Plutôt que d'en appeler au Syllabus ou à la série de ces textes théoriques jamais appliqués, la critique pourrait se concentrer sur l'explicitation des différences de sens (le catholique post-Vatican II, le laïque) que cache l'emploi d'un lexique commun. (Luc Perrin)
L’enseignement rappelé par le Syllabus est celui de l’Église depuis qu’elle a été amenée à se prononcer sur ces questions : il n’y a aucune différence de
doctrine entre saint Grégoire le Grand et Pie IX.
“Textes théoriques jamais appliqués” ? Cette doctrine a été d’application pendant tout le Moyen Âge et même après. C’est d’ailleurs ce que les ennemis de l’Église lui reprochent (“intolérance”, “inquisition”...). Ce qui a seulement changé ces derniers siècles, du moins jusqu’à Vatican II, ce n’est pas la doctrine de l’Église, c’est la coopération des pouvoirs temporels à la mise en pratique de cette doctrine.
Quant à “l’explicitation des différences de sens”, elle paraît d’autant plus illusoire que l’exemple vient d’en haut : c’est Benoît XVI lui-même qui reconnaît que “la liberté religieuse et sa pratique” constituent de “
vraies conquêtes des Lumières”. Conquêtes (théoriques et pratiques) auxquelles se sont opposés tous les papes de cette époque, autrement dit l’Église, puisque “c’est un dogme de foi que l’Eglise jouit de l’infaillibilité dans la dénonciation des erreurs” (Tanquerey,
Théologie dogmatique, 1949, p. 634).
Naturellement, Benoît XVI désapprouve le matérialisme et le relativisme, “principes laïcs associés aux Lumières”. Mais ces principes, Lamennais les désapprouvait aussi, et ça ne l’a pas empêché d’être condamné et de mourir sans sacrements ! Signe indubitable que le désaccord portait bien sur le
principe de la liberté religieuse. La différence est que ce principe opposait alors le pape et les libéraux, et qu’il oppose à présent Benoît XVI et les anti-libéraux...
V.