Avez-vous LU Jean Stern ? par N.M. 2020-05-11 20:47:45 |
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Histoire de ne pas vous laisser une nouvelle fois induire vos lecteurs en erreur, il convient de préciser tout d'abord que les propos par vous mis en cause appartiennent non pas aux secrets de Mélanie et de Maximin, mais au message public, connu dès septembre 1846 :
"Je vous ai donné six jours pour travailler ; je me suis réservé le septième et on [ne] veut pas me l'accorder, c'est ça qui appesantit tant la main de mon fils"
Relation Pra, 20 septembre 1846, in Jean Stern, La Salette, documents authentiques, t. I, p. 49.
"Je ferai remarquer que la manifestation du secret faite à SE le Card. Lambruschini n'a nullement nui dans son esprit à la conviction où elle était de la vérité du fait de La Salette, et que c'est après avoir appris le secret qu'elle s'est exprimée comme je l'ai dit dans le corps de ma lettre."
Lettre du chanoine Rousselot à Mgr de Bruillard, Rome, le 16 août 1851, cité in Jean Stern, La Salette, documents authentiques, t. III, pp. 191-192.
"A partir d'un certain nombre de similitudes, l'auteur [le père Delehaye] conclut à une similitude substantielle : dans les paroles attribuées à la Vierge, il croit reconnaître 'une des formes de la lettre céleste, à peine démarquée'.
"Répondant aux arguments apportés, nous observerons que les similitudes énumérées, d'ailleurs peu nombreuses, tiennent à la nature des choses et à la grille de lecture employée. Elles tiennent à la nature des choses : fatalement, la masse de péchés et les menaces accumulées dans les lettres célestes contiendra les péchés et les menaces du message de La Salette (pas toutes cependant, en ce qui concerne ces menaces) ou encore les péchés et menaces dont il pourrait être question dans la prédication populaire. - Les similitudes énumérées tiennent généralement à la grille de lecture employée, qui a banalisé ce qu'elle retient, et mutilé les sources. La suggestion que les menaces proférées ont été prises dans de vieux textes présuppose l'ignorance de la situation agricole de l'année 1846 [...]. D'autre part, il est simplement faux d'écrire [comme le père Delehaye] que les peines sont 'exclusivement de la catégorie de celles que nos textes fulminent le plus couramment' : qu'on pense à ce que nos relations disent des enfants de moins de sept ans et que les lettres citées par Delehaye ne disent jamais. On a oublié aussi qu'à la Salette reproches et menaces sont intégrés dans un dialogue où les enfants ont une part active et qui fait appel à leurs souvenirs personnels : ce qui a frappé Maximin et qu'il répète d'abord, ce ne sont pas les rappels de commandements, mais des questions qui le touchent directement et auxquelles il répond sur le champ (faites-vous bien votre prière ? - n'avez-vous jamais vu de blé gâté ?). On ne rencontre dans les lettres rien d'équivalent. Enfin, l'apparente précision du couple 'presque uniquement/subsidiairement', par laquelle on [le père Delehaye] prétend doser le rapport entre plaintes concernant le dimanche et plainte concernant le blasphème, relègue dans l'anonymat du 'presque' la plainte, longuement développée au début du message et extrêmement personnelle (depuis le temps que je souffre pour vous autres... jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j'ai prise pour vous autres...) qui le caractérise. Bref : en guise de similitude on vous offre une représentation de Hamlet sans le prince du Danemark.
"Au reste, dans la recherche d'une explication naturelle au fait de la Salette, il serait impardonnable de s'arrêter à un phénomène aussi problématique et fuyant qu'un éventuel contact avec des lettres célestes. Il faut prendre en considération les faits qui ont certainement existé sur le plan local. Nous avons signalé la présence, à Corps, d'une confrérie du Cœur immaculé de Marie. D'une façon plus générale encore, il est permis de présumer que l'existence d'apparitions mariales n'était pas inconnu à moins de soixante kilomètres de Notre-Dame du Laus et que le clergé du canton, dans ses prônes et dans ses catéchismes, exploitait de temps à autre le thème du dimanche, du blasphème et de la médiation mariale. Ces données - et d'autres données semblables - peuvent-elles expliquer l'expérience concrète dont Maximin et Mélanie bénéficièrent le 19 septembre 1846 et qui, du jour au lendemain, les rendit capables de témoigner au sujet d'un fait où des éléments d'ordre varié - phénomènes visuels, mouvements, paroles de plainte, menaces, questions - forment un tout cohérent, très différent, aux yeux de qui prend la peine de comparer les textes, des accumulations qu'on lit dans les feuilles de colportage ou des rappels trop souvent abstraits de la prédication cléricale ? D'autre part, comment expliquer la naissance et, surtout, la persistance d'un mouvement spirituel assez ample et continu pour former une tradition, réalité sociale que, sauf erreur de notre part, la diffusion des lettres célestes n'a jamais créée ? Ce sont là des problèmes dont la solution dépend de l'accès aux documents et aussi de la personnalité de l'historien, de sa théologie et de sa philosophie. Une fois que l'on a compris qu'une apparition comme la Salette n'est pas une nouvelle doctrine mais une nouvelle grâce, on ne s'étonnera pas de rencontrer des antécédents : leur absence inquièterait plutôt, puisque l'apparition doit revivifier la tradition commune. Mais l'historien qui n'admet comme authentique que ce qu'il ne trouve pas ailleurs raisonnera à la manière de ceux qui rejettent la doctrine du logos comme platonicienne et celle des anges comme perse. Inversement, s'il pose comme authentique tout ce qu'il estime édifiant, il taxera volontiers de rationalisme des confrères qui subordonnent leur acquiescement à un examen critique.
"Les premiers enquêteurs jouissaient des avantages qu'offre le contact direct. Étant à même d'apprécier les nuances d'une intonation, le retard d'une réponse, la distance entre le comportement ordinaire des enfants et leur attitude de témoins, ayant la possibilité de poser de nouvelles questions et de provoquer de nouvelles réactions, ils jugeaient de l'authenticité du charisme à partir de la première manifestation de la vie, nous voulons dire du mouvement."
Jean Stern, La Salette, documents authentiques, t. I, pp. 381-383.
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