N’avez-vous pas honte ? par Marquandier 2020-01-07 19:41:49 |
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…de reprendre complaisamment l’insulte de Péréfixe ? Il fallait écrire "pures" et "orgueilleuses", d’ailleurs, à moins que vous ne visiez Luc de Montalte et moi ! En matière de mégalomanie ou d’orgueil, Louis XIV aurait eu plus de réprimandes à recevoir que l’abbaye qu’il a détruite et les dépouilles qu’il a profanées. Tant qu’à faire, elles auraient dû demander des sacres sans mandat romain ou des prêtres bravant les interdictions des sacrement qu’elles ont subies, pour faire plaisir à votre conception de la licéité et de l’état de nécessité.
Vous devriez aussi savoir en tant que chrétien et avocat que la calomnie, la diffamation ou l’insulte sont des graves péchés et des infractions à la loi positive.
Sur cette injuste trouvaille, lisez Racine (Abrégé de l’Histoire de Port-Royal, Deuxième partie, édition Augustin Gazier, transcription Wikisource) :
L’archevêque, fort surpris de la fermeté de ces filles, vit bien qu’il s’était engagé dans une affaire assez fâcheuse, et d’autant plus fâcheuse que les monastères des religieuses n’ayant point été compris dans la dernière déclaration du roi sur le formulaire, il n’était pas en droit de les forcer à signer. Mais, excité par les instances continuelles du Père Annat, qui ne cessait de lui reprocher sa trop grande indulgence, et d’ailleurs justement rempli de la haute idée qu’il avait de sa dignité, il crut qu’il y allait de son honneur de n’avoir pas le démenti. Il résolut donc d’en venir à tout ce que l’autorité peut avoir de plus terrible. Il se rendit à Port-Royal ; et ayant fait venir à la grille toute la communauté, comme il vit leur résolution à ne rien changer à la signature qu’elles lui avaient fait offrir, il ne garda plus aucunes mesures. Il les traita de rebelles et d’opiniâtres, et leur dit cette parole qu’il a depuis répétée en tant de rencontres : « Qu’à la vérité elles étaient pures comme des anges, mais qu’elles étaient orgueilleuses comme des démons ; » et sa colère s’échauffant à mesure qu’on lui alléguait des raisons, il descendit jusqu’aux injures les plus basses et les moins séantes à un archevêque, et finit en leur défendant d’approcher des sacrements. Après quoi il sortit brusquement, pour n’être pas témoin de leurs larmes et de leurs gémissements, en leur faisant entendre qu’elles auraient bientôt de ses nouvelles.
[…]
Au reste M. de Péréfixe lui-même faisait leur apologie, en avouant qu’il n’avait rien trouvé que de régulier et d’édifiant dans la visite qu’il avait faite. Il publiait souvent, dans le temps même qu’il les traitait avec la plus grande rigueur, que « ces filles étaient pures comme des anges » : mais il ajoutait « qu’elles étaient orgueilleuses comme des démons », parce qu’il lui plaisait de traiter d’orgueil insupportable le refus d’obéir à un commandement qu’il n’aurait pas dû leur faire, qui, quand il aurait été juste, n’était d’aucune utilité, et auquel elles ne pouvaient se soumettre sans blesser la sincérité. D’ailleurs il avouait quelles n’étaient attachées à aucune erreur, et se trouvait quelquefois embarrassé quand elles le pressaient d’expliquer nettement ce qu’il leur demandait : c’est ce que nous avons vu en parlant des requêtes que lui présentèrent les religieuses du monastère des Champs.
vous avez enseigné à votre peuple les exhumations ; accoutumé à vous obéir, il a suivi vos exemples : au moment même où la tête de Marie-Antoinette tombait sur la place révolutionnaire, on brisait à Saint-Denis les cercueils : au bord d’un caveau ouvert, Louis XIV tout noir, que l’on reconnaissait à ses grands traits, attendait sa dernière destruction : représailles de la justice éternelle ! Eh bien, peuple royal de fantômes, […] voudriez-vous revivre au prix d’une couronne ? Le trône vous tente-t-il encore ? Vous secouez vos têtes, et vous vous recouchez lentement dans vos cercueils.
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