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Pour se détendre un peu : Politique Suisse.
par Davidoff2 2022-04-25 17:50:28
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(Alors oui, ce n'est pas un sujet strictement catholique, mais sur l'organisation d'une nation différente que la française. Comme je suis un observateur de la chose politique, en Suisse et ailleurs, mais n'étant affilié à aucun parti, car je peux voter parfois pour une proposition socialiste ou de la droite nationale, je ne fais qu'observer. Je ne suis pas un spécialiste, mais voilà en gros ce que je voulais partager à l'occasion de ces votations françaises : Expliquer comment ça se passe en Suisse ;-))


Politique Suisse.

Vu de Suisse, la politique et l’actualité française est beaucoup plus intéressante que la politique suisse. En effet, chez vous, personne n’est d’accord avec personne, y’a une opposition, des mouvements sociaux, des grèves, et plein de trucs qu'on ne voit pas en Suisse.

Chez nous, on élit tous les 4 ans des députés et des sénateurs, et c’est eux qui élisent le conseil fédéral (l’exécutif) 7 ministres censés diriger le pays, et puis chaque année, ils deviennent président à tour de rôle tout en conservant leur ministère. Donc le président n’a qu’un poste de représentation, pas de pouvoir supplémentaire.

Et puis, les 7 ministres sont de bords politique différents, selon la taille des partis :
A droite :
- 2 UDC (Union démocratique du centre), bien à la droite de Marine Le Pen, ils défendent la patrie, la morale, et les valeurs judéo-chrétiennes, c’est le plus grand parti de Suisse
- 2 PLR (libéral-radical 3ème parti de Suisse), ils défendent l’économie libérale et mondialiste
Au centre
- 1 PDC (parti démocrate-chrétien, 4ème), autrefois un puissant parti conservateur, mais depuis qu’il est devenu progressiste, il a perdu le 50 % de ses électeurs...
A gauche
- 2 PS (parti socialiste) 2ème parti de Suisse, mais en forte minorité au gouvernement

Et voilà, ces 7 là sont sommés de s’entendre et de ne parler que d’une seule voix une fois qu’ils ont voté entre eux.

Ensuite, s’il veulent faire passer une loi, ils ont encore besoin de l’assentiment par vote des deux chambres, sénat et parlement (les types pour qui on vote tous les 4 ans).

Mais à la fin de l’histoire, si un groupe, une amicale ou un parti n’est pas content, il peut réunir 50’000 signatures et l’exécutif est obligé d’organiser un référendum populaire, ce qui veut dire qu’in fine c’est le peuple qui tranchera.

De même, lorsqu’un groupe de personnes, ça peut-être l’association des chasseurs, les écolos ou n’importe quelle association ou parti, veulent imposer un thème politique que Berne ne veut pas traiter, ils n’ont qu’à a réunir 100’000 signatures et le gouvernement est là-aussi, obligé d’organiser une votation populaire pour que le peuple puisse se décider.

Parfois même, il y a des situations cocasses. Si on prend l’augmentation de l’âge de la retraite, le conseil fédéral (les 7 ministres) votent entre eux sur un projet préparé par une commission ad-hoc. Disons que les 2 socialistes et le PDC votent contre, ils perdent contre les 4 de droite. Du coup, avant la votation, le président vient plaider la cause du gouvernement au JT, et c’est assez drôle de voir un président socialiste plaider contre son propre parti qui a lancé le référendum… (l’inverse arrive aussi).

Du coup, on vote tout le temps, 4 fois par année sur une foule de sujets. Il paraît d’ailleurs que les Suisses votent en 4 ans plus que les français ne voteront dans toute leur vie. On vote sur des trucs importants, mais aussi sur des sujets anodins, comme sur les cornes des vaches, l’instauration de quotas d’étrangers, interdiction des pigeons voyageurs dans l’armée, contre une sixième semaine de vacances (au lieu de 5), contre les minarets, et même, en juin 2021, les politiciens ont eu la brillante idée de nous flanquer une taxe CO2. Riposte simple : 50’000 signatures, votations, le peuple dit « niet », le gouvernement prend note et retourne à ses dossiers...

En plus des votations fédérales, il y a encore plein de votations cantonales (chaque canton étant indépendant sur tout un tas de sujets : Police, écoles, routes, politique budgétaire, et pas mal d’autres choses), et si on rajoute les votations communales, on est pas sorti de l’auberge.

L’avantage du vote, c’est qu’il coupe court à toutes velléités de manifestation, puisqu’à partir du moment où le peuple s’est prononcé à 50,1 % pour ou contre un sujet, les perdants n’ont plus qu’à se taire, sauf à se déclarer « ennemis du peuple », ce qu’ils ne font généralement pas. Un exemple concret : En 1992, tous les partis étaient d’accord pour entrer dans l’union européenne, sauf un, et à l’époque c’était un petit parti. Bref, l’affaire semblait pliée, si on ne votait pas pour entrer dans l’Europe, la Suisse deviendrait le tiers-monde de l’Europe, l’apocalypse était à notre porte. Donc, comme le conseil fédéral, le sénat, le parlement avaient votés pour, le petit parti nationaliste lança un référendum, seul contre tous. Et 50,3 % des suisses ont dit « non à l’UE » ! Fermez le ban, les politiciens ont fermés leur caquet, le peuple souverain venait de leur balancer un crochet du droit qui laissa hagard tous les grands partis. Les européistes convaincus ont encore lancé une initiative 9 ans plus tard : « Oui à l’Europe », balayée cette fois-ci par 77 % de la population. Après ça, on a plus entendu parler d’intégration à l’UE.

