pourquoi antipape, si Le pape renonce, en quoi le nouveau pape serait-il un antipape ?
Nous partons ici de l'hypothèse où l'abdication serait invalide, par exemple si l'on avait forcé le pontife à abdiquer (et évidemment je ne soutiens pas du tout que tel a été le cas avec Benoît XVI). Dans ce cas l'invalidité de l'abdication entraîne de soi l'invalidité de l'élection qui s'ensuit.
Pour ce qui est de la distinction materialiter/formaliter, cela renvoie à la thèse du Père Guérard des Lauriers (1898-1988), philosophe et théologien dominicain (cf. notamment la thèse de doctorat en philosophie du Père Louis-Marie de Blignières) et opposant au concile Vatican II (il est notamment connu pour avoir été le principal rédacteur du
Bref Examen critique).
Pour tenter de résumer je dirais ceci... Par l'élection, les cardinaux désignent la personne qui devient matière (prochaine) à la papauté. C'est l'acceptation de l'élection, par la personne élue qui fait le pape, formellement. Mais de même que l'élection peut être viciée (par exemple s'il y a encore un vrai pape), il peut en aller de même pour l'acceptation. Par exemple, ce fut envisagé par le pape Paul IV, dans la Bulle
Cum ex Apostolatus (15 février 1559), dans le cas où la personne élue serait en fait hérétique, et même si elle était reconnue comme pape par l'Eglise militante. Pour le Père Guérard des Lauriers l'absence "d'intention de réaliser le Bien-Fin de l'Eglise" viendrait vicier l'acceptation et le sujet élu, même reconnu comme (formellement) pape, demeurerait en réalité simple sujet élu ("pape materialiter").
Cela nous renvoie à la théorie de la légitimité du pouvoir. Pour reprendre la belle définition de Pierre Boutang, la légitimité c'est "la décision d'agir pour le bien commun".
Je tiens à préciser (à destination des éventuels esprits chagrins) que je ne fais ici qu'essayer de répondre aux questions qu'on me pose, que je suis pleinement conscient de la nature des règles de ce forum, que je sais que les esprits sont (très) souvent à fleur de peau concernant ces questions (et ça se comprend), et que je comprends et m'associe sincèrement à la peine que beaucoup éprouvent dans les circonstances présentes.