profession de foi d'un abstentionniste convaincu par baudelairec2000 2013-09-27 00:25:12 |
|
Imprimer |
Cher Webmestre, vous en avez marre; moi aussi, nous aussi, les quelques abstentionnistes courageux de ce Forum.
Primo, j'en ai ras le bol des clichés rapides que vous véhiculez sur notre position: là, avec notre post, nous voilà assimilés aux ONLR. Je n'ai pas défilé une seule fois avec ces gens, je n'ai même pas défilé une seule fois avec qui que ce soit; vous, vous l'avez fait... alors maintenant, vous assumez! Et ne venez pas pleurer à votre tour. C'est quoi, ces "négationnistes universels"? Vous pourriez préciser.
Secundo,vous pensez que les abstentionnistes déplorent la situation actuelle, vous avez mille fois raison; mais la différence entre ceux qui ont voté pour Sarko en 2007 ou 2012, Chirac en 2002, et ceux qui ont refusé de le faire est énorme: ceux qui ont accordé leur suffrage au candidat du moindre mal, sous prétexte de sauver je ne sais quel avantage immédiat, se voient un jour ou l'autre cocufier. Nous, si nous refusons d'aller voter, ce n'est pas par un principe a priori, c'est que nous voyons que nous nous ferons, vulgairement, entuber aussi bien par les libéraux que par la gauche. Alors, comprenez que nous ne consentions pas à ce genre de compromission; nous ne sommes pas du genre résignés. Le mal sans nous, sans notre accord électoral. Le vice à petites doses ou le mal à grande vitesse, un chrétien, un homme soucieux du bien commun et de la vertu de ses concitoyens ne peut y souscrire. Prendre part au système politique actuel, voter un dimanche, c'est prendre le risque de se retrouver cocu le lendemain. Comprenez que nous puissions avoir une certaine fierté... Nous voulons garder les mains propres. Cela vous offusque que ne mettions pas les mains dans la m... démocratique? Nous avons les odeurs,les bruits; triste spectacle, cela nous suffit amplement. Inutile que nous montions sur scène. Trop dangereux, je l'ai déjà dit, il y a quelques jours sur ce forum.
Vous voulez des exemples. Je vous les sers sur un plateau, en évitant de parler de la III e République et du Ralliement cher à Léon XIII et à l'ami Parfu, politique, comme on le sait, qui fut couronnée de succès en 1905.
- 1974: Giscard contre Mitterrand (vous étiez encore bien jeune). On demandait aux cathos nationalistes ou tout simplement patriotes d'oublier leur rancoeur contre la trahison gaulliste pour sauver la France du communisme; résultat, en janvier 1975, la mère Veil envoyait des centaines de milliers d'enfants à la mort.
1981: Les divisions russes ne manqueraient pas d'envahir l'Europe de l'Ouest si le candidat de la Gauche Unie passait aux présidentielles; résultat, les Russes ne nous ont pas envahis, Mitterrand a fait baisser le PC, mais nous avons connu une libération des moeurs sans précédent (Canal Plus et ses programmes cochons, Carbone 14, la radio libre pornographique, Fréquence Gay, le Journal Libération, le samedi, qui faisait de lla concurrence à Gai Pied, avec pour corrolaire le SIDA - je ne tiens pas à me montrer exhaustif sur le sujet). De la part de la Gauche, cela ne nous étonne pas.
Mais quand la débauche est encouragée du côté adverse - adverse en apparence seulement - c'est plus révoltant: ce PACS entre homosexuels que le plupart des couilles molles de l'UMP voudraient substituer au mariage gay, je ne l'ai pas inventé... Ces mariages que les députés UMP dans leur ensemble célébreront pour ne pas aller contre la loi, alors que, durant les débats, ils se sont illustrés pour combattre le mariage gay - n'est-ce pas Mariton? Combien de temps durera encore la farce libérale? Qui, enfin, a mis en place le Gender dans les programmes scolaires? Ce n'est pas le gouvernement de monsieur Hollande et ses amis; disons que ce sont les libéraux qui ont préparé la place à la gauche; Jean Lecanuet, représentant typique des Démocrates Chrétiens, déclarait peu après l'élection de Giscard: "Nous allons vider le programme commun de la gauche de sa substance". Cette politique de gauche entre 1974 et 1981, dont deux années sous l'impulsion de Chirac, nous a valu Mitterrand le 10 mai 1981. En résumé, la Droite fait le lit de la Gauche...
