Il s'agit du Breton Mgr Dupont des Loges, qui a toujours assumé sa francophilie. Il faut dire que vu ses origines, il n'avait aucune raison de se sentir allemand.
C'est sûr.
Mais puisqu'il était évêque dans une région limitrophe, habitée en grande partie par des Allemands, il fallait, raisonnablement, faire un effort.
Et je crois qu'on n'a rien à reprocher à cet évêque, en l'occurrence.
"Francophilie" ne pose d'ailleurs aucun problème. Il y a eu, depuis le XVIIIe s. et encore aujourd'hui, dans certains milieux, surtout dans le Sud, l'Autriche notamment, beaucoup de "francophiles", ou de "romanophiles", amateurs de la langue, culture, littérature et de l'esprit français (ou roman, en général). Mais cela ne veut pas dire qu'on est en faveur des lubies impérialistes du Grand-Siècle, du triste Bonaparte, ou de la Troisième République.
Cette tolérance prussienne tient-elle à la culture germanique impériale, pour ne pas dire impérialiste, qui doit par principe composer avec plusieurs nationalités, alors que la conception centralisatrice et assimilationniste républicaine ne veut voir qu'une seule tête ?
La tolérance que vous avez en tête appartient plutôt à l'ancien Empire (le Saint-Empire), et, dans une certaine, moindre, mesure, à l'empire austro-hongrois, déjà tristement tributaire des folies romantiques issues de la Révolution (après 1867, les Hongrois dans leur partie hongroise ont assez "magyarisé" les populations Slaves : Slovaques, Croates sous leur pouvoir, alors que les Allemands (Autrichiens si vous voulez), du côté cisleithanien, étaient en général plus coulants envers leurs Slovènes, Polonais et Tchèques (plus récalcitrants ces derniers, il faut le dire hélas, vis-à-vis de leur mission providentielle et multiséculaire, depuis 1198, excusez du peu, de servir l'Empire).
L'archiduc François-Ferdinand, assassiné en 1914, avait en tête une réforme de l'Empire, une tripartition, allemande, hongroise, slave, qui, si elle avait pu aboutir, aurait sauvé l'Empire et des millions de morts (on n'aurait pas eu les guerres mondiales). Mais les magnats hongrois, jaloux de leurs privilèges sur les territoires slaves, surtout slovaque (Preßburg/Pozsony/Bratislava [un nom inventé, avant 1919: Prešporok] fut la capitale de couronnement de la Couronne de Saint-Étienne, depuis 1543; ne l'oublions jamais), et les Panslaves, rêvant follement d'un affranchissement total des populations slaves, l'ont empêché.
Mais la Prusse depuis 1870 n'était pas tolérante, toutefois ses dirigeants, après l'erreur du Kulturkampf, reconnue par Bismarck lui même, étaient pragmatiques. Cela explique leur politique dans le Reichsland, d'ailleurs inégale entre 1871 et 1918.
Par ailleurs le courant réformateur (huguenot) en Prusse (la Maison impériale est réformée, pas luthérienne) explique une certaine coulance envers le français (sans accepter, je l'ai dit, et pour cause, les desseins politiques de la France).