Ex-libris. « La Restauration française » d'Antoine Blanc de Saint-Bonnet par Vexilla Galliae 2022-10-08 16:50:15 |
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Antoine BLANC de SAINT-BONNET, La Restauration française, éd. Le Drapeau blanc, coll. « La Légitimité », 2022, 444 p.
On ne le connaît communément que de nom. Il est plus que jamais temps de le connaître en substance… Antoine Blanc de Saint-Bonnet, en bon royaliste, est un adversaire de la République dont l’essence est la démocratie, ce fruit de la Révolution, qui, matérialiste, se termine dans le socialisme. C’est tout ce que nous avons vu se dérouler sous nos yeux dans l’Histoire après qu’il eut écrit tout cela en 1848-1851 dans son maître ouvrage d’économie politique : La Restauration française. Mémoire adressé au clergé et à l’aristocratie.
Plein de lyrisme, Saint-Bonnet se posait d’emblée en adversaire de la modernité démocratique :
« La démocratie triomphe, et je viens combattre la démocratie. Les aristocraties sont repoussées, et je viens dire que ce sont elles qui ont créé les peuples ; les dogmes sont rejetés, et je viens dire que ce sont les dogmes qui ont créé les aristocraties et le capital, ces deux colonnes de toute Civilisation. L’industrie, le crédit, les banques, les emprunts, sont proclamés, et je viens dire qu’ils ruineront les peuples. Partout la fausse liberté et la Révolution s’annoncent, et je viens, avec ma conscience seule, combattre la Révolution ! »
« Les hommes, aujourd’hui, s’enfoncent dans une méprise qui est un océan d’erreurs. Ils s’imaginent que la Révolution apporte le bonheur au monde, tandis qu’elle est sur le point de le faire périr… En outre, pour fonder la civilisation nouvelle, ils comptent sur une liberté que la Révolution annonce, et cette liberté les conduit à la mort ! Car ce qu’ils nomment de la sorte, n’est point la liberté, mais leur orgueil… » (p. 429).
« Remarquerons-nous que la progression de toutes nos causes de décadence va en raison du progrès démocratique ? D’abord, par cette simple raison, que toute augmentation de fausse liberté n’est qu’une augmentation du mal » (p. 309).
« En détruisant les mœurs et l’autorité, elles [les classes qui ont épuisé les mœurs et retiré le respect au pouvoir] ont détruit du haut en bas la Société. Car la Société n’est pas les individus, mais le ciment qui les unit » (p. 171).
« Ce qu’on a pris pour la Démocratie, n’est que l’explosion universelle de l’orgueil » (p. 147).
« L’Anarchie consiste précisément à donner à la liberté la même autorité qu’à la [vraie] loi ou qu’à Dieu. C’est là toute l’erreur de l’époque ! » (p. 245).
« Rien n’est moins un, rien n’est moins sage et rien n’est moins responsable qu’une Assemblée : rien ne l’est plus, au fond, qu’un Roi. Il est déjà assez difficile de gouverner, sans y apporter encore des obstacles. Les peuples ont raison d’avoir confiance en un Roi qui choisit son conseil ; non en une réunion d’avocats, qui pensent moins à gouverner qu’à contenter leur ambition personnelle. Au bout de tout principe, il faut arriver au fait, et le fait, on vient de l’énoncer » (p. 248).
« Chez nous, les parlements sont la Révolution en permanence… Et, sous ce régime d’impuissance, les lois usent d’autant plus d’arbitraire sur les individus que les mœurs et les traditions ne les mettent plus à l’abri. Il n’y a eu de tyrannie positive que sous le gouvernement parlementaire.
Depuis un demi-siècle, les familles, les mœurs, l’agriculture, n’ont connu quelques libertés réelles que sous les gouvernements absolus déclarés. Elles ont été, depuis ce temps, froissées, asservies et sacrifiées par tous les gouvernements prétendus libres fondés par le libéralisme ou la Révolution.
Un gouvernement fort n’est tel que contre les partis, il peut rester d’autant plus doux à l’égard des particuliers. Absolu contre le mal, contre toute atteinte à la souveraineté, il ne conserve que plus de justice pour tout ce qui concourt avec lui au bien et à la paix.
Aucun Français, assurément, ne désire un gouvernement absolu, car c’est une humiliation en même temps qu’une suprême ressource. Mais ce qu’un Français redoute plus encore, c’est de revoir le despotisme détrempé d’impostures auquel depuis 1830 il a été soumis. Le gouvernement parlementaire n’a été chez nous que la tyrannie des classes moyennes, réduisant la nation au niveau de leurs idées et de leurs sentiments. Un tel gouvernement a fait dégénérer la France sans ombre de compensation » (p. 411).
