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sujet complexe s'il en est ...
par Cristo 2025-08-06 12:27:08
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voyez ces deux positions (pour la première, on évacuera l'argument par la synodalité qui n'a pas de sens et qu'on voit devenir un mot-valise, mais le reste n'est pas inintéressant ; pour la seconde, on évacuera la partie autobiographique) :

Tribune
Abus dans l’Église, « certains actes paraissent désormais éternellement impardonnables »

Juliette Gaté
Maître de conférences en droit public, avocate au Barreau d’Aix-en-Provence
Publié le 4 août 2025

Alors que l’archevêque de Toulouse, Mgr Guy de Kerimel, a nommé comme chancelier un prêtre condamné en 2005 pour viol sur mineur, et ayant depuis purgé sa peine, provoquant de vifs débats au sein de l’Église, l’avocate Juliette Gaté estime qu’une réhabilitation devrait être possible.


La vie de foi est une vie en chemin. Un chemin de crête qui invite à une marche délicate, guidée par le seul murmure d’une brise légère. Aucun boulevard confortable, aucun cri sur une place publique n’est la marque de Dieu. L’esprit chrétien n’est pas l’esprit du monde. Son seul et unique commandement est l’amour. À chaque pas, un baptisé qui veut marcher dans la Lumière, doit s’interroger, humblement. Se garder des réponses toutes faites. Croire en la singularité de chaque être, de chaque situation. Et prendre le temps de la considérer.

Pour marcher longtemps et bien, les chrétiens sont invités à se dépouiller, de leurs certitudes notamment. À se connaître. À d’abord connaître leurs faiblesses pour accepter celles des autres. À ne pas s’alourdir de la rancœur, de la haine, de la colère. À pardonner pour gagner en liberté. À ne pas juger pour éviter de l’être. L’exigence est si grande que seule la grâce permet cette marche, à condition de la demander, de la désirer. Elle viendra, à son heure. Je l’attends.


Le cri de la foule
Voilà une partie essentielle de ce que je crois parce qu’il m’a semblé l’entendre dans les Évangiles. Voilà ce qui me semble inaudible dans les débats actuels sur les abus dans l’Église. Par un mouvement de balancier simpliste, on est passé d’une supposée miséricorde systématique, qui n’était rien d’autre qu’une loi du silence coupable, à une épuration drastique dans une quête de perfection illusoire.

Certains actes paraissent désormais éternellement impardonnables. On entend dire que quiconque a commis ce péché le portera toujours. On ne veut plus le voir. On ose penser qu’il n’est plus des nôtres. Qu’importe que la justice et le temps soient passés.

Mgr de Kerimel, pour avoir osé penser autrement en confiant une mission dans l’Église au père Spina, auteur d’un viol sur mineur il y a trente ans et condamné à de la prison à ce titre il y a vingt ans, scandalise. « Décidément non », crie la foule, l’auteur de ce crime n’est pas des nôtres. Et celui qui ose parler encore de miséricorde dans ces circonstances a perdu la raison, ajoute-t-elle. Et pourtant.

« Indéfectiblement liés les uns aux autres »
Les chrétiens sont uniques et un. Ils se savent chacun appartenir à un même corps, celui de l’humanité, et saint Paul nous rappelle bien que l’un aurait beau dire que tel homme n’est pas de ce corps parce qu’il n’aime pas ce qu’il est ou ce qu’il fait, qu’il se leurrerait. Nous sommes indéfectiblement liés les uns aux autres. Dans la joie et dans la peine.

À chaque fois qu’un chrétien communie, il croit et accepte de manger le corps du Christ et ce corps comprend tous les hommes, ceux de bonne et ceux de mauvaise volonté. Le tri entre le bon grain et l’ivraie sera fait au Jugement dernier. Nul n’est capable de lire dans les âmes. Et nous savons et croyons que les âmes changent, évoluent, se convertissent.