Dans ces années, le peuple s’est aussi rendu compte que l’état se laissait aller à dépenser sans regarder. Hop, une votation avec un double sujet : Ancrer dans la constitution « Le contrôle des dépenses de la confédérations et le frein à l’endettement » (en résumé : économies tous azimuts et austérité). Le peuple a massivement voté pour (85% de oui), et l’état a été contraint de faire baisser la dette publique de 60 % du PIB à 30 %, interdiction aussi de dépenser plus qu’il n’en gagne.

Pas de grèves non plus, parce que c’est les corporations patronales et syndicales qui discutent ensemble des conventions collectives de travail, canton par canton… Ils s’engueulent pendant les réunions, mais finalement, après les disputes, ils se tapent sur l’épaule en rigolant et boivent l’apéro ensemble (du vécu). Donc les patrons lâchent du lest sur les salaires, les horaires, les conditions de travail et s’engagent à respecter la convention signée. De leur côté, les syndicats s’engagent à respecter la paix sociale (pas de grève), tant que les patrons respectent les conventions.

Donc finalement, un pays tranquille, tout se règle à la majorité, même si jamais aucun parti n’a la majorité. La majorité, c’est le peuple.

Cependant, au-dessus du peuple et de l’état, il y a une entité si puissante qu’aucun politicien n’ose lui demander des comptes, c’est la BNS (la Banque Nationale Suisse). D’ailleurs, l’adresse de la BNS c’est : Place Fédérale 1, Berne. Si on veut écrire à un parlementaire, ce sera Place Fédérale 2, Berne.

La BNS n’a aucun compte à rendre au gouvernement Suisse, les cantons sont les actionnaires majoritaires, viennent ensuite les banques cantonales et des investisseurs privés. Le Président, Thomas Jordan est une sorte de Super Conseiller Fédéral, sauf qu’il ne conseille pas, il décide. Il pourrait payer la dette nationale en claquant des doigts, mais la dette du pays n’intéresse pas la BNS. Ils se contentent de verser chaque année quelques milliards à chaque canton (les actionnaires), qui se gardent bien de dire un mot tant qu’ils touchent ces dividendes. Autrement dit, la BNS est toute puissante, elle fixe le prix du Franc Suisse, la politique monétaire, elle gère ses stocks d’or, de devises et d’actions, et fait même payer un intérêt aux riches étrangers qui veulent mettre leur fortune en sécurité en la convertissant en francs Suisse.

La signature de Thomas Jordan est présente sur tous les billets de banque Suisse, je pense que c’est l’homme le plus puissant du pays. Les autres, les politiciens et le peuple se chamaillent dans le bac à sable avec leurs idées de droite ou de gauche, et la BNS est comme une maman, elle surveille juste que ça ne dégénère pas, et elle mène les affaires du pays.

Le sujet politique qui occupe actuellement la Suisse c'est la neutralité c'est la neutralité, car un pays ne se décrète pas neutre, il est perçu comme neutre aux yeux des autres. Donc un pays trop petit pour peser réellement sur les conflits, on s'est dit : "Bon, la seule chose qu'on peut faire c'est de ne jamais prendre parti et de créer des conditions cadre pour recevoir des discutions internationales, ça s'appelle "faire acte de bons offices pour faciliter les négociations en terrain neutre". Mais depuis qu'on a repris toutes les sanctions européennes et américaines contre un pays en conflit, certains s'inquiètent de perdre même le peu qu'on pouvait faire, et donc devenir insignifiants.

Du coup, quand on regarde la politique française, on est fasciné, c’est tellement personnalisé qu’on a l’impression qu’un sauveur ou un fossoyeur peut chaque 5 ans sortir des urnes...

Mais c'est nettement plus spectaculaire qu'en Suisse !

Si on transposait ce système à la France, ça donnerait un exécutif dans ce genre (on admettra 9 ministres au lieu de 7 chez nous parce que vous avez un plus grand pays) :

En réalité, pour la France, il faudrait faire table rase du deuxième tour, et que l'assemblée et le sénat soient obligés de voter pour un exécutif tenant compte du poids politique de chaque parti (c'est ce qui s'appelle en Suisse "la formule magique"), et ça donnerait un conseil des ministres composé comme suit :
2 En Marche
2 Rassemblement National
2 France insoumise
1 Reconquête
1 Les Républicains
1 Ecologiste
et pourquoi pas rajouter Jean-Lassale là-dedans !

