Mes notes expurgées sur la conférence par Nemo 2022-05-09 21:07:01 |
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Je vous fais un rapide compte-rendu de la soirée passée avec M. Sauvé au bar le Dorothy, le jeudi 28 avril au soir.
Le Bar le Dorothy est un bar catholique qui se réfère à Dorothy Day, une anarchiste américaine catholique. Ils sont hébergés par Notre-Dame de la Croix de Ménilmontant. Je les fréquente, j'ai de bons rapports avec eux, on y apprend plein de choses, les membres sont des intellectuels de haut niveau, qui connaissent l'histoire de l'Eglise et les Pères comme personne chez nous.
La salle était comble, environ 150 personnes, moyenne d’âge la trentaine, le milieu aussi reconnaissable que celui d’une paroisse de rite traditionnel. Comme l’a fait remarquer M. Sauvé au début, ce qui était assez surprenant, nous avons tous fait les mêmes études ici. Il est vrai qu’il y a beaucoup de profs de philo parmi les participants que je connais et dans une moindre mesure des élèves des grandes écoles, mais la remarque aurait pu être blessante si des ouvriers avaient été présents. M. Sauvé tient son monde et son éducation en haute estime.
Il a commencé par dire que la bataille des chiffres par laquelle on l’avait discrédité (il dira plus tard les cathos classiques et tradis) était un faux problème : ils ont été sans doute encore sous estimés (je suis bien d’accord avec lui sur le faux problème).
Il en a rappelé. 10% des plus de 40 ans ont été agressés avant 18ans, dont 6% dans le cadre de l’Eglise. Ill s’agit de 80% de garçons dans l’Eglise alors que le chiffre est de 80% de filles hors l’Eglise.
Il a reproché à l’Eglise un langage codé “euphorisation”, une peur du scandale et une évaluation insuffisante des risques lors de l’admission au sacerdoce. 1/3 des problèmes sont constatés avec des laïcs en mission.
Il fait remarquer que les années 60 et 70 représentent une cassure, la libéralisation de mai 68 aurait plutôt annoncé un redressement qu’une dégradation des moeurs dans l’Eglise.
Les garçons agressés seraient 14% alors que les filles 6%.
Il a indiqué que l’on avait le cas d’un petit séminaire en Vendée où les prêtres se partageaient et renvoyaient leurs victimes, alors qu’il n’y avait dans le deuxièmes séminaire aucune anomalie constatée.
Le déplacement des prédateurs était la solution adoptée comme dans l’Education Nationale.
Mais M. Sauvé, qui fut membre du MJCR (Mouvement de la jeunesse catholique rurale) dit qu’on doit reconnaître la supériorité de l’Eglise voire sa divinité au signe qu’elle est la seule institution qui a ouvert ses archives et qui a accepté de se remettre en cause.
Parmi les causes il dit qu’il y a une faiblesse dans le manque de gradation en les péchés. Entre des “actes intrinsèquement pervers” entre adultes consentants, adultères et la pédophilie.
Suit une discussion sue les ordres de la grâce et du salut, l’ordre de la rétribution.
Autre discussion sur les aumôniers de prison, la différenciation entre la faute et la miséricorde. L’Eglise a trop longtemps voulu croire en la repentance alors qu’elle se laissait duper.
M. Sauve réfute le célibat sacerdotal comme cause en disant que l’essentiel de la pédophilie avait pour cadre la famille. Il fait remarquer qu’il y a des ambiances propices : le sport (la gymnastique), l’enseignement, la protection de l’enfance. Que la séduction maître élève intervient beaucoup dans l’enseignement. Le prêtre a accès à la conscience.
Il dit que si la pédophilie diminue dans l’enseignement, c’est parce que la féminisation de nombreux postes l’a sauvé. Le célibat a pu générer des frustrations mais le célibat serait plus la conséquence que la source de la pédophilie. Plus ou moins consciemment c’est leur pédophilie qui aurait conduit certains à embrasser l’état sacerdotal.
On constate que sur la "diagonale du vide” (ligne géographique de faible pratique religieuse) la pédophilie chez les prêtres est plus importante. La cause serait la plus grande solitude des prêtres, leur isolement.
Il accuse le système social. Le procureur catholique fermait les yeux et demandait à son ami l’évêque d’intervenir dans son diocèse.
Il attaque deux notions qu’il trouve excessives voire hérétiques. Attaque directe à un Cardinal préfet qui aurait prêché le prêtre "Ipse Christus est”. De même pour lui Alter Christus le serait aussi. Il s’appuie sur le Pape François. Il nomme l’Académie catholique qui a été contre lui en disant qu’elle se réfère en plein 21e siècle à Trente, qu’elle n’a pas évolué ! Il dit que l'Eglise doit “reformuler” sa doctrine en fonction du contexte social et culturel.
Il cite son rapport proposition 32 : dissocier pouvoir et puissance sacramentelle.
Puis il dit qu’il a appris dans son enquête qu’il existait des sedevacantistes, que certains de ses détracteurs considéraient que le pape n’est pas le pape.
Longues citations de François sur : cléricalisme, réparation, autorité, pouvoir, conscience…
Après il attaque le secret de la confession en disant que ce secret est pour protéger le pénitent et pas le prédateur. Dans ce cas précis, ça se retourne contre l’enfant.
Il dit qu’il réfléchit beaucoup à ce problème. Qu’il est entre autres président des orphelins apprentis d’Auteuil.
Il regrette que l'Eglise qui fut à l’origine des entretiens d’évaluation pratiqués aujourd’hui dans la plupart des entreprises ait abandonné ce système : il faut des dossiers sur les prêtres or il n’y en a plus. Les évêques ne connaissent plus les prêtres. Il cite des cas où l’Eglise a indemnisé des victimes en leur faisant faire un serment de non divulgation sur les Evangiles.
Les victimes demandent plus une reconnaissance qu’une évaluation. Très souvent 40 ou 50 après, les victimes se mettent à pleurer pendant les entretiens.
Dans la salle commencent les questions.
On lui demande si l’Eglise devrait changer quelque chose dans son comportement liturgique ; il répond je vais faire un rêve, si les femmes pouvaient prêcher.
Autre question sur la gouvernance. Sa réponse, que les évêques s’entourent de gens non liés à l’institution pour se faire conseiller. Eviter le cléricalisme des laïcs.
Question sur l’INIR, instance nationale d’indemnisation et de réparation : réponse : il semble que seulement 500 personnes aient demandé une indemnisation. Ce n'est pas ce que les gens veulent, plutôt la reconnaissance des fautes.
Ma conclusion est que ce fut très intéressant, que M. Sauvé s’est clairement affiché en catholique, a cité beaucoup les évangiles et le Pape François, est résolument progressiste. Mais il ne semble pas du tout anti-catholique, revendique haut et fort que l’Eglise est exemplaire dans sa remise en cause. J’ai découvert, et nous sommes beaucoup dans ce cas, que les ravages de la pédophilie persistaient toute une vie, et que l’Eglise avait tout intérêt à être plus vigilante dans le choix des candidats au sacerdoce.
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