconnaissance, mais c'est un fait constatable.
Il ne s'agit pas de savoir quels textes de Vatican II seraient devenus des « éléments fondamentaux de l'Église », comme si Rome prétendait que chaque document conciliaire relevait du dépôt de la foi. Rome distingue depuis longtemps plusieurs degrés d'adhésion aux enseignements du magistère : assentiment de foi pour les vérités révélées et définies, assentiment religieux pour les enseignements authentiques qui ne sont pas proposés comme révélés, et simple attention docile pour certaines affirmations.
Si Rome n'a en effet jamais officiellement prétendu que chaque document conciliaire relevait du dépôt de la foi, il est évident que Vatican II constitue pour les autorités un bloc, un tout qu'elles ne souhaitent aucunement dissocier.
Les propos de Benoît XVI sur un soi-disant "
Concile des médias" qui aurait subverti un supposé "
vrai Concile" sont à eux seuls révélateurs : il faut sauver
tout le Concile, qui continue d'être
la boussole de l'Eglise.
En cela, l'allusion aux "
points fondamentaux" par Léon XIV est tout à fait parlante : Vatican II est le nouveau et unique paradigme d'interprétation des dogmes, que ce soit en rupture ou en continuité, et en dehors duquel il n'est pas possible de se dire catholique.
Les choses s'aggravent, mais elles s'éclaircissent.
Ce qui était implicite auparavant est affirmé de plus en plus clairement.
Le problème est plus profond. En effet, il touche à la réception du magistère, dont l'autorité est refusée depuis plusieurs décennies au point qu'il est devenu impossible de trouver un document important des papes depuis Vatican II qui n'ait pas fait l'objet de contestations substantielles, et à la communion ecclésiale, qui finit par apparaître comme conditionnelle ou élastique.
Le problème est surtout que tous les documents importants dont vous parlez sont sans exceptions marqués en profondeur par les nouveautés conciliaires. Bien que conciliaires (et donc supposément catholiques) elles sont ontologiquement des nouveautés, et ceci est acté par le fait que bien - sinon la majorité - des références magistérielles de ces documents concernent l'enseignement des papes post-conciliaires.
Quarante ans plus tard, après les gestes de Rome, les facultés accordées, les discussions doctrinales et l'existence de communautés traditionnelles pleinement reconnues, l'argument d'une nécessité exceptionnelle apparaît beaucoup plus difficile à soutenir.
Là, nous ne voyons clairement pas les mêmes choses...
Les gestes de Rome ? Nous en avons déjà mille fois parlé ici, mais ces gestes sont hélas diversement appréciables...
Au-delà des impressions subjectives, des verres à moitié pleins ou à moitié vides, il est patent que le sort des instituts ex-ED est suspendu à un fil, et encore plus depuis
Traditionis Custodes, que rien n'est venu amender. Si on parle des facultés accordées, cela se complique... et il n'est que de voir pour le comprendre dans quelle galère les parents de confirmands se trouvent pour échapper à l'étau épiscopal, que Léon XIV ne semble pas disposé à desserrer.
Si la situation évolue favorablement dans les mois ou les années à venir, ce sera évidemment et une fois encore en réaction aux sacres de la FSSPX, et dans l'intention stratégique maintes fois éprouvée de contenir le couvercle de la cocotte...
La nécessité est donc au minimum aussi patente qu'en 1988, sinon davantage.
Car, oui, la situation est aujourd'hui plus simple et plus limpide qu'en 1988, en ce que Rome a depuis amplement montré ce qu'elle voulait,
in fine, nous imposer.
Le Concile - et bien
tout le Concile - et la nouvelle messe.
On n'en sort pas...