... je vous remercie de votre message.
"Ad primum" :
Quand vous dites :
Je me trompe sans doute, mais il me semble qu'il arrive qu'il y ait, sinon une contradiction, du moins un décalage, entre ce que le dialogue est et ce qu'il devrait pouvoir être (au service de l'annonce)
Je pense que vous ne vous trompez pas : trop souvent on brade ce qui peut gêner l'interlocuteur. Mon propos, dans mon message précédent, était de dire que ce défaut n'est pas le fait de Benoît XVI.
Je suis d'accord avec vous que le dialogue est toujours en vue de l'annonce, simplement je crois qu'avec raison les autorités romaines y ajoutent une autre fin, celle de la coexistence pacifique des communautés religieuses au sein des nations. Ce dernier point ne doit pas conduire à brader les impératifs de l'annonce, mais souvent la coexistence dans le respect est la condition de l'annonce. J'avoue ne pas être d'accord quand on dit que le dialogue peut être totalement indépendant de l'annonce ; certes telle partie du dialogue en particulier peut n'avoir pas pour objet propre l'annonce, mais la perspective de celle-ci devrait toujours être en arrière-plan chez l'interlocuteur catholique, car ce serait mépriser son interlocuteur que de ne pas souhaiter sa conversion.
"Ad tertium" :
Là encore nous sommes d'accord : on
part des points communs, mais ensuite on va jusqu'au bout.
Que dans la pratique ce ne soit pas souvent le cas au niveau des groupes de discussion, diocésains par exemple, est une évidence.
"Ad quartum" :
Je suis d'accord avec votre réserve a).
b) Il s'agit de la philosophie admise par les deux parties, par exemple le principe de non-contradiction. Cela peut donner : "Vous dites que Dieu est tout-puissant, pourquoi ne pourrait-Il pas s'incarner ?" - Expérience faite on vous répondra sans doute : "Pourquoi devrait-Il s'incarner ?" ; je vous laisse élaborer votre réponse, capable de convaincre un non-chrétien : le dialogue n'est pas toujours facile.
"Ad quintum" :
Je reproduis votre texte :
Pour moi, c'est le problème de fond : quel est le fondement philosophique du dialogue interreligieux ? Quelle est la philosophie, et notamment la philosophie du phénomène religieux, ou des valeurs véhiculées par les religions, qui sous-tend la théologie du dialogue inter-religieux ? Cette philosophie fondatrice du dialogue inter-religieux est-elle d'inspiration réaliste ou d'inspiration idéaliste ? Se présente-t-elle, en quelque sorte, sous la forme d'une "axiomatique" ou sous celle d'une "herméneutique" ?
Quelle conception "philosophico-théologique" de la religion, en général, des religions, en particulier, a présidé, et semble présider encore, au dialogue interreligieux ? Pour moi, c'est toute la question.
Je ne sais s'il y a une philosophie qui sous-tend le dialogue inter-religieux. Mais il y a des faits qui l'imposent : le fait que des religions différentes coexistent dans les mêmes communautés naturelles (et au niveau mondial) et que la plupart de ces religions se sentent une vocation universelle. Finalement c'est la volonté de paix qui sous-tend ce dialogue.
Dés lors ce sont plutôt les théologies respectives des diverses religions qui sous-tendent le dialogue et c'est ce qui fait sa difficulté, puisqu'il fait dialoguer sur des bases différentes. Une bonne partie du dialogue consiste donc à mettre au jour les présupposés des uns et des autres.
Je crains, avec vous je crois, que beaucoup d'intervenants catholiques dans tous ces dialogues se soient fourvoyés, peut-être sous influence de la franc-maçonnerie, à cause de cette fausse idée que toutes les religions se valent.
Ce principe ne peut en aucun cas présider au dialogue inter-religieux sous peine de le ruiner. Ainsi, pour un musulman, s'il est vrai que Mahomet est l'ultime prophète, l'islam ne peut être considéré que comme l'unique religion vraie dans sa totalité. Et il est évident que pour nous chrétiens, puisque Jésus est le Fils de Dieu, toutes les religions non-chrétiennes sont ou bien incomplètes ou même lourdement fausses.
Votre dévoué Paterculus