La justice des hommes est inspirée, en France, aujourd’hui encore, de ces principes. Dans les tribunaux de l’État, chaque jour, on juge, on punit mais on est conscients que ces décisions sont faillibles et que la vérité d’un moment n’est pas la vérité de toujours. On croit à l’amendement des auteurs d’infraction, à la vertu des peines, pour les coupables comme pour les victimes. C’est cette certitude sur laquelle s’érige notamment l’abolition de la peine de mort ou la prescription.

Ce sont ces idées qui gouvernent tout le travail perpétuellement entrepris sur le sens de la peine ou sur la justice restaurative. L’homme de justice, même dénué de foi, croit qu’il faut garder l’espérance vive, que la vie passe par là. Les punitions perpétuelles prétendent figer une situation qui, en réalité, comme l’eau d’Héraclite, n’est plus tout à fait la même et pétrifient les personnes, victimes et coupables, en les réduisant à ces statuts. Alors qu’en traversant, en demeurant en mouvement, en se rencontrant, elles découvrent qu’elles sont bien plus grandes que cela.

Dans de nombreux pays, plus que jamais, les juristes réfléchissent à savoir comment on peut passer de la justice au pardon (1). Ils ont de plus en plus conscience que leur mission ne sera aboutie que si elle permet d’aller jusque-là. La justice des hommes elle-même n’envisage pas la peine sans envisager la réparation et la réinsertion (2). « Toute peine a une fin. Plus encore seule l’existence d’un terme lui donne sa finalité », écrit Denis Salas, juge et essayiste (3). Robert Badinter disait qu’utiliser contre les terroristes la peine de mort, c’est pour une démocratie faire sienne les valeurs de ces derniers.

Retrouver la vie
C’est la passion et la peur triomphant de la raison et de l’humanité. Alors comment peut-on, dans l’Église, si aisément condamner ad vitam aeternam ? Comment peut-on sans complexe et sans connaître, hurler en chœur qu’il est inconcevable d’offrir de nouveau une place à un homme, un prêtre, qui a commis des actes atroces mais qui a aussi purgé une peine, vieilli, peut-être changé ?

Le chemin de la Vie est un chemin d’une grande délicatesse, un murmure. La délicatesse n’est jamais le propre des pensées massues et de masse. Certains ont pourtant dit qu’il fallait écouter les catholiques crier leur refus de réintégrer ces hommes-là car ils exprimaient le sensus fidei. Une seule opinion de tous les catholiques n’existe pas. Le faire croire est du populisme. Ce n’est pas la synodalité.

Le sensus fidei est la somme merveilleuse et surnaturelle des pensées uniques de chaque fidèle, pas une pensée unique. Je ne me reconnais pas dans ceux qui condamnent quiconque à la mort sociale. Ce n’est pas ce que je crois entendre l’Esprit me souffler.

Il y a un millier d’années, François d’Assise écrivait : Aimer vraiment son ennemi, c’est d’abord ne pas s’affliger des torts qu’on a subis soi-même ; c’est ressentir douloureusement, mais comme une offense à l’amour de Dieu, le péché que l’autre a commis ; et c’est prouver à ce dernier, par des actes, qu’on l’aime toujours. Face aux horreurs que l’homme commet parfois, moi baptisée et avocate, je crois qu’il est toujours possible de retrouver la vie. Dans l’assourdissant cri du monde, je fais silence et je tente de trouver, concentrée sur le bruit de la brise légère, le chemin étroit qui y conduit. Il passe par la justice, la peine et le pardon.

(1) La Justice pénale, aux frontières du pardon, dir. N Nayfeld, L. Jaffro, S. Lemaire, M. Bessone, Classiques Garnier, Bibliothèque de la pensée juridique, numéro 22, 2025.
(2) Article 130-1 du code pénal.
(3) La Volonté de punir, essai sur le populisme pénal, Hachette 2005.

https://www.la-croix.com/a-vif/abus-dans-l-eglise-certains-actes-paraissent-desormais-eternellement-impardonnables-20250804?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=NEWSLETTER__CRX_ESSENTIEL_SOIR_EDITO&utm_content=20250804


Tribune
Nomination d’un prêtre condamné pour pédocriminalité à Toulouse : « Cette décision n’est pas prudente »

Patrick C. Goujon
Jésuite, professeur de théologie spirituelle et dogmatique (Facultés Loyola Paris)
Publié le 11 juillet 2025

Théologien et lui-même victime dans son enfance de violences sexuelles de la part d’un prêtre, Patrick Goujon réagit après la promotion d’un prêtre condamné pour viol sur mineur à Toulouse. Une décision qu’il juge peu conforme au droit canonique, et qui ne manifeste pas la « prudence » qui doit être de mise dans de telles affaires.