Si cela vous satisfait, tant mieux pour vous; mais, nous les abstentionnistes, nous ne buvons pas de cette eau tiédasse, nous ne voulons pas être complices d'un jeu trouble et malsain qui conduit inexorablement à une politique de l'émergence à plus ou moins long terme de décisions contraires à la loi naturelle.
Alors, de grâce, qu'on cesse de dire que nous, abstentionnistes, sommes responsables de l'élection de Hollande. Nous sommes fiers d'avoir les mains propres...
Tertio: Arrêtez de nous "emmerder" avec votre moindre mal! Un mal reste toujours un mal, je parle ici du mal moral. Pour un chrétien, pour un homme de bien, la frontière entre le bien et le mal est nette, précise. Pas de compromission avec le mal ou avec ce qui est ambigu. Le Chrétien ne peut flirter avec le vice, surtout quand il est institutionnalisé ou sur le point de l'être.
Quatrième point: Tout pouvoir vient de Dieu, le juste comme l'injuste, l'injuste (la tyrannie) pour punir le peuple de ses fautes. C'est dans l'Ecriture sainte, et saint Augustin se plaît à le répéter. Nous méritons, tous, le régime actuel avec ses conséquences, ce qui ne signifie pas que nous devions nous accommoder de ce pouvoir pervers. Inutile donc de prendre les armes, le tyrannicide est de toute façon voué à l'échec...
Cinquième point: ce qui fait qu'un gouvernement est juste, nous répètent Aristote et saint Thomas, c'est le bien commun qu'il poursuit, peu importe que ce régime soit gouverné par un seul individu (un roi, un monarque), par plusieurs, choisis parce qu'ils sont vertueux, les meilleurs sur le plan moral(les aristocrates) ou qu'ils soient nombreux (plusieurs milliers de citoyens comme à Athènes). Un citoyen, c'est celui qui veut le bien de la communauté, cité qui l'a vu naître, c'est celui qui veut, en retour, la servir, peut-être jusqu'au sacrifice de sa vie. Etre citoyen, c'est un honneur, cela se mérite; on ne devrait pas accorder le droit de citoyenneté au premier venu; il est vrai que depuis Rousseau, tout homme est citoyen, que la citoyenneté n'est plus une dignité. De la même façon, le terme de peuple ne devrait pas être galvaudé, confondu avec la populace qui constitue la base de la démocratie classique et moderne. Quel est le péché commun à la démocratie classique condamnée unanimement par Platon, Aristote et saint Thomas? C'est d'être contraire au bien commun, car elle repose sur une liberté sans frein. La démocratie moderne a pour vice supplémentaire d'affirmer que le pouvoir vient des individus, d'un peuple constitué d'êtres libres ou d'individus qui se considèrent comme "des touts parfaits et solitaires". C'est là toute la différence entre une démocratie déjà critiquée par Aristote et la démocratie moderne issue du Contrat social de Rousseau: dans le premier cas, l'homme était défini comme un animal social, on considérait que l'homme était fait pour la société comme la partie pour le tout; à partir de Jean-Jacques, l'homme affirme sa liberté radicale, l'antériorité de l'état de nature sur l'état social, l'égalité de chacun par rapport à l'autre. Désormais, personne ne peut se proclamer supérieur à un autre. Allez donc constituer une communauté, une société avec des gens qui, par nature ne sont pas faits pour vivre ensemble, qui ne peuvent par conséquent avoir la moindre idée du bien commun, mais qui sont préoccupés par la recherche de leur confort, par la satisfaction de leur égoïsme. La démocratie moderne est donc contre nature, elle est en état de péché mortel permanent, car elle ne peut avoir pour but d'élever moralement les êtres qu'elle essaie de faire vivre ensemble. Au mieux, elle les empêche, elle les dissuade de devenir les tyrans des autres. Mais y parvient-elle?
