se rendre accessible à celui que l'on veuttoucher par le torrentiel 2011-07-30 02:53:33 |
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Cher vianey,
Il ressort de votre message qu'après avoir décrit les efforts des politiques et des religieux pour aider les peuples à se rapprocher, ce que vous permettez aux politiques, vous le prohibez aux religieux.
Je commencerai par relever une contradiction interne à ce que je suppose, peut-être hâtivement, être votre pensée par ailleurs: l'union (dans la distinction) du temporel et du spirituel.
Vous raisonnez comme si le politique pouvait, en autonomie du religieux, afranchi de lui, relégué de fait dans la sphère privée, tendre à réaliser la paix entre les peuples sans convoquer ce qui fait l'âme des peuples: leur appartenance, leur identité religieuse, qui les imprègne, quand bien même ce ne serait que culturellement.
Il reste beaucoup de christianisme, y compris dans l'Occident déclinant (pléonasme, puisque le soleil se couche à l'Ouest). Pour en prendre un exemple symbolique, bien que peu attrayant, parce que renvoyant à une entité (ou à une "personnalité juridique") controuvée, la même Union européenne, qui a refusé d'inscrire "les racines chrétiennes" dans le préambule de son "traité constitutionnel", puis du Traité de Lisbonne, s'est donnée un drapeau ou un emblème, qui n'est ni plus ni moins que la représentation de la très sainte vierge Marie, couronnée de douze étoiles.
En un mot comme en cent, les politiques ne peuvent tendre à réaliser la paix entre les peuples sans demander le concours, le secours des religions qu'il doit inviter au dialogue. Il y a loin de ce besoin qu'a le politique de l'appui des religions pour faire la paix à la nécessité d'Assise, acte unilatéral de l'eglise catholique, qui obéit à des intentions propres de cette sainte institution. Le politique pourrait très bien, à son initiative et dans des manifestations beaucoup moins spectaculaires, faire avancer les religions, convoquées au civil, dans une reconnaissance mutuelle.
Vous paraissez récuser tout dialogue interreligieux, tout en louant les autorités politiques de tendre vers la paix. Je prétends, moi, que ce dialogue est nécessaire. En mettant assise entre parenthèses pour ne pas nous prononcer sur cette réunion sur cette base de discussion, une chose demeure, dont j'ai prononcé le mot à la fin du dernier paragraphe: c'est que le dialogue nécessite la reconnaissance.
Ce n'est pas qu'il ne puisse exister un "dialogue mystique" qui puisse se fixer pour but d'emporter la conviction de l'interlocuteur. L'oecuménisme théorisé a beau ne plus afficher cette finalité, il n'est pas en son pouvoir qu'elle ne soit plus la sienne. L'homme cherche toujours inconsciemment, même sur un plan naturel, à avoir raison et à emporter la conviction. Du moins ne peut-il être accessible à son adversaire qu'à condition de commencer par le reconnaître, de respecter la règle d'or, qui est de le prendre pour ce qu'il se donne. Si vous commencez par lui dire qu'il a tort, qu'il est dans l'erreur sans lui marquer votre estime pour lui et votre respect pour ses croyances, vous vous lancerez dans un dialogue de sourds, car il vous répondra qu'il en a autant à votre endroit, et l'on ne pourra faire autrement que de fermer le ban.
La vraie question a été posée par Scrutator: l'eglise ne peut s'inventer une takîyah (excusez l'orthographe approximative). Elle ne doit pas faire semblant d'avoir renoncé à tout prosélytisme. Elle ne doit pas tant le feindre qu'elle ne finisse par le croire. Elle ne doit pas avancer masquée. De même que la reconnaissance de l'autre est nécessaire pour pouvoir l'atteindre dans un dialogue, de même on n'ira pas très loin si l'on ne s'y présente pas en étant vrai, dans son être comme dans son intention.
Il me semble que les préalables du dialogue interreligieux sont les mêmes que ceux qu'il faut avancer pour aider quelqu'un à se convertir en prêchant d'exemple: le reconnaître pour ce qu'il est; comprendre l'arrière-plan psychologique qui le pousse à pécher; cela posé, dénoncer ce péché; chercher une parade psychologique pour que l'autre puisse ne plus le commettre; mais d'entrée, dire qui l'on est et à quoi on veut en venir. Sans quoi, au bout du chemin, l'autre pourra se détourner de nous en nous disant que nous l'avons trompé sur la destination.
Bien à vous
Le torrentiel qui n'avance pas masqué
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