Sermons de la Sexagésime par DumVolviturOrbis 2026-02-08 22:57:05 |
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En regardant mon flux Youtube, je m'aperçois qu'aujourd'hui beaucoup de fidèles de la FSSPX n'auront pas eu le droit à un sermon sur les textes de la sexagésime :
« Frères, vous supportez volontiers les insensés, étant vous-mêmes sages. » et « Ce qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui, après avoir entendu la parole, la gardent dans un cœur bon et droit et portent du fruit par la patience. »
Nous sommes souvent très prompts pour dénoncer les homélies scandaleuses de l’« Église conciliaire », mais y a-t-il quelqu’un pour dénoncer le dévoiement des sermons en tribunes polémiques, sans aucun fond spirituel ?
Voici une petite compilation de ce qui a été dit aujourd’hui en chaire, et qui est soit théologiquement faux, soit gravement trompeur pour les fidèles. Et je m'en tiens uniquement au fond. Je ne m'arrêterai pas sur la forme, notamment sur celle du sermon de l'abbé de Lacoste (favori numéro 1 pour l'épiscopat d'ailleurs) qui dresse une litanie ridicule de caricatures et qui fait une mauvaise parabole en prenant ses auditeurs pour des gamins. Mais passons...
Dans le sermon de l’abbé de Lacoste, celui-ci affirme tranquillement :
« Si dans ce sacre sans l’autorisation du pape on prétend donner aux nouveaux évêques un pouvoir de gouvernement, de juridiction, alors oui, c’est schismatique, parce que seul le pape a le pouvoir de donner la juridiction à des évêques. »
Autrement dit, la consécration elle-même ne poserait pas problème, seule la juridiction rendrait l’acte schismatique. Or le droit de l’Église dit exactement l’inverse. Le Code de droit canonique est formel : « Aucun évêque ne peut consacrer validement quelqu’un évêque sans qu’il soit d’abord constaté qu’il y a un mandat pontifical » (can. 1013). Et il définit le schisme comme « le refus de la soumission au Pontife romain ou de la communion avec les membres de l’Église qui lui sont soumis » (can. 751). Jean-Paul II, à propos des sacres de 1988, parlait sans détour de « la racine d’un acte schismatique » (Ecclesia Dei, 2 juillet 1988). L’Église n’a jamais dit : “ce n’est schismatique que si l’on ajoute une juridiction”, mais bien que l’acte public de consécration contre la volonté du pape constitue en lui-même une rupture de communion.
Dans le sermon de l’abbé Puga, on entend encore :
« Même si elle se faisait sans mandat, cela ne viole pas une prérogative du pape de droit divin, c’est seulement une loi ecclésiastique. »
Comme si l’autorité du pape en matière de consécrations relevait d’un simple règlement secondaire que l’on pourrait relativiser au nom des circonstances. Or le concile Vatican II rappelle explicitement que le Pontife romain possède « un pouvoir plénier, suprême et universel sur l’Église » qu’il peut toujours exercer librement (Lumen gentium, n°22). Ce n’est pas une commodité administrative, mais l’expression même de la primauté voulue par le Christ. Et le même Code de droit canonique rattache directement le refus de cette autorité à la notion de schisme (can. 751). Présenter le mandat pontifical comme une simple formalité “non divine” revient à vider la primauté de sa substance.
Le même sermon invoque ensuite l’« esprit de la loi » et l’« état de nécessité » pour neutraliser la désobéissance :
« Ce serait certes une violation du droit ecclésiastique, mais pas de l’esprit de la loi, parce qu’en cas de nécessité c’est le salut des âmes qui prime. »
Sauf que le droit de l’Église encadre précisément cette notion de nécessité. Il précise que l’exemption de responsabilité ne s’applique pas lorsque l’acte « est intrinsèquement mauvais ou porte préjudice aux âmes » (can. 1323). Et il ajoute que, même quand la nécessité est reconnue, elle peut au plus atténuer une peine, non rendre l’acte juste (can. 1324). Quant à la fameuse maxime « le salut des âmes est la loi suprême », elle se trouve dans le dernier canon du Code (can. 1752) comme principe d’équité dans l’application du droit, non comme un permis général de passer outre l’autorité du pape. L’Église elle-même, en 1988, a jugé que ces sacres portaient atteinte à la communion ecclésiale malgré toutes les justifications invoquées (Ecclesia Dei).
Dans le sermon de l’abbé Gleize, on pose ensuite comme allant de soi :
« Cette démarche va intervenir contre la volonté de Rome, contre la volonté du pape (…) si nous agissons ainsi, c’est parce que Rome a changé (…) c’est un état de nécessité créé par la défaillance de l’autorité suprême. »
Autrement dit, l’autorité romaine serait devenue défaillante au point qu’il faudrait désormais agir structurellement contre elle. Or toute l’ecclésiologie catholique affirme exactement l’inverse. Vatican II enseigne que le pape est le principe visible d’unité de l’Église et que le collège des évêques n’a aucune autorité sans sa tête (Lumen gentium, n°22). Le Code de droit canonique définit le schisme précisément comme le refus de cette soumission au Pontife romain (can. 751). Et Jean-Paul II expliquait déjà que la justification des sacres de 1988 reposait sur une conception erronée de la Tradition rompant avec la communion ecclésiale (Ecclesia Dei). Faire de « Rome a changé » une prémisse doctrinale n’est pas une démonstration théologique, c’est une ecclésiologie de rupture.
Dans ce même sermon, l'abbé Gleizé caricature encore le magistère en laissant entendre qu’il se réduirait à un concile, pour mieux en relativiser l’autorité :
« On en est revenu à cette idée que le magistère, c’est le Concile. »
Le Concile VII est un acte majeur du magistère, mais le magistère ne se réduit pas à lui. Transformer cela en slogan sert surtout à justifier une résistance globale à l’autorité enseignante de l’Église.
Enfin, dans le sermon de l’abbé Frament, on invalide pratiquement un concile en invoquant une lecture simpliste de l’Évangile :
« On juge l’arbre à ses fruits. Si les fruits sont mauvais, l’arbre est mauvais. C’est vrai aussi pour le concile. »
Cette méthode confond la réception historique, toujours mêlée d’abus et de crises, avec l’autorité doctrinale d’un concile. Toujours les mêmes raccourcis simplistes.
Je m'arrête là. Il y aurait certainement tellement d'autres points à décrypter...
Et l’on en arrive ainsi, sermon après sermon, à fabriquer une crise totale où l’autorité romaine serait déficiente, le droit ecclésiastique contournable, la primauté pontificale relativisée, et où des actes publics de rupture deviennent non seulement permis, mais présentés comme nécessaires. Et pendant ce temps on ne prêche plus sur les textes du dimanche. Ça promet pour l'entrée en Carême !
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