Cher scrutator, par le torrentiel 2011-10-24 08:55:12 |
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Comme d'habitude, vos messages sont si riches qu'on n'y saurait apporter que des commentaires partiels, qui paraissent bien pauvres en regard du contenu de ce que vous portez à notre réflexion.
Tout de même, je vais essayer de relever quelques points:
Vous regrettez que le commentaire de ces deux journalistes et que l'esprit d'Assise pris dans sa globalité soit plus bienveillant que vigiilant. Or "la bienveillance" et "la confiance dans les autres" sont des fruits de l'esprit. La vigilance est un devoir qui va de paire avec la prière. Il faut être vigilants à prier avec persévérance et prier dans la vigilance. Mais il faut exercer sa vigilance dans la bienveillance et prier dans le souffle de l'esprit, Qui est le premier à prier en nous et qui produit la bienveillance et un regard a priori positif sur la personne humaine de nos frères et prochains, tout en nous aidant à discerner leurs intentions et les nôtres.
Vous regrettez aussi que "- la primauté de l'intention relationnelle relative et subjective" l'emporte "sur la position intellectuelle normative et objective." Tout d'abord, cher ami (l'apostrophe n'est pas seulement rhétorique), pardonnez-moi de relever un pléonasme: "l'intention relationnelle" est forcément "relative". D'autre part, une position intellectuelle normative et objective ne saurait s'imposer sans une relation subjective sauf à ce que nous devenions de purs cerveaux ou des êtres purement cérébraux. La cérébralité des traditionalistes est un travers qui est régulièrement pointé chez eux, et quelquefois par eux-mêmes. Cette affaire de la relation surplombant la position comme la vigilance est subordonnée à la bienveillance, va très loin. Nous, croyants en la sainte trinité, c'est-à-dire en une relation existant au sein de l'absolu, pouvons être conduits à conclure qu'il y a du relatif dans l'absolu et que c'est cette relativité qui est garande de la totale objectivité de notre dieu. L'un des fruits les plus précieux que j'ai tirés de mon propre dialogue avec mon interlocuteur musulman, qui ne s'embarasse pas de n'être pas radical, est cette explication qu'il m'a donnée, suivant laquelle, en islam, l'homme considère comme une quête inconsidérée, même impie, de vouloir atteindre l'absolu. Seul est ouvert à la condition humaine l'espace du merveilleux, qu'il définit comme le dixième de l'absolu. Je ne sais pas comment il arrive à ce quanta poétique. Mais, associationniste pour nombre de musulmans qui définissent la croyance en la Trinité comme la manifestation la plus flagrante de l'associationnisme négateur de l'Unité divine, croyant en un dieu trine, je puis confirmer mon interlocuteur musulman que, sans avoir l'ambition d'atteindre l'absolu par moi-même, j'ai un contact merveilleux avec le dieu absolu Qui Est relation en lui-même et S'est fait relation à moi.
Venons-en à un autre point que vous soulevez: la crispation du traditionalisme face au dégagement du journaliste qui a les deux pieds dans l'eglise telle qu'elle se meut dans l'univers mental contemporain. Quoi d'étonnant à ce contraste, puisqu'assise IV obéit à la même intention que le premier assise, quoi que les traditionalistes puissent en ergoter à loisir! Jean-Paul II n'a cessé, dès 1986, de répondre aux préventions des traditionalistes contre la première réunion d'assise que son initiative ne consistait pas en un acte syncrétique de prière, mais en un moment de prière commune à l'intention de la paix dans le monde et entre les hommes et les peuples. On a moqué sa fameuse distinction:
"Nous ne sommes pas là pour prier ensemble, mais afin d'être ensemble pour prier."
Qui sait si, au tréfond du coeur pastoral de Jean-Paul II, il n'y avait pas le pari fou fait dans la prière de faire ce que tenta le prophète eli quand il mit au défi les adorateurs de baal:
"voyons qui, de vos dieux que je réprouve comme faux ou du mien que j'atteste comme vrai, exhaucera nos prières et allumera ce feu."
