Réponse par Sopotec 2026-07-16 20:01:35 |
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D'autres plus haut ont répondu sur le fait que la doctrine sociale de l'Eglise n'avait pas été créée ex nihilo au XIXème s mais s'appuyait sur des auteurs anciens et notamment sur Saint Thomas d'Aquin qui a de longs développements sur le juste prix par exemple. Je ne m'étendrai donc pas sur la question.
La question est complexe, la société de Saint Thomas n'a plus rien à voir avec la nôtre mais il est faux de dire que l'Eglise s'est préoccupée des questions sociales uniquement à partir de Rerum Novarum.
Le débat que vous posez n'est pas nouveau et a eu lieu dès le XIXème siècle. Quand vous écrivez :
"Mais il y a une différence considérable entre :
d'une part, rappeler les exigences morales découlant de la loi naturelle et de la Révélation — la justice, la charité, le respect de la personne humaine — et d'autre part, construire un système prétendant déduire de l'Évangile des positions précises sur l'organisation économique, les rapports de production, la fiscalité, l'immigration ou l'écologie.
Le premier relève incontestablement de la mission de l'Église. Le second constitue une aventure dans un domaine où l'Église n'a pas de compétence propre, et où elle s'expose à confondre l'Évangile avec l'idéologie du moment."
Les catholiques libéraux du XIXème disaient déjà la même chose et des débats très vifs les ont opposés aux catholiques sociaux. Le livre d'Antoine Murat, la Tour du Pin en son temps, y consacre un chapitre entier. Pour faire simple, les libéraux s'appuyaient uniquement sur l'exigence morale individuelle de la charité pour réfuter toute prétention à une organisation sociale quelconque, quand les catholiques sociaux affirmaient que l'exigence de la vertu de justice devait être également mise en œuvre en complément.
On peut y trouver cette citation révélatrice d'un représentant des catholiques libéraux, Gustave Théry, au congrès des œuvres sociales de Liège en 1980 : « Le juste salaire, c’est le salaire qui est conforme à l’usage des lieux et quand vous, patron, vous avez payé le salaire qui est conforme à l’usage des lieux, vous êtes quittes… Mais me direz vous, avec le juste salaire, on meurt de faim ! C’est possible. Comme Dieu ne fait jamais mal les choses, il n’avait pas besoin de faire la justice plus complète, parce qu’il créait la charité qui venait compléter la justice ».
Je peux comprendre que le libéralisme économique exerce un attrait dans la mesure ou il entraine un développement économique rapide (souvent au détriment du développement moral, mais c'est une autre question). Par ailleurs, la France vit dans un système socialiste depuis plusieurs décennies, socialisme qui tend au fur et à mesure à se rapprocher de la défunte économie de l'URSS, et bien des objections des libéraux sont percutantes.
Néanmoins, cette question a bel et bien été tranchée par Rerum Novarum. Et les patrons sociaux ont mis en œuvre beaucoup d'innovations sociales, à commencer par le principe des mutuelles, des compléments de salaires en fonction du nombre d'enfant, etc. Le souci est que beaucoup de ces innovations qui se pratiquaient à l'échelle de branche professionnelle ou de région ont été purement "nationalisées" par l'état qui en a fait des usines à gaz socialistes très dispendieuses.
En ce qui concerne Rerum Novarum, si la formulation est très XIXème siècle, il n'empêche que les principes restent d'actualité. A nous de les actualiser et de concilier au mieux justice et charité dans nos organisation respectives.
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