Vous voudriez que nous votions pour ce genre de régime. Vous trouvez que nous exagérons. Non, simplement, nous aurions aimé qu'un Léon XIII nous dise la vérité sur la démocratie moderne; il s'est contenté de nous servir un breuvage tiédasse où il n'était question que de "république". Sommes-nous si crétins pour ne pas comprendre que les deux termes ne sont pas interchangeables, que la "respublica" est un terme noble: la chose publique, et nous retrouvons là la notion de bien commun. Pour mieux faire passer son ralliemment à la démocratie moderne, régime qui nie toute origine divine, le pape se contentait d'un discours sur la république.
Sixième point, et nous finirons avec ce point: sommes-nous opposés à toute forme d'élection? Bien sûr que non. Les royalistes, fins connaisseurs de l'histoire de leur pays, savent que la royauté a été à plusieurs reprises élective:
- Pépin, en 751 " est élevé au regnum par l'élection de tout le peuple franc, avec la consécration des évêques et la soumission des principes"; c'est ce qu'on peut lire dans un texte de l'époque. Même lorsque la royauté sera avec les Capétiens devenue héréditaire, le sacre gardera ce caractère électif à travers l'acclamation des Grands et des fidèles.
- Les Robertiens (Eudes ou Raoul) ancêtres des Capétiens, se feront dès la fin du IX e siècle élire contre des représentants de la dynastie carolingienne, dynastie que le pape Etienne II, au cours du second sacre de Pépin à Saint-denis, s'était pourtant engagé à soutenir, par l'excommunication, s'il le fallait. Hugues Capet lui-même a été élu roi par les grands du royaume des Francs de l'Ouest.
- Après la mort du roi Henri III, la Ligue avait envisagé de faire élire par les Etats Généraux un nouveau roi dans l'hypothèse où Henri de Navarre aurait refusé de se convertir au catholicisme.
- Le Recueil général des anciennes lois françaises d'Isambert (Paris, 1821-1833) évoque un édit de juillet 1717 et une déclaration du 26 avril 1723 concernant la succession à la couronne de France:
"Mais si la nation française éprouvait ce malheur [c'est-à-dire l'extinction de la dynastie des Bourbons], ce serait à la nation même qu'il appartiendrait de le réparer par la sagesse de son choix... droit qui appartient la plus incontestablement à la nation française de se choisir un roi au cas que dans la suite des temps la race des princes légitimes de la maison des Bourbons vint à s'éteindre."
On le comprend, le pouvoir politique est confié par Dieu à un homme à celui que la nation s'est choisi: "omnis potestas a Deo per populum", et non "Potestas a populo" comme on le proclamera à partir de Rousseau. Evidemment les juristes de l'Ancien régime se faisait les défenseurs de la dévolution de la couronne par succession, mais envisageait la possibilité d'une élection par les Etats généraux lorsque la couronne était débattue, c'est ce que laisse ainsi entendre le très gallican Guy Coquille au milieu du XVIIe siècle.
En conclusion: des élections, pourquoi pas, mais pas dans n'importe quel contexte, surtout pas celui du suffrage universel qui bafoue l'origine divine du pouvoir et lui substitue les droits tyranniques de l'individu. La politique n'est pas l'affaire de tous, permettez-moi d'être élitiste. Quand tous revendiquent la citoyenneté, la notion de bien commun s'évanouit en même temps que le développement vertueux de chacun qui doit accompagner la recherche du bien commun.
j'ai bien conscience d'avoir été long aux yeux de certains, trop bavard pour les oreilles des autres, mais, pour avoir, sur deux séries de posts, lu un peu tout et n'importe quoi, il me semblait utile de rappeler certaines vérités, fussent-elles dérangeantes pour des esprits modernes ou qui composent trop facilement avec une modernité, diamétralement opposée aux principes de la saine philosophie.
baudelairec2000 qui décroche jusqu'au wweek-end
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|