La profusion des sacres sans mandat : le syndrome du lapin australien par Petrus 2026-02-06 21:37:28 |
|
Imprimer |
Le 2 février, le supérieur général de la FSSPX a annoncé de nouvelles consécrations épiscopales qui devraient avoir lieu le 1er juillet 2026. Selon toute vraisemblance on s'oriente donc vers de nouveaux sacres sans mandat. Ce n'est plus vraiment une surprise tellement faire des évêques sans mandat est devenu depuis plusieurs décennies une habitude, presque une banalité, voire un sport national et international dans les milieux traditionalistes, presque toutes tendances confondues. En 1988, cela avait suscité surprise et passion car c'était une première si l'on excepte les nombreux sacres de Mgr Thuc et de sa lignée. Aujourd'hui plus personne n'est vraiment étonné. On fait des évêques comme d'autres changent de chemise. Sans aucune difficulté, sans aucun problème de conscience. Sans hésitation. Sans s'interroger sur l'atteinte grave ainsi portée à la constitution divine de l'Eglise. En faisant fi de l'encyclique de Pie XII Ad apostolorum principis qui enseigne de manière très claire qu'aucun groupe de clercs ne peut s'autoriser, quelles que soient les circonstances et quelles que soient les intentions, à sacrer des évêques sans mandat papal. Précisons d'ailleurs que dans la cérémonie du sacre il y a la référence explicite et indispensable au mandat papal. Rappelons qu'en morale la fin ne justifie jamais les moyens. On ne sauve pas l'Eglise en utilisant des moyens qui précisément ne sont pas d'Eglise et contribuent à déchirer davantage la tunique du Christ.
Et ce d'autant plus qu'à partir du moment où on accepte le principe de sacres sans mandat et qu'on passe à l'acte, on ouvre immanquablement la boîte de Pandore. Et les évêques se multiplient comme les lapins australiens. Il n'y a plus moyen d'arrêter ni de freiner le phénomène. C'est une invasion, une prolifération, un pullulement. Le processus devient incontrôlable. inarrêtable et il sème la confusion, l'anarchie et le chaos. Chaque groupe traditionaliste, le plus modeste fût-il, a désormais son ou ses évêques sans mandat. Ce sont autant de groupes épiscopaliens fonctionnant de manière autonome, autocéphale et, disons-le, sectaire, même s'il est des groupes où la logique de secte est plus forte que dans d'autres. En général plus le groupe est petit, plus il se replie sur lui-même et plus il est sectaire. Et plus l'intelligence, la distance critique et l'esprit de finesse s'estompent voire s'évanouissent.
Voici une petite revue très incomplète de la situation : Mgr Lefebvre a sacré 4 évêques sans mandat le 30 juin 1988. Trois ans plus tard 3 évêques de la Fraternité ont sacré un nouvel évêque sans mandat (Mgr Rangel). On nous a présenté ces mitrés comme des évêques supplétoires. Sans juridiction mais se déplaçant régulièrement dans le monde entier avec mitre et crosse ! Mgr Williamson, quant à lui, après son exclusion de la FSSPX, a sacré, entre 2015 et 2022, six évêques (plus que Mgr Thuc à Palmar de Troya qui en avait sacré cinq en 1976 !), les trois premiers publiquement, les trois suivants en secret — on se demande pourquoi ! Sans compter la probable reconsécration sous condition de Mgr Vigano bien qu'étrangement ni le consécrateur ni le consacré n'aient jamais confirmé ce fait pourtant loin d'être anodin. Un de ces évêques williamsoniens sacrés en secret, le Britannique Paul Morgan, a doctement expliqué dans une homélie disponible sur YouTube que, si son sacre avait été tenu secret un certain temps (comme le fût du canon de Fernand Raynaud), c'est qu'il était une roue de secours comme dans une voiture. Et que si finalement il avait été rendu public, c'est que la roue de secours dans une voiture peut être à l'intérieur du véhicule (sacre secret) mais parfois aussi à l'extérieur (sacre qui n'est alors plus secret). Un évêque roue de secours ! Je ne change pas un mot. Drôle de façon de concevoir l'épiscopat catholique !
Parmi ces évêques il y a ceux qui ne revendiquent aucune juridiction. C'est le cas des évêques de la FSSPX, en principe des évêques de la Résistance et des évêques Cassiciacum. Ce que feu le père Guérard appelait des « évêques diminués ». Là encore, drôle de conception de l'épiscopat ! Quand le Père Guérard ne parlait pas de missio et de sessio ou de schisme capital — oui, le Père Guérard, c'est comme l'annuaire, on lit trois pages et on décroche ! —, il parlait d'évêque diminué. Et, si j'ose dire, il a joint la pratique à la théorie puisqu'il s'est fait sacrer en secret par Mgr Thuc en mai 1981 et il a lui-même par la suite sacré plusieurs évêques. L'IMBC qui affirme s'inscrire dans son sillage a lui aussi un évêque diminué après avoir eu un premier évêque défroqué. L'abbé Ricossa siffle une fois l'an cet évêque diminué pour qu'il fasse les ordinations à Verrua, puis il rentre aussitôt chez lui en Flandre. Car il est très obéissant. Il est tellement diminué qu'il cache autant qu'il le peut sa croix pectorale et quand on lui pose une question sur la doctrine, la crise de l'Eglise ou sur ses rapports avec d'autres évêques sans mandat, qu'ils défendent ou non la thèse (la fou-thèse disent les esprits taquins), il répond tout de go : « demandez à l'abbé Ricossa ». C'est aussi simple que ça !
