bien des problèmes soulevés par votre lecture Signo par Luc Perrin 2026-04-22 14:00:30 |
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Je suis surpris que personne n'ait sursauté à vous lire car ce sont plusieurs bombes que vous avez posées ici jusqu'à mettre en cause l'existence-même des communautés traditionnelles/traditionalistes, à l'exception paradoxale de la FSSPX (qui a deux évêques) et de l'administration apostolique de Campos qui en a toujours un [la succession de Mgr Rifan qui s'annonce est une vraie question, la désignation d'un Coadjuteur ou d'un Auxiliaire par Rome et sa consécration selon le Vetus Ordo serait un geste très conséquent]
D'abord on peut supputer le caractère provisoire en effet dans l'esprit de Benoît XVI, non dans S.P. le point est important et on pourrait l'imaginer à vous lire trop vite. La lettre d'accompagnement évoque l'idée d'enrichissement mutuel à la longue.
Toutefois ce "provisoire" n'était pas du court terme, au mieux du moyen terme 30-50 ans voire du long terme un siècle et plus.
Le long terme au vu de l'état de l'Église en Occident notamment et en Amérique latine s'impose : on est si loin d'un missel type 1965 dans les esprits ce que vous soulignez dans votre 1er §. Il y a un écart considérable entre les pratiques des deux missels romains.
Benoît XVI a renoncé à une nouvelle édition du NOM pendant son pontificat et n'a rien changé à l'édition de 2002. A la surprise de beaucoup dont celle de votre serviteur.
L'idée des deux formes est logique si vous n'admettez pas la rupture radicale que représente le NOM, même s'il s'inspire évidemment du Vetus Ordo. Or J. Ratzinger/Benoît XVI cherchait à ramener l'ordinaire vers l'extraordinaire, il ne pouvait donc faire autrement.
J'ajoute que l'adjectif a une valeur sociologique évidente : l'ordinaire (les ordinaires dans les innombrables presque versions) correspond bien au vécu de 99% si ce n'est plus des fidèles à l'échelle de l'Église catholique.
Il est extraordinaire pour 99% des baptisés d'être face à ladite forme le VOM. Il n'y a pas à chercher autre chose puisque S.P. pose le droit inaliénable des prêtres de l'Église latine d'user de ce missel dit de 1962.
Avant les fidèles, c'est aux prêtres et aux évêques aussi que s'adresse S.P., ceci pour répondre à une demande de la FSSPX et à celle des fidèles exprimée par de multiples voies dont pétition et ce sur la longue durée.
Il aurait été plus simple, en un certain sens, de dire clairement comme J. Ratzinger cardinal l'a dit et écrit à maintes reprises, le Novus Ordo est un nouveau rit, "fabriqué" c'est le mot ratzinguérien de toutes pièces et ce point est historiquement établi, ainsi que son nom le proclame. A cet égard, le cardinal Roche et A. Grillo sont d'accord.
Est-on prêt à Rome à admettre que Paul VI n'a pas "réformé" le rit romain mais qu'il a accepté de patronner la création d'un nouveau rit, s'écartant fortement des indications de Vatican II, et qui est toujours plus éloigné au fil des décennies ?
Le cardinal Roche "flirte" avec cela mais ne franchit pas le pas. Benoît XVI était clairement dans l'incapacité de le faire.
Je soutiens comme vous et depuis longtemps la nécessité d'avoir des évêques ou ordinaires - de préférence plusieurs - consacrés dans le rit traditionnel romain (ou les autres rits traditionnels latins un Auxiliaire à Milan pour l'ambrosien pourquoi pas ?). Cela au passage tend à donner une raison solide à la FSSPX ...
Ceci a fait l'objet de fils fournis sur le F.C.
Je comprends l'argument du lien entre l'évêque (administrateur/vicaire apostolique, ordinaire) et la liturgie. Je me cabre cependant devant vos formules tranchantes qui font de l'évêque un maître absolu de la liturgie et font penser aux évêques gallicans du XVII-XVIIIe modifiant leurs missels diocésains (missels dits néo-gallicans) puis à l'idée du Bhx Pie IX voulant comme évêque de Rome imposer un seul missel à tout l'univers si possible, à l'Église latine au moins.
S.P. et Benoît XVI dans son homélie au Latran de 2005 réfutent cette notion de toute puissance épiscopale sur la liturgie au profit d'une lecture plus mesurée, traditionnelle à mon sens, de l'évêque de Rome et ailleurs comme intendant de la Vigne du Seigneur. S.P. souligne en creux cette limite du pouvoir épiscopal et pontifical : l'abolition du rit vivant n'est pas possible.
Benoît XVI n'invente rien, saint Pie V dans Quo primum énonce cette vérité en introduisant la durée de 200 ans pour valider un rit particulier. De 1570 à 2007, les deux papes se tendent la main.
Votre vision des baptisés date un peu et pour le coup détonne avec Lumen gentium et avec le XXe siècle (Action catholique notamment). Le soin des âmes n'est pas pure verticalité, les baptisés ont des droits le C.I.C. de 1983 le reconnaît. A fortiori dans la synodalité.
Les groupes de fidèles viennent de l'indult de 1984 de Jean Paul II, Benoît XVI en hérite et c'est logique. Le Code prévoit des associations de fidèles et la promotion de la liturgie fait partie des buts possibles.
Dans les Espagnes, les fidèles et le clergé ont résisté face à la prétention romaine d'abolir le rit mozarabe et finalement Rome a donné raison à la vox populi persistante et reconnu le droit des fidèles à protester contre l'abus.
Il est manifeste que les fidèles par leur simple présence concourent à la pérennité d'un rit et sont ainsi acteurs dans la notion de Tradition. Si les fidèles désertent, ce qu'à Dieu ne plaise, les églises et chapelles où le Vetus Ordo est célébré, il disparaîtra.
C'est un des moyens de T.C. et des Responsa : décourager les fidèles de pratiquer via le VOM.
Vous oubliez l'Instruction de la C.E.D. de 2011 qui élargit la lecture de S.P. au-delà de la seule messe et aborde les sacrements notamment.
Je me retrouve plus dans vos lignes conclusives :
- nécessité d'avoir des évêques/ordinaires consacrés dans le rit traditionnel et dédiés à la très petite portion du peuple de Dieu qui le réclame (à bon droit)
- illusion dans l'état actuel de la "réforme de la révolution" dont les conditions n'existent pas si elles ont jamais existé
- assumer le Vetus Ordo comme un rit latin propre dans un cadre canonique approprié, pour aborder tous les points liés (instituts, formation des prêtres, sociétés religieuses, relation avec les ordinaires de l'Ordinaire/Ritus modernus).
Ceci permettrait d'aborder la question des sacres et du statut de la FSSPX sous un autre angle, plus favorable. Mais cette dernière pourrait-elle se contenter d'un Protocole 1988 amélioré dans les circonstances présentes ? Une solution "à la chinoise" serait en tout cas facilitée dans ce cadre général.
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