« Le XVIIIe siècle a rendu impossible l’avènement de la démocratie réelle et légitime [par l’accroissement des vertus et la christianisation progressifs de tous]. Celle qu’on veut produire artificiellement par des lois, ramènera les nations au point où la civilisation les a prises, et d’où elle les a soulevées à si grand-peine par la force des aristocraties. – Certes, on ne défend pas ces dernières dans leurs torts, on ne fait au contraire que les blâmer. Mais la démocratie serait la destruction finale » (p. 310).
« L’Europe, la moins fertile des quatre parties du monde, porte une richesse qui vaut plusieurs fois la richesse des autres. Que le christianisme cesse d’y prêcher le travail et la modération dans les jouissances [que les démocrates exacerbent], vous saurez ce qui restera ! » (p. 345).
« Pour le moment, il n’y a rien de mieux à faire, si vous vous obstinez dans un pouvoir issu de la Révolution, que de contenir le plus que vous pourrez la liberté des foules, et d’appuyer aussi le plus que vous pourrez la liberté de ceux qui font le bien. Il est une puissance qui a plus de force que les gouvernements ; seulement, il faut prendre la peine de l’exercer : c’est l’Exemple » (p. 378).
« Pour juger de la République, voyez quels sont ceux qui la veulent, et quels sont ceux qui la redoutent. Si parmi ceux qui la demandent, se trouvent les ambitieux, les déclassés, les fanatiques, les rêveurs, puis les hommes de sang, c’est qu’ils l’estiment propre à remplir leurs desseins… » (p. 381).
« Quand la canaille crie : Vive la République ! la question est jugée. On n’aurait pour preuve de l’excellence de la Royauté que la préférence témoignée par les justes et les âmes en paix, qu’il n’en faudrait pas chercher d’autre » (p. 381).
« Le Roi est celui qui maintient et qui personnifie la loi. Le mot rex n’est que la contraction des deux mots regere et lex. Le Roi est la vivante loi. On a cru qu’une Assemblée posséderait plus d’esprit. La plupart du temps, c’est l’esprit qui perd les nations : c’est une volonté droite qu’il leur faut ! » (p. 383).
« La doctrine qui croyait la loi le résultat de la volonté générale, a été une réaction contre la doctrine qui croyait la loi le résultat de la volonté d’un homme [c’est le faux droit divin des protestants]. Et celle-ci, que l’on rencontre à l’origine des peuples païens, est elle-même une réaction contre l’anarchie de l’état barbare » (p. 392).
« Comme jamais on ne pourrait accroître l’autorité, au point d’écarter tout le mal, ni diminuer la liberté au point de ne tolérer que le bien ; comme dès lors il y aura à la fois dans toute Constitution écrite et trop d’autorité et trop de liberté, en même temps que pas assez de l’une et de l’autre, la solution se trouve toute dans la pratique, ou dans la marche historique des peuples. Cette solution est la seule que la Société dans sa sagesse ait pu saisir depuis l’origine des choses. La pratique consiste à maintenir l’autorité dans les mains paternelles que Dieu ménage à chaque peuple, en lui choisissant une race royale qui, prise dans le sein de ce peuple, en partage les destinées » (p. 432).
« Dieu ne désigne pas toujours le souverain, mais il communique son autorité, c’est-à-dire le Droit divin, à celui qui possède légitimement le pouvoir. Il est vrai que la manière légale de le posséder, ainsi que sa forme, varie selon les lieux. Mais celui qui a créé ou conservé une nation, a évidemment sur elle un droit que n’ont pas ceux qui n’eussent jamais reçu le jour sans lui.
Tel est le Droit historique et sa profonde légitimité » (p. 391).
« Le souverain, c’est-à-dire celui qui exerce la souveraineté, est légitime lorsqu’il possède le Pouvoir de droit et qu’il est conforme à la loi. Si le pouvoir n’est pas légitime, c’est-à-dire, ainsi que l’indique le mot, conforme à la loi, il ne diffère plus de la force, et nul dès lors n’est tenu de lui obéir. Que les Rois montrent le Droit et cachent l’homme, car l’homme, c’est le peuple ! Le système de la souveraineté du peuple a pris naissance sur le trône où l’on a méconnu les droits de Dieu » (p. 393).
« La souveraineté nationale ne fut également inventée que pour couvrir d’un nom plus convenable la souveraineté de la foule. En soi, la souveraineté n’est pas plus dans la multitude que dans la minorité, pas plus en haut qu’en bas, pas plus chez la noblesse que dans le peuple, puisque ce ne sont là que des hommes.