Donc chez nous ça s'appelle la "formule magique" c'est que les deux chambres votent pour les 7 conseillers fédéraux par rapport à leur poids électoral. Ils sont ensuite placés dans la salle du conseil du palais fédéral, 7 bureaux positionnés en ovale, les uns se faisant face aux autres. Dans la salle du conseil, ils peuvent se disputer comme ils veulent, mais en dehors, les conseillers fédéraux sont priés de ne plus défendre leur avis personnel, mais la position du conseil fédéral in-corpore. Quand 4 gagnent contre 3, les 3 autres doivent défendre l'avis du conseil, quelque soit leur opinion.

Bref, tout ce beau monde seraient obligés de s'entendre pour gouverner, et vous pourriez vous retrouver devant le JT avec Mélenchon qui doit venir défendre l'augmentation de l'âge de la retraite, avec tous les arguments, et en tâchant d'être convainquant...

Je pense qu'en Suisse on est moins clivé idéologiquement et plus pragmatiques. D'ailleurs récemment, un conseiller fédéral UDC (et pas des moindres), donc vraiment à la droite de Marine le Pen, a prêté sa limousine pour aller chercher la fille du conseiller fédéral socialiste au sud de l'Allemagne où elle avait un concours de musique. Imaginez Mélanchon prêter sa voiture de fonction à Marine pour la dépanner ? Discuter ensemble, se mettre d'accord, ou à défaut voter en petit comité pour définir LA politique de l'exécutif.

Je suis d'avis que ça serait difficile chez vous, parce que vous avez une politique un peu royaliste, verticale, une personne au sommet qui s'occupe de la destinée de la nation. Ici c'est une confédérations de cantons, ils ont chacun des prérogatives importantes, et Berne fait en sorte que tout ça tienne ensemble. D'ailleurs, la plus grosse part de nos impôts partent à la commune de résidence, ensuite, une part presque égale au canton, et juste une fraction pour l'impôt fédéral (style 10-15% de l'impôt communal et cantonal au total).

Et puis au-dessus, comme je le disais, il y a le président de la banque nationale, et je me souviens qu'à la fin des années 90, les socialistes et les syndicats rouspétaient contre la BNS car la direction avait décidé d'un franc fort. La gauche trouvait que c'était inadmissible pour les exportations, mais le président de la BNS a répondu : "C'est un excellent exercice de fitness pour l'économie Suisse, et c'est comme ça !" Ils n'ont même pas essayé de récolter des signatures pour contrer la BNS, car tous les cantons auraient fait campagne pour défendre la poule aux oeufs d'or, et ils n'avaient aucune chance en votation. Il n'y a donc que la BNS qui est à l'abri des caprices du peuple ou des partis.

     

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 Pour se détendre un peu : Politique Suisse. par Davidoff2  (2022-04-25 17:50:28)
      Passionnant ce récit/explications.... par Pol  (2022-04-25 18:44:18)
          Le système a déjà 731 ans d'existence... par Davidoff2  (2022-04-25 19:15:34)
              Malheureusement... par Davidoff2  (2022-04-25 19:19:52)
                  Je crois que si je vivais en Suisse.... par Pol  (2022-04-25 20:41:38)
                      Merci pour mon ange gardien ;-) par Davidoff2  (2022-04-25 21:17:01)
                          Néanmoins... par Candidus  (2022-04-25 22:59:10)
                              Et puis ce n'est quand même pas chez nous par Ptitlu  (2022-04-26 01:41:09)
                                  Bazar ? - Pas du tout ! par Paterculus  (2022-05-01 22:02:07)
                                      D'autant mieux par Ptitlu  (2022-05-02 11:18:09)
                                          Très juste pour la chronologie... par Paterculus  (2022-05-02 14:37:39)
                              Bien sûr qu'on dégénère ! par Davidoff2  (2022-04-26 09:39:55)
      La solidité de ce système... par Paterculus  (2022-05-01 22:11:01)
      D'où vient la neutralité helvétique ? par Paterculus  (2022-05-01 22:16:21)
          Neutralité Suisse, une histoire de boeufs volés :-)) par Davidoff2  (2022-05-02 19:45:24)
              Ah, il ne faut pas par Ptitlu  (2022-05-02 19:50:37)
                  Oui, il y a un territoire Russe en Suisse. par Davidoff2  (2022-05-02 20:02:25)
                      oh, ça m'intéresserait d'en savoir plus par Sacerdos simplex  (2022-05-02 20:50:19)
                          En fait, ça a exactement à voir avec votre histoire ! par Davidoff2  (2022-05-02 21:30:38)
                              Mais ce n'est pas une exclave par Ptitlu  (2022-05-02 21:42:56)
              L'humour décalé de cette série de vidéos... par Paterculus  (2022-05-02 20:10:57)
                  Dans le même genre : le chant de l'oignon par Sacerdos simplex  (2022-05-02 20:48:37)
      Illusion par Amora  (2022-05-03 00:45:13)
          Erreur par Amora  (2022-05-03 01:23:47)
      Je deterre, c'est ÇA la solution par Ptitlu  (2024-07-25 03:31:45)


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