De même qu'il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, il y a plusieurs évêques chez les Cassiciacum. L'évêque diminué de l'IMBC. Et l'évêque beaucoup moins diminué d'Amérique. L'oncle Donald. Sa Majesté Mgr Sanborn. Qui lui-même a sacré un successeur, Mgr Selway. Qu'il a formé et formaté de la tête au pied pendant de longues années. L'institut de Mgr Sanborn est une scission de la Fraternité Saint-Pie V qui elle-même, tenez-vous bien, est une dissidence, une parmi tant d'autres, de la Fraternité Saint-Pie X. La Fraternité Saint-Pie V a elle aussi ses évêques mais comme elle ne croit pas en la validité de la lignée Thuc — c'est sa petite spécificité dans ces milieux, d'aucuns diraient sa valeur ajoutée —, elle a fait appel à un évêque de Jean XXIII sacré en 1960 et qui a lui-même sacré en secret son supérieur aujourd'hui décédé mais qui, rassurez-vous, a eu le temps de pourvoir de son vivant à sa succession épiscopale. Il ne faut pas oublier non plus le CMRI avec à sa tête Mgr Pivarunas, le mouvement Trento avec à sa tête Mgr Davila et on pourrait continuer encore longtemps.
La crise interne à la FSSPX en 2012 a conduit à d'assez nombreux départs. Parmi ces simples prêtres plusieurs sont depuis devenus évêques : par exemple l'abbé Pfeiffer, sacré par un évêque de la lignée Thuc sur la ligne doctrinale de la Résistance (reconnaître et résister), l'abbé Altamira et l'abbé Pierre Roy, ces deux derniers sur une ligne non una cum. Le Québécois Roy a fait du chemin en quelques années : ordonné en 2011 à Ecône avec une citation de Benoît XVI pour illustrer son image d'ordination, l'abbé Roy, après la FSSPX, a d'abord fait partie de la Résistance williamsonnienne. Il fut membre de la défunte USML, l'Union sacerdotale Marcel Lefebvre, laquelle n'aura duré que trois ans, de 2014 à 2017, soit moins de temps qu'il n'en faut à Mireille Mathieu pour apprendre par cœur la date de la bataille de Marignan. Puis l'abbé Roy est devenu sédévacantiste opinioniste, puis depuis qu'il a été sacré évêque par Mgr Da Silva — que les mauvaises langues surnomment « Monsieur 6 /20 » tellement les résultats de ses études “ecclésiastiques” étaient calamiteux —. Mgr Roy est devenu conclaviste. Tout à coup, il s'est aperçu qu'il n'avait de compte à rendre à personne et que c'était un peu gênant pour un évêque. Par conséquent, il a solennellement appelé le mois dernier à la réunion d'un concile général imparfait ayant mission d'élire un pape. Lui peut-être ! Ce serait Roy...al ! Car lui, contrairement aux évêques précédemment nommés, revendique haut et fort une juridiction. Comme Mgr Squetino, un autre conclaviste qui a lui-même sacré un évêque sans mandat. Pas question pour eux d'être des évêques diminués. Non ! Ce sont des évêques en entier. Qu'on se le dise !
Je continue ou vous en avez assez ? Stop ou encore ? On voit bien, si on essaye de regarder les choses froidement, objectivement, calmement, de manière dépassionnée, que cette multiplication de sacres sans mandat qui favorise l'atomisation de groupes traditionalistes fonctionnant en vase clos, en circuit fermé, la juxtaposition de sectes et de gourous qui s'anathématisent et s'excommunient entre eux, n'est pas la solution à la crise affreuse de l'Eglise que nous connaissons depuis Vatican II. Avec le recul du temps, cela apparaît de plus en plus évident. Mais malheureusement, au lieu d'en finir avec cette anarchie qui fait perdre l'esprit et le sens de l'Eglise et qui décourage sur le long terme les meilleures bonnes volontés — sauf à être des fidèles gouroutisés, inconditionnels d'une structure et de son chef —, on va toujours plus loin dans cette folie pour satisfaire la boursouflure des ego d'une foultitude de gourous — c'est Port-Royal, l'intelligence en moins ! — et une forme très moderne de consumérisme sacramentel. En perdant de vue qu'il faut d'abord connaître, servir et aimer le Dieu des délices avant de vouloir goûter à n'importe quel prix les délices de Dieu. Adorer le Dieu des consolations avant de chercher les consolations de Dieu. Et qu'on ne peut sauver l'Eglise en s'en prenant à ses fondements, à sa divine constitution, à la dignité et à la grandeur de l'épiscopat catholique, les évêques étant les successeurs des Apôtres, les princes de l'Eglise. Fût-on au départ animé des meilleures intentions dont on sait hélas que l'Enfer est pavé.
Petrus.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|