La conversion des juifs, orthodoxie et orthopraxie, Nom de Jésus et ineffabilité divine par le torrentiel 2012-05-23 12:55:46 |
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Cher Lux,
Vous soulevez un problème important devenu douloureux à force de respect humain et de fausse compassion ou de compassion mal placée.
Non, il ne nous faut pas renoncer à convertir les juifs, c'est ce qui m'a conduit à prendre mes distances avec les instances dirigeantes des Amitiés Judéo-chrétiennes de ma ville. Il ne faut pas y renoncer en principe. On n'est pas obligé de faire un prosélytisme exacerbé pour laisser une porte entr'ouverte à cette conversion.
Mais il faut se rendre compte que la spécificité chrétienne est de substituer à une religion de la loi une religion du Nom, par Lequel tout homme qui L'invoquera sera sauvé. Plus profondément est proposée une religion du salut contre une religion de l'observance et de l'appartenance.
Le fils d'homme entr'aperçu par Daniel acquiert à ce point le statut divin que Son Nom doit être instamment prononcé pour que la Rédemption ait lieu.
Il y a là une révolution copernicienne pour le judaïsme.
Une étymologie sans doute un peu hâtive ou abusive me fait présumer que le nom est une loi qui s'impose à la manière d'un message que devrait véhiculer notre conscience.
Il en a toujours été ainsi dans la Bible.
Mais de là à ce qu'une loi s'impose à dieu Lui-même dans le Nom de Jésus, il y a pour un juif un pas difficile à franchir.
D'autant plus que les juifs ont voulu se préserver après la destruction du second temple en laissant forger par les pharisiens ce qu'ils appellent eux-mêmes une orthopraxie, c'est-à-dire moins une morale qu'une pratique qui exige à peine la foi, une éthique au sens strict, les juifs se percevant même dans le monde comme garants de cette éthique.
Jésus a eu pour ambition d'accomplir la loi, d'une manière dont les juifs estiment en général que le mode de production de cet accomplissement législatif est une paradocie, une opinion à côté de celle des sages, qui voudraient s'imposer contre la coutume que la loi est fixée par un chorum de dix sages au moins, comme la prière doit être portée par dix orants au moins.
Mais nous autres, chrétiens, sommes plus ambiguës: tandis que nous prétendons être sauvés par le Nom de Jésus, nous disons sans tout à fait l'avouer que ce Nom a pour nous Force de loi, dans la mesure où nous voulons opposer à l'orthopraxie qui s'est établie après la destruction du second temple, une orthodoxie qui s'est développée peu à peu, sous l'impulsion des apôtres et de leurs successeurs.
Pourquoi cette orthodoxie peut-elle passer pour une loi ambiguë? Ce n'est pas seulement à cause de l'allergie qu'auraient les juifs à l'égard de tout contenu de foi trop explicite; c'est parce que notre orthodoxie, à la fois déclare que le salut est l'attribut divin principal, puisqu'il est porté par le Nom de Jésus, Vrai Dieu et vrai Homme; elle place ce salut dans le Nom d'un Fils d'homme élevé au rang de fils de dieu; mais ensuite, elle ne se limite pas à situer la satisfaction de notre attitude religieuse dans une relation vivante à celui qui porte ce Nom de Salut; elle subordonne cette relation à un contenu de foi, ce qui pourrait encore être acceptable; mais elle mêle cette foi de morale, ce qui revient à introduire une troisième loi après celle du deutéronome.
Est-ce que les désastres de la guerre d'une part, et la déréliction de notre orthodoxie d'autre part, sous l'effet de la désanathématisation opérée par le Concile Vatican II, par émolience naturelle, mais sens surnaturel de cette primauté du relationnel fidéiste sur le doctrinolégal, ne seraient pas en mesure, si nous les comprenions mieux dans leur caractère significatif, plutôt que de nous faire renoncer à prier et à oeuvrer pourla conversion des juifs, de nous aider à mieux recentrer cette conversion dans l'originalité du christianisme, qui est la substitution d'une Foi à une loi; et par la foi, il faut entendre une relation vivante et confiante en un dieu Personnel qui nous a donné Son Nom et Que nous devons essayer de suivre au jour le jour?
N'est-ce pas en réaffirmant et en vivant cette originalité du christianisme plutôt qu'en nous déclarant judéo-chrétiens avec une continuité généalogique trop uniformément marquée, que nous pourrons permettre aux juifs de devenir judéo-chrétiens, comme cela s'est passé dans les premiers siècles de l'ère chrétienne?
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