Selon Dom Augustin Calmet par Jean-Paul PARFU 2021-03-20 11:00:14 |
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Bénédictin (1672-1757)
"Résurrection des saints qui sortirent de leurs tombeaux au moment de la mort du Sauveur, et qui, après sa résurrection, vinrent dans la ville sainte et furent vus de plusieurs (Matthieu 27.52-53) : c’est une matière qui mérite d’être traitée ici en peu de mots. On ignore les noms de ceux qui ressuscitèrent dans cette occasion. Les uns veulent que ce soient tous les plus anciens des pères et des patriarches ; d’autres que ce furent les plus nouveaux, les plus connus aux Juifs qui vivaient alors. D’autres que cette faveur fut réservée à ceux qui étaient enterrés à Jérusalem ou aux environs.
On dispute encore sur l’heure de leur résurrection. Quelques-uns soutiennent qu’ils ne ressuscitèrent qu’après le Sauveur, qui est nommé dans l’Écriture (1 Corinthiens 15.20) ; Origène, saint Jérôme, saint Grégoire le Grand, Raban-Maur, Paschase Radbert, Bède, Drutmar, Liran, la Glose ordinaire et plusieurs autres sont de ce sentiment. Mais saint Chrysostome, et les auteurs grecs qui ont accoutumé de le suivre, saint Hilaire, et plusieurs autres croient qu’ils ressuscitèrent au moment de la mort du Sauveur, et que Jésus-Christ les ressuscita avant qu’il ressuscitât lui-même, pour faire éclater d’une manière plus sensible son triomphe sur la mort. Il faut convenir que le texte de l’évangéliste saint Matthieu n’est décisif ni pour l’un ni pour l’autre sentiment ; mais s’il est vrai, comme il est malaisé de le révoquer en doute, que les âmes des saints patriarches ne sont sorties des limbes qu’après que Jésus-Christ y est descendu, il faut couvenir aussi qu’elles ne sont ressuscitées qu’après cela ; ainsi il faut de nécessité reconnaître qu’il s’est passé quelque temps entre la mort du Sauveur et la résurrection des saints.
Mais ces saints ressuscités moururent-ils de nouveau, et rentrèrent-ils dans leurs tombeaux après l’ascension de Jésus-Christ, ou montèrent-ils aux cieux avec lui ? Il y a sur cela partage de sentiments. Ceux qui croient que Jésus-Christ les mena au ciel avec lui comme en triomphe citent ces paroles d’Osée (Osée 13.14) : Je les délivrerai des mains de la mort : Ô mort, je serai ta mort. Et celles-ci du Psaume (Psaumes 67.19) : Vous avez monté en haut, vous avez pris vos captifs. Et saint Paul (Éphésiens 4.8) : Il est monté au ciel, il a pris des captifs, il a donné des présents aux hommes. Est-il croyable qu’après avoir rendu la vie à ces saints et illustres morts, Dieu voulût qu’ils rentrassent de nouveau dans le sein de la mort et du tombeau ? N’aurait-ce pas été les replonger dans l’amertume et dans la douleur, après leur avoir fait goûter un avant-goût de leur bonheur éternel ? Enfin n’était-il pas de la justice, de la bonté et de la majesté de leur divin libérateur d’achever son ouvrage, et de les conduire au ciel avec lui, après leur avoir rendu la vie sur la terre ?
On peut produire un grand nombre de Pères qui ont suivi ce sentiment. Saint Ignace le Martyr aux Magnésiens, Origène sur le chapitre 27 de saint Matthieu, et sur le Cantique des Cantiques ; l’auteur des Questions aux Orthodoxes, question 84 ; saint Clément d’Alexandrie, livre 6 des Stromates ; Eusèbe de Césarée, Démonstration Évangélique, chapitre 12 ; saint Hilaire sur le psaume 11 ; Bède le Vénérable, Raban-Maur, Drutmar, Paschase Radbert et un grand nombre de nouveaux interprètes soutiennent d’une manière très-positive que les saints patriarches ressuscités avec Jésus-Christ jouissent avec lui du bonheur du ciel, et ont été les compagnons de son triomphe et de son ascension.
Mais l’opinion contraire n’est pas moins soutenue d’autorité et de bonnes preuves. Saint Paul (Hébreux 11.40) dit expressément que les saints patriarches n’ont pas encore reçu la récompense qui leur avait été promise, Dieu ayant voulu, par une faveur particulière qu’il nous a faite, qu’ils ne reçussent qu’avec nous l’accomplissement de leur bonheur. Il ne les croyait donc pas encore ressuscités, ni en possession de la gloire du ciel. Il dit ailleurs que Jésus-Christ est les prémices de ceux qui, sont endormis (1 Corinthiens) du sommeil de la mort, et qui doivent un jour ressusciter pour toujours. De plus, si quelqu’un a dû ressusciter avec le Sauveur, c’est sans doute le saint roi David (Psaumes 15.10), saint Jean-Baptiste, les patriarches et les prophètes enterrés à Jérusalem et dans la Palestine. Or saint Pierre, parlant aux Juifs de Jérusalem (Actes 2.29), dit expressément que le tombeau de David est encore connu parmi eux ; que David avait prédit la résurrection du Sauveur, sans parler de la sienne. Quelle force aurait eu ce raisonnement, si David était ressuscité et monté au ciel avec Jésus-Christ ? On sait qu’on a montré les reliques et le tombeau de saint Jean-Baptiste ; avant comme après ce temps : on n’a donc pas cru qu’ils fussent montés au ciel et admis dans la gloire.
Les Pères qui ont traité cette matière avec plus de soin se sont rangés pour le sentiment que nous venons de proposer. Tertullien réfute expressément ceux qui croyaient que les patriarches et les prophètes étaient montés aux cieux après la résurrection du Sauveur. Saint Chrysostome dit que ceux qui étaient ressuscités pendant que Jésus-Christ était à la croix moururent de nouveau. Et écrivant sur l’Épître aux Hébreux, il reconnaît, après l’Apôtre, que les justes de l’Ancien Testament n’ont pas encore reçu leur récompense. Théodoret s’exprime de même. Théophylacte et Euthym, expliquant le chapitre 27 de saint Matthieu, reconnaissent que les saints patriarches ressuscitèrent pour servir de preuves à la résurrection du Sauveur ; mais qu’ils moururent ensuite pour ressusciter une seconde fois à la fin du monde. Saint Augustin, dans sa lettre à Evode, traite exprès cette question, et s’explique assez clairement pour la résurrection passagère de ces saints. Saint Thomas, après avoir rapporté les raisons pour l’un et l’autre sentiment, se déclare pour ceux qui tiennent qu’ils moururent de nouveau ; et c’est ce qui nous paraît le mieux fondé dans l’Écriture et dans les Pères". ici
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