N'éxagérons pas... par Athanase 2022-01-31 22:28:41 |
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Prenons un seul exemple: l'URSS a une politique ambivalente avec l'identité ukrainienne. En 1917, c'est l'idée - non sans réticences - d'une indépendance qui est admise. Puis, dans les années 20, l'URSS appuie sans difficultés la diffusion de l'ukrainien. Mais dans les années 30, l'URSS éradique cette identité par différentes mesures, dont la plus emblématique est la famine. La Deuxième guerre aboutit au triomphe de l'URSS et de plusieurs conséquences annexes, fatales à l'idée d'une spécificité ukrainienne. Si certaines actions relèvent de l'idéologie, d'autres sont dues à la nouvelle configuration de l'Ukraine au sortir de la Deuxième guerre.
Les pertes ont été terribles et la russification s'explique par la perte de locuteurs ukrainiens dans la région (même si ukrainien russophone ne veut pas dire russe !), mais aussi par un certain discrédit du nationalisme ukrainien (les déprédations de l'UPA, l'armée insurrectionnelle ukrainienne et de la bande de... Bandera y sont pour quelque-chose, mais aussi le soutien aux allemands de certains nationalistes). L'Ukraine se soviétise: à la fois par idéologie (pour Khrouchtchev, il faut sauver le communisme à tout prix), mais aussi plus pragmatiquement parce que tout ce qui contribue à la spécificité de l'Ukraine a été discrédité (le nationalisme, associé abusivement au fascisme) ou éradiqué (l'interdiction du gréco-catholicisme en 1946, etc.). La guerre a quand même détruit la région (le chiffre des 20 millions de morts soviétiques n'est pas faux, ni usurpé: la guerre entre 1941 et 1945 sur le front est a été une autre guerre, pire que sur le front occidental avec un respect zéro pour les civils et les prisonniers de guerre): d'où ces villes industrielles, notamment à l'Est de l'Ukraine que l'on retrouve dans le Donetsk et dans le Donbass (ce qui apparaît, en filigrane, chez les sécessionistes, c'est plutôt un attachement à cet "homo sovieticus" plus qu'à un nationalisme grand-russien, attachement perturbé par une ukrainisation maladroite du pays).
Aujourd'hui, cette ambiguïté sur l'identité persiste dans l'Ukraine indépendante, ne serait-ce que dans l'alternance systématique entre présidents ukrainophones (Kravtchouk en 1991, Iouctchenko en 2004, Porochenko en 2014) et présidents russophones (Koutchma en 1994, Ianoukovytch en 2010 et Zelensky en 2019), ce qui ne signifie pas que les russophones soient moins attachés à l'indépendance de Kiev que les non-russophones).
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