Il y aurait beaucoup à dire sur le scandale qu’offre à beaucoup de catholiques et de Français la nomination par l’archevêque de Toulouse de son chancelier. Il est vrai qu’en général, ce genre de fonction n’attire pas la lumière, comme le note le communiqué de presse de l’archevêque en date du 10 juillet. C’est une tâche d’archives, écrit-il.

Le droit canonique en dit un peu plus sur les fonctions d’un chancelier, qui, s’il fait fonction d’archiviste, c’est au titre d’un rôle plus décisif dans la vie d’un diocèse. Un évêque préside un certain nombre de conseils diocésains, prend des décisions concernant les biens et les personnes de son diocèse, et cela va jusqu’aux décisions disciplinaires qu’il peut prendre, ainsi que les décisions en nullité de mariage, etc. De tous ces actes, le chancelier est le rédacteur, au sens où ce n’est pas en pratique à l’évêque de préparer tous les documents qui seront ensuite présentés à sa signature.

Le droit canonique précise encore que, si ces actes doivent avoir un effet juridique, ils doivent être signés non seulement de l’évêque mais « pour la validité, en même temps par le chancelier » (canon 474). Si la charge de chancelier est effectivement une tâche administrative, et peut ne pas être vue comme une promotion par l’archevêque de Toulouse, elle n’est pas subalterne, et touche à des matières sensibles. Pour toutes les décisions issues d’un procès, il revient au chancelier de les enregistrer et de les diffuser. Les enquêtes de la CIASE et de la police dans certaines affaires plus récentes ont montré l’usage des chancelleries de détruire les pièces concernant les prêtres pédophiles.

La réputation
Pour en rester aux arguments canoniques, que dit ensuite le communiqué de Toulouse ? Il veut répondre à la remarque qui a été porté à la connaissance de l’évêque par des chrétiens choqués de cette nomination, à propos du canon 483, alinéa 2 (On voit bien que les fidèles sont parfois solidement formés, et c’est heureux !) Lisons-le : « Le chancelier et les notaires doivent être de réputation intègre et au-dessus de tout soupçon ». Sans être juriste, on comprend aisément que l’on parle de la « réputation » de la personne qui doit être au-dessus de tout soupçon. Admettons avec le latin, qui seul fait foi canoniquement, qu’il s’agit d’être « integrae famae et omni suspicione maiores », intègre quant à la réputation et quant à des soupçons sur des affaires importantes. Il est bien noté qu’il s’agit de la réputation.

Autrement dit, on ne juge pas de la personne, mais de sa « fama », notion bien connue et des juristes et des latinistes. Varron, le célèbre magistrat et savant latin du 2e siècle, nous a appris que le mot latin « fama » dérive du verbe « fari », dire. La fama porte donc bien sur ce qui se dit à propos de quelqu’un. Fama fut aussi le nom d’une déesse, crainte et respectée car ses yeux et ses oreilles multiples la tenaient alertée de tout ce qui se passait. On en trouve encore aujourd’hui les statues munies d’une trompe, les fameuses « trompettes de la renommée ».

Quand le droit canon parle donc de la réputation, il ne cherche pas à établir la droiture morale de la personne ni à la requérir pour que puisse être occupée telle ou telle fonction dans un diocèse (ainsi des juges, de l’évêque, du clergé, en général, selon le canon 1029, sur lequel on reviendra pour finir). Que l’archevêque de Toulouse possède l’intime conviction que Monsieur l’Abbé Spina soit aujourd’hui un prêtre sûr et que sa situation de chancelier l’écarte des enfants n’est ici pas pertinent.

