Le sacrifice du Christ scandalise, c'est bon signe ! par Fenestri 2023-09-08 10:07:00 |
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Il est sain de lire des réactions comme celle de ce prêtre, puisque cela montre que le geste du Christ continue de scandaliser, preuve de sa radicalité et donc de sa nécessité.
Ensuite, comme d'habitude, les plus enclins à tout historiciser le fond uniquement quand ça les arrange...
Ainsi, le P. Pochon omet de souligner que la Cène a lieu lors de la Pâque juive, donc indissociable du sacrifice offert ce soir-là.
Il omet également de rappeler que le Christ parle bien de pain "donné" et de vin "versé" (Mt 22, 19-20).
Or l'on a du mal à penser que le Christ, qui parle souvent de manière performative (c'est-à-dire que le fait de prononcer la chose l'accomplit, comme "Va, ta foi t'a sauvé." (Mc 10, 52) dit à l'aveugle qui "aussitôt" retrouve la vue !) se mette, à quelques heures de la Croix, à adopter un discours allégorique. En vérité, le sacrifice de la Croix s'accomplit déjà en ce sens que le Christ donne sa vie librement en offrant le pain et le vin. On relèvera au passage que le Christ consacre séparément le pain et le vin, ce qui signifie qu'il sépare le corps et le sang. Or la séparation des deux symbolise bien la mort et même la souffrance, comme le montreront les tortures infligées au Christ...
Enfin, on peut rappeler que saint Paul, dans sa lettre aux Corinthiens, sermonnent vertement ceux à qui il s'adresse : " Donc, lorsque vous vous réunissez tous ensemble, ce n’est plus le repas du Seigneur que vous prenez ; en effet, chacun se précipite pour prendre son propre repas, et l’un reste affamé, tandis que l’autre a trop bu. N’avez-vous donc pas de maisons pour manger et pour boire ? Méprisez-vous l’Église de Dieu au point d’humilier ceux qui n’ont rien ? Que puis-je vous dire ? vous féliciter ? Non, pour cela je ne vous félicite pas !" (20-22). En creux, on relève l'extrême importance accordée par saint Paul à l'Eucharistie : loin d'être un simple repas entre amis qui se souviennent d'un grand homme, il s'agit véritablement de l'actualisation du sacrifice du Christ.
Saint Paul le dit clairement quatre versets plus loin : "Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne" (26).
Bref, il y aurait encore beaucoup à dire. Mais je rejoins totalement Luc Perrin : ça ne sert fondamentalement à rien d'argumenter ainsi, à vrai dire sans doute le P. Pochon serait-il d'accord avec moi ; mais la vraie question est qu'une frange encore vivace du clergé pense que les dogmes (pour dire ça rapidement) sont à durée déterminée. Donc à partir du moment où il est acté que la messe doit être séparée de son aspect sacrificiel, il faut se débrouiller pour faire rentrer le carré dans le triangle.
Pour finir, si la notion de sacrifice dans la messe vous intéresse, je vous recommande très chaudement l'excellent Méditations sur la Messe (éd. Via Romana) de l'abbé de Tanoüarn, érudit, accessible et touchant.
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