Qui sait si Jean-Paul II n'espérait pas un miracle pareil à celui qui réduisit les adorateurs de baal au silence et, selon les moeurs du temps, à être brûlés dans le feu qu'il n'avait pas su allumer. Certes, Jean-Paul II n'invita pas les autorités religieuses à cette réunion d'assise avec ce ton impérieux et de défi. C'est que le ton de défi ne convient plus à l'expression contemporaine. On peut évidemment trouver cette hypothèse époustoufflante de naïveté bisounoursesque, puisque ce terme est en vogue ici, bien que je n'aime pas ce genre de qualificatif qui caricature la pensée de quelqu'un qui essaie de professer une opinion contraire à celle de la majorité des liseurs. Mais qu'on me laisse à mon tour m'étonner que la vigilance des traditionalistes n'a toujours envisagé la rencontre d'assise que comme un sacrilège idolâtrique et que la bienveillance des mêmes n'a jamais parié pour une intention de prière du souverain pontife visant à provoquer un miracle prophétique, qu'ils ont peut-être contribué à ne pas permettre d'arriver par leur manque de foi et leur défiance dans les réponses de l'Esprit-saint, Qui assiste le vicaire du Christ, à ses initiatives!
Mais je sens que je me laisse emporté par mon lyrisme et je reviens à des remarques plus terre à terre.
J'ai, il y a deux jours, un peu brocardé les prêtres de l'IBP pour le grand écart un peu crispé qu'ils semblent faire en approuvant cette assise-ci, entre autres parce qu'ils bénéficient aujourd'hui d'une position canonique, mais pas seulement, faisons à leur intelligence et à leur analyse de la convenance des lieux et des temps le crédit bienveillant de la sincérité et de la recherche de la pertinence de l'analyse. Toutefois, leur approbation d'assise reste crispée et ambivalente puisqu'ils veulent le détourner, au contraire de la position de la FSSPX qui, pour vouloir le réparer avant que l'acte ne soit commis (puisqu'il est délictueux à leurs yeux), est sans doute moins conciliante (sic), mais aussi plus cohérente. Plus cohérente, bien que pertinente à la veille d'être en capacité de signer un accord. Mais on peut concevoir que la congruence de ces deux impératifs pose un cas de conscience à la FSSPX.
Or, pour être juste, il faudrait étendre l'accusation de crispation vis-à-vis d'assise, que j'ai dressée contre la casuistique de détournement de l'IBP, que vous-même dressez contre l'expression coincée et grimaçante du journaliste traditionaliste, Monsieur Christophe Geffroy, à l'attitude, de vénération filiale, du pape régnant en personne, qui semble prendre toutes sortes de précautions pour entourer cette initiative d'assise et le fait de s'y rendre en personne alors que, non seulement il n'a pas transformé les objectifs de cette rencontre, tout au plus en a-t-il modifié quelques modalités, mais il lui était loisible de faire litière de cette commémoration et de s'expliquer sur ses réticences à ce sujet.
Mais vous avez raison, l'ambivalence est un des traits les plus saillants de l'époque contemporaine. Freud a érigé cette ambivalence en principe normatif, dans la mesure où il a relativement démontré que tous nos actes n'obéissaient jamais à une seule intention, mais toujours à des intentions mêlées et le plus souvent contradictoires. Proust a même fait, à mon sens, de la phénoménologie des intentions contradictoires de nos actes plurifaciaux, le motif principal de sa "recherche". Si bien que, dans nos péchés par action, mais même dans nos actions apparemment les plus irréprochables, il faut tenir compte que les intentions y sont mêlées comme l'ivraie et le bon grain. Il n'y a pas qu'Assise qui soit dans ce cas de figure, ni que notre époque qui soit dans ce mélange de motivations. La singularité de notre époque, son péché sans doute, est d'avoir mis l'ambivalence sur la table, comme le premier moteur visible quoiqu'inconscient de nos actions, pour à la fois nous rendre anomiques, abouliques, psychasténiques, dépressifs, incapables du moindre choix, et se repaître avec complaisance de cette ambivalence et duplicité.
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