La souveraineté est en Dieu : et elle est déposée dans les mains de celui qui se conforme à sa justice. Le peuple est moins capable que tout autre d’exercer cette souveraineté : c’est lui dont les besoins et l’état la réclament ! Une telle fonction, dans l’intérêt même du peuple, revient à ceux qui, sachant se bien conduire eux-mêmes et se placer dans la justice, peuvent dès lors y conduire les autres.
Si la nation est souveraine, pourquoi lui imposer un gouvernement ? Si le peuple est souverain, pourquoi ne pas le livrer à lui-même ? il porte en lui la justice, la paix, et il n’a pas besoin de vous… Quand cessera-t-on de vouloir puiser la souveraineté dans celui qui en a besoin, dans celui qui nous la demande ? » (p. 399).
« Imaginée par le dix-huitième siècle, la souveraineté du peuple est un athéisme déguisé qui coûtera cher à la France. Les souverains qu’une telle souveraineté lui imposera, lui feront regretter d’une façon lamentable ceux que Dieu nous avait choisis, et qu’il avait introduits sans secousse dans la trame de notre histoire » (p. 400).
« Ce qu’on dit aujourd’hui sur la souveraineté, soit à l’égard du souverain, soit à l’égard du peuple, est absolument faux. Ce sont là des idées protestantes. La Souveraineté ne vient ni de l’un ni de l’autre… C’est quand on reconnaîtra d’où elle vient qu’on reverra la liberté. Jusque-là, toujours du despotisme, venant ou d’en haut ou d’en bas » (p. 434).
« […] Que devient le principe de la Légitimité si celui de la souveraineté du peuple subsiste ?
Lorsque l’assemblée sera contraire au Roi, inévitable dénouement, laquelle des deux souverainetés cédera ? Si la souveraineté du peuple casse la souveraineté du roi, plus de nation. Si la souveraineté du roi, comme en 1830, casse la souveraineté du peuple, une révolution… Voilà l’écueil ! Sachez-le bien, en abolissant les assemblées purement parlementaires, vous n’enlevez rien d’utile au pays, et d’un seul coup vous enlevez sa tête à la Révolution.
Que tout gouvernement soit représentatif, pour exprimer et garantir nos intérêts moraux en même temps que nos intérêts matériels ; et non parlementaire, pour remettre d’aussi grands intérêts tous les jours en question !
Il ne saurait pas plus y avoir, au fond, de gouvernement parlementaire que de société parlementaire ou de famille parlementaire : on ne parlemente pas sur les conditions de la vie. Chez nous, d’ailleurs, ces gouvernements-là ont fait sortir de terre toutes les ambitions et toutes les erreurs.
Vous, Girondins, hommes de l’illusion, qui tenez si éperdument au principe de la souveraineté populaire, restez en république, vous verrez jusqu’où vous irez ! » (p. 414).
« Il suffit de jeter les yeux sur la conduite des lois morales, pour déclarer que le retour du Roi est aussi immanquable que celui de la miséricorde après le repentir. Et il n’y a qu’à voir la marche de la Révolution, pour affirmer que ce retour s’opérera dans des circonstances telles, que loin de faire des conditions au Roi, la France ira se jeter dans ses bras » (p. 407).
« Ah ! il faut le Roi à ce peuple ; la mer se passerait de ses rivages et non ce peuple de son Roi ! Les fléaux descendaient sur notre pays à mesure qu’on égarait ses Princes ; et quand on les lui enleva, il tomba, comme un captif, aux mains de tous ses exploiteurs.
Qui, d’un cœur généreux et d’une résolution souveraine, le garantira désormais des accapareurs de crédit, des propagateurs d’industrie, des créateurs d’emprunt, des fondateurs de monopoles, des destructeurs de sa Foi, de ses mœurs, de son pain, de son sang, et de son territoire ? Le Roi » (p. 416).
« Le Roi est une personnification des droits de la nation entière. Du même acte il rétablit tout, l’ordre, les mœurs, les libertés, les droits et les principes, parce qu’il est le principe du droit se substituant à l’absence de tout principe et de tout droit » (p. 413).
« Si la république dure, ce sera comme ces maladies séniles auxquelles on ne peut toucher sans amener la crise finale… — Mais les efforts des aristocraties ? mais la noblesse ne se relèvera-t-elle pas ? — Elle est depuis longtemps absente ! Et la bourgeoisie ? Elle tient trop à l’argent et raisonne trop mal ! les esprits moyens ont maintenant l’empire » (p. 410).
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