Pas une rumeur
Le droit canonique ne juge pas de la conscience (le fameux for interne), il statue sur les conditions publiques de l’exercice d’une fonction, discrète mais sensible. On m’objectera, comme le fait le communiqué de presse, qu’il y a des rumeurs. Elle est la voisine de la réputation par son côté sombre, l’infamie, de la même racine latine. Ici, il n’est pas question de rumeur : le jugement a été rendu, confirmé en appel, la peine purgée.

Si chacun est libre de penser que l’abbé Spina est sûr en réalité, personne ne peut dire publiquement qu’il ne l’est pas (cela pourrait constituer une diffamation, répréhensible en droit, comme dans l’Église, selon les canons 220 et 1390). En revanche, et c’est à ce genre de distinction que sert le droit, pour prendre des décisions éclairées, la réputation de Monsieur l’Abbé Spina n’est plus intègre, synonyme « intacte ».

Autrement dit, son casier judiciaire n’est pas vierge, et cela « pour des délits graves », comme le précise le droit canonique au cas où un clerc agresse un enfant. On peut donc conclure que l’argument central de défense du communiqué de presse n’est pas pertinent, qu’il confond le jugement d’estime moral sur la personne (matière délicate s’il en est) avec l’évaluation d’une réputation qui a été ternie (euphémisme) par la commission d’un acte grave. La sanction donnée et la peine accomplie ne rétablissent pas la réputation, au sens où celle-ci ne préjuge pas de l’avenir mais enregistre simplement ce qui a été. Il faudrait une amnistie pour que soit effacée la mémoire infamante, ce que n’est pas le pardon, et à quoi l’amnistie ne parvient jamais tout à fait (on le voit dans les réactions autour de l’Affaire Dreyfus encore aujourd’hui). Il faut donc ajouter aussi que la nomination du chancelier n’est pas valide, peut-être même n’est-elle pas licite, mais là il faudrait des canonistes pour m’éclairer.

Un témoignage
J’ajoute une note personnelle, que le lecteur me pardonnera. Il y a quarante ans, à Verdun, le prêtre qui m’a agressé à de multiples reprises, et qui a fait des centaines d’autres victimes, était archiviste du diocèse. À la fin des années 1970, cette décision de l’évêque d’alors de retirer de toute charge pastorale un prêtre dont la réputation de pédocriminel était déjà largement établie était un acte inhabituel. Comme me l’a dit lors de l’enquête canonique un prêtre du diocèse enquêteur : « on pensait que cela suffisait, qu’on l’avait à l’œil ! » Évidemment non, puisque ce prêtre pouvait encore venir célébrer et passer de temps en temps le dimanche dans des paroisses où ses confrères, en toute bonne foi, je peux vous l’assurer, le laissaient célébrer et se trouver seul avec des enfants dans la sacristie avant la messe.

La suite, j’en vis toujours les conséquences, ainsi que ceux qui ont survécu à ses agressions (près de 500, estime le juge d’instruction). Je conclus donc avec un dernier canon, le 1029, qui stipule que le jugement de l’évêque doit être « prudent ». Là encore, vous m’excuserez de renvoyer au latin comme à la tradition théologique thomiste la plus solide aide : la prudence est la vertu par laquelle on prend une décision en ayant établi les bons critères, selon la raison et l’Esprit. Il semble pour le moins que la décision de l’archevêque de Toulouse ne le soit guère, sans rien dire du contexte actuel de cette décision, circonstance dont un jugement prudent doit nécessairement tenir compte : l’abbé Spina était à Betharram quand trois autres prêtres agressaient tant d’enfants (200 victimes ont porté plainte auprès du procureur à l’heure actuelle). Je me demande vraiment par quelle magie l’archevêque de Toulouse peut être si assuré de la réputation de son clerc ?


https://www.la-croix.com/a-vif/nomination-d-un-pretre-condamne-pour-pedocriminalite-a-toulouse-cette-decision-nest-pas-prudente